District de Mbandza Ndounga : «Ne pas laisser la calebasse de la paix se casser au seuil de la porte»

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Dans le cadre de la campagne de vulgarisation de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités signé à Kinkala le 31 décembre 2018 entre le Gouvernement et le Pasteur Ntumi, les membres de la Commission ad hoc mixte paritaire se sont rendus à Mbandza Ndounga, l’un des districts du Pool touchés par les affrontements armés, le 20 avril 2018. Ils sont allés y sensibiliser les ex- combattants ninjas-nsiloulous et les populations sur l’importance de cet accord qui a notamment permis le retour des populations déplacées dans leurs localités. 

 

C’est sur une route en pitoyable état que la délégation de la Commission ad hoc mixte paritaire conduite par Séraphin Ondelé et à laquelle s’est joint Georges Kilebé, préfet du département du Pool, est arrivée à Mbandza Ndounga aux environs de 14 heures, sous un soleil de plomb.
A la Place du marché, lieu retenu pour abriter la cérémonie, l’ambiance était festive. Groupes traditionnels, par ici et chorale des salutistes par-là. La population est venue nombreuse. Les ex-combattants ninjas-nsiloulous étaient, eux aussi, en grand nombre et très reconnaissables par leur chevelure et les foulards violets portés au cou. Ils sont venus écouter le message de paix que leur apportait la délégation de la commission ad hoc mixte paritaire. Mbandza Ndounga renaît désormais de ses cendres. La vie reprend petit à petit son cours normal.
Quant à la situation sécuritaire, «elle s’est fortement améliorée dans la circonscription administrative. Dès le mois d’octobre 2017, on a enregistré les premiers retours des déplacés dans les quartiers et villages. Le système éducatif a été relancé avec l’ouverture du CEG du chef-lieu et de 5 écoles primaires. Les 33 villages de la localité sont habités, même si le taux de retour reste encore simple dans la partie ouest du district qui était la plus éprouvée et meurtrie. Les ex -combattants à leur tour, nous ont rejoints à partir du 4 septembre 2017. La plupart d’entre eux se sont regroupés dans les villages de Loukami et Litalounou, situés à 14 et 15 km, sur la sortie principale de Brazzaville. Les autres se sont établis par petits groupes ou en solitaires dans cinq villages, situés dans la partie ouest du district», a expliqué Symphorien Banimba, le sous-préfet de Mbanza-Ndounga.
Depuis près de six mois, «ces frères cohabitent avec nous, sans incident. Pendant cette longue période de réapprentissage du vivre-ensemble, nous avons beaucoup puisé dans la sagesse ancestrale pour surmonter tous les écueils et ne donner aucun prétexte aux ennemis de la paix. Aujourd’hui, nous sommes heureux d’avoir tenu le coup et nous nous engageons à ne pas laisser la calebasse de la paix se casser au seuil de la porte», a-t-il rassuré.
Prenant la parole, Georges Kilebé a harangué la foule avec son lyrisme, comme au beau vieux temps du parti unique. Le préfet du Pool a d’abord parlé en lari, puis en kituba. Il a parlé de la paix, avant de présenter les membres de la Commission ad hoc à la population.
Séraphin Ondelé, président de la commission ad hoc qui ne pouvait s’exprimer ni en lari ni en kituba a, quant à lui, livré son message en français. Ce que les populations et les ex-combattants n’ont pas trop bien apprécié. D’autant que le représentant du Pasteur Ntumi, Philippe Biby Ane, qui, dans pareille circonstance, s’exprime souvent en lari, afin de mieux faire passer le message, n’a pas parlé.
L‘assistance s’est contentée de ce discours en français. Séraphin Ondelé a d’abord remercié la population qui est venue nombreuse. «Non pas, parce que vous avez répondu à notre appel, mais parce que vous voulez vivre en paix», a-t-il relevé. Pour lui, il y a un temps pour tout. «Un temps pour le conflit où les armes ont crépité. Maintenant, c’est le temps de la paix qui commence par la sensibilisation, puis le ramassage des armes. Le président de la République s’est engagé, le Pasteur Ntumi également. Ils savent pourquoi ils nous ont confié cette mission de sensibilisation à laquelle nous vous associons. Seuls, nous ne réussirons jamais. Le premier policier de la population, c’est la population elle-même», a fait remarquer le président de la Commission ad hoc aux ex -combattants ninjas-nsiloulous. Il a fait constater, en philosophe qu’il est, qu’il n’ y a que l’homme qui veut la liberté qui peut être libre. «Si vous ne voulez pas être libres, personne ne vous donnera la liberté. Si vous ne voulez pas la paix, personne ne vous la donnera. C’est le message que nous sommes venus vous porter», a-t-il expliqué.
Chacun est libre dans sa croyance, a-t-il dit en allusion directe aux ex-combattants du Pasteur Ntumi. Séraphin Ondelé pense, néanmoins, que la foi de chacun ne doit pas déranger celle des autres. «Nous comptons sur vous pour faire passer ce message dans tous les coins et recoins du département du Pool», a insisté le président de la Commission ad hoc.
Après le meeting, la délégation et les ex-combattants ninjas-nsiloulous se sont donnés rendez-vous au domicile du sous-préfet pour un entretien. Séraphin Ondelé a fait savoir sa grande surprise parce que le Pasteur Ntumi venait de lui passer un coup de fil pour se rassurer si le meeting s’était bien déroulé. «Je ne sais pas qui lui a passé mon numéro», a-t-il dit, un doigt accusateur sur les représentants du Pasteur qui siègent au sein de la Commission ad hoc. Cela a fait rire.
Ensuite, il a beaucoup insisté sur la paix, sur la nécessité pour les ex-combattants ninjas-nsiloulous de remettre les armes et de tourner définitivement le dos à la violence. Un message bien accueilli par ces ex-combattants qui, par l’entremise du Pasteur Helta Yindoula, ont émis certaines doléances. Pour eux, la sensibilisation doit également porter sur les axes Goma Tsé-Tsé et Louingui, alors que celle-ci devrait prendre fin le mardi 24 avril avec l’axe de Mayama.
Les histoires des femmes des ex-ninjas que les militaires ravissent et qui, le plus souvent, sont à l’origine des tensions dans les villages ont été également évoquées, ainsi que la libre circulation des ex-combattants avec leur chevelure. La causerie s’est déroulée dans une ambiance bon enfant empreinte de camaraderie. On dirait qu’une famille est née. Pourvu que les uns et les autres respectent leurs engagements. La paix véritable est à ce prix.

Cyr Armel YABBAT-NGO

Informations supplémentaires