Procès : Jean-Marie Michel Mokoko opte pour le silence et refuse de répondre aux questions

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L’audience a pratiquement débuté à 12 heures, lorsque le général Jean-Marie Michel Mokoko a fait son entrée dans la salle, en compagnie de ses avocats congolais qui étaient allés le persuader dans sa cellule de la Maison d’arrêt qu’il ne voulait pas quitter.


«Ce que je viens d’écouter ajoute de l’eau à mon moulin. En dépit des circonvolutions par lesquelles la plus haute juridiction de notre pays, la Cour Suprême, vient d’évoquer l’illégalité des décrets qui m’octroient la qualité de dignitaire de la République, alors que nous savons très bien que dans le processus de prise de décret, la Cour Suprême qui est le premier conseiller du président de la République a dû émettre son avis. Pourquoi à ce moment-là, elle n’avait pas trouvé que ces décrets étaient illégaux ?», s’est indigné Jean- Marie Michel Mokoko qui a confirmé au président Christian Oba, ainsi qu’aux membres de la Cour, le contenu de la lettre qu’il avait adressée à Monsieur le doyen des juges d’instruction, en date du 19 mars.
Pour lui, cette lettre résume assez bien la position qu’il devrait adopter par la suite, celle du silence. «Avant de donner lecture de votre déclaration, reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés?», lui a demandé le président Christian Oba.
«Non, je ne reconnais pas ces faits. Il y a beaucoup de faits qui sont surfaits», a-t-il répliqué. Au président de la Cour d’ajouter: «Avez-vous des avocats,». «Oui, j’ai des avocats à qui j’ai donné la consigne que vous comprendrez lorsque j’aurai lu ma déclaration», a répondu l’accusé.
Donnant lecture de sa déclaration, Jean-Marie Michel Mokoko estime qu’en vertu de l’immunité juridictionnelle que lui confère sa qualité de dignitaire de la République, il ne peut être poursuivi devant aucune juridiction de la République. «Tenant compte de ce que, insidieusement, les hautes juridictions de la République ont décidé de méconnaitre cette immunité et ayant en mémoire le précédent sur la disgrâce de deux magistrats qui n’avaient eu de tort que d’avoir voulu exercer leur métier en toute indépendance, et n’ayant de surcroit en aucun moment renoncer à mon immunité juridictionnelle, je ne répondrai donc à aucune de vos sommations et questions. Comme toutes les autres juridictions de la République, la vôtre ne peut me juger», a-t-il dit au président Oba, qui a tenté de le ramener à la raison pour qu’il change d’attitude et parle.
«Il ne s’agit pas de me prendre au sentiment», a dit le général. «Non», a rétorqué le président de la Cour. «C’est ce que vous êtes en train de faire», a ajouté l’inculpé, qui pense que le rapport lu par le greffier audiencier est un amas de déductions  qui ne sont démontrées par aucun fait. «Un autre fait patent et révoltant, c’est des armes qu’on aurait retrouvées chez moi. Ce n’est pas possible qu’on puisse écrire dans ce rapport des choses inventées. Et vous voulez que j’admette d’être jugé par un système vicié dès le départ et qui conclut par un dessein bien imaginé !  On a fait deux perquisitions chez moi. Je voulais révéler ces faits pour vous dire l’iniquité de ce que je viens d’entendre. A quel moment ont-ils saisi les armes chez moi? Je suis fondé à ne pas avoir confiance. Donc, je ne répondrai à aucune des questions», a-t-il maintenu.
Sans se lasser, le président Christian Oba a encore insisté pour le persuader de parler. «L’occasion vous est donnée de dire ce qui s’est passé. En vous cramponnant à cette position de mutisme, vous êtes vous-mêmes en train de contribuer à la médisance sur votre personne», a-t-il fait remarquer au général Mokoko. Qui ne voulait rien savoir du tout. «Rien ne me rassure. Comme on est habitué à faire accepter l’inacceptable, ça me fait deux ans déjà que je suis là (à la Maison d’arrêt centrale - NDLR)», a-t-il fait constater, tout en regrettant le fait qu’il soit seul présent dans cette affaire devant la barre.
«Allons aux débats», a encore insisté le président de la Cour. «Le problème, c’est que vous n’aurez en face que moi. Vous ne percevrez peut-être pas la contradiction avec M. Moudilou (NDLR: accusé également dans cette affaire)», a indiqué l’inculpé. Pour Christian Oba, il fallait que le débat s’engage d’autant plus qu’ils étaient presque dans le vif du sujet. «Je vous ai donné quelques indications pour justifier la décision que j’ai prise. Je ne participerai pas à ce débat. J’insiste sur le fait que votre Cour ne peut pas me juger, Monsieur  le président, je vous prie de m’excuser. Je ne voudrais pas apparaître comme quelqu’un d’irrespectueux. Au stade où nous sommes rendus, je préfère ne plus parler. Je pense que je me suis suffisamment exprimé pour que vous puissiez comprendre le fond de ma pensée et de mes convictions», a renchéri le général Mokoko.    
Mais pour le président de la Cour, refuser de parler s’apparenterait à un outrage à la justice. «La Cour va procéder à l’examen des dossiers et en tirera les conséquences. Monsieur  le greffier audiencier, veuillez mentionner au plumitif que l’accusé Jean-Marie Michel Mokoko refuse de faire des déclarations à la Cour», a-t-il conclu, avant de lever l’audience qui se tenait sous haute sécurité et surveillance policière.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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