Justice : Devant la barre, Norbert Dabira clame son innocence et enfonce le général Nianga Mbouala

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En détention depuis février 2018, en chemise bleu-claire manches courtes et d’un pantalon bleu marine, le général Norbert Dabira a fait son entrée dans la salle d’audience visiblement détendu. Il a dû attendre plus d’une heure avant d’être appelé à la barre où il a plaidé non coupable des faits d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat qui pèsent sur lui. Sa défense a ensuite soulevé une exception concernant son immunité juridictionnelle tirée d’un décret de 2001 qui l’a élevé au rang de dignitaire de la République.

«Quand la Cour Suprême affirme que les privilèges et les immunités sont du domaine de la loi, c’est des contre-vérités juridiques. Comment est-ce qu’elle peut dire que le président a pris un acte illégal. C’est lui manquer de respect. La Cour Suprême n’est pas compétente pour dire que telle disposition d’un acte administratif ne peut pas être appliquée; qu’un acte pris par le président de la République est illégal», a fait remarquer Me Jean Philippe Esseau.
Pour lui, le juge doit s’assumer. «Vous n’êtes pas liés à la décision de la Cour Suprême. L’ennemi du juge, c’est le politique et le juge lui-même qui pense qu’il doit vivre sous la base de la pression politique. Le magistrat ne veut pas prendre son indépendance intellectuelle», a-t-il affirmé, en s’adressant au président de la Cour. Prenant la parole, Me Iréné Malonga de la défense, a marqué son indignation sur le fait qu’ils n’étaient pas jusqu’à l’ouverture du procès en possession du dossier de leur client.
Le ministère public par le truchement du procureur général parle d’un gâchis de temps pour la défense qui dans son «intervention pense qu’il a fallu s’accrocher derrière une question de droit définitivement tranchée par la Cour Suprême», a-t-il précisé. Par ailleurs, il a fait constater qu’il ne s’agissait nullement d’un procès politique comme le prétendent certaines langues. La partie civile, quant à elle, parle de la primeur de la loi sur le décret, comme pour soutenir la décision de la Cour Suprême.  
Après débats entre les différentes parties, la Cour a rejeté l’exception de la défense. Les quatre avocats de Norbert Dabira ont exigé que les scellés du dossier de leur client soient présentés, notamment la communication qui accuserait le général. «Ils n’ont pas été dans le même lieu tous les deux. Ils ont dû converser au téléphone. C’est cette bande, M. le président, que nous voulons, puisqu’ils ont l’habitude de suivre les écoutes téléphoniques», a sollicité Me Brigitte Nzingoula.
L’acte de saisine de la Cour criminelle lu par le greffier audiencier fait état de ce que le général de deuxième section est accusé d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. L’ancien inspecteur des Forces armées congolaises aurait ourdi un complot selon un plan qui consistait à «recruter deux tireurs d’élite ayant pour mission d’abattre le chef de l’Etat en tirant sur son aéronef soit au décollage, soit en plein vol, soit à l’atterrissage». Les faits qui remontent à 2017 ont été révélés par les services de renseignement qui ont intercepté, selon lui, une conversation téléphonique entre les généraux Norbert Dabira et  Nianga Ngatsé Mbouala portant sur le recrutement de deux tireurs d’élite. Ce que l’intéressé nie. Jusqu’à présent, son complice présumé, le général Nianga Ngatsé Mbouala, limogé de son poste de commandant en chef de la Garde républicaine, «a été interpellé, mais pas soustrait de la circulation». Il est cité dans cette affaire uniquement en qualité de témoin pour le compte du ministère public. Il n’est donc pas inculpé. Il s’était présenté dans la salle et a été prié par le président de la Cour de se retirer pour attendre dans la salle d’attente. Quant à Norbert Dabira, il a pour témoin la veuve Tchystère-Tchicaya qui, malheureusement, n’est pas présente dans la salle. Norbert Dabira n’a pas choisi la stratégie du silence, mais plutôt de parler.  
Le deuxième jour du procès a été consacré à son interrogatoire qui a duré près de quatre heures. Il a répondu aux questions de la Cour, du ministère public et de la partie civile. Un seul avocat de la défense lui a posé quelques questions. Les autres ont exigé l’ouverture des scellés, notamment l’audition des enregistrements téléphoniques considérés comme pièce maîtresse de l’accusation. Selon la défense, c’est sur cette bande des écoutes téléphoniques entre le général  Nianga Ngatsé Mbouala et son client que l’accusation est fondée dès le départ de l’enquête au niveau de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). «Dès le départ, on aurait dû nous faire écouter cette bande. Nous sommes tenus de nous appesantir sur cette étape de la procédure puisque nous venons de finir l’interrogatoire de l’accusé», a indiqué Me Nzingoula.
Devant la barre, le général Norbert Dabira qui a nié les faits, a cité le général  Nianga Ngatsé Mbouala. Il l’a présenté comme le cerveau penseur du complot qui, selon Norbert Dabira, consistait à déposer le Président Denis Sassou-Nguesso et à le mettre à la retraite dans son village natal. Faute de temps, le président de la Cour a suspendu l’audience.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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