Réunion des ministres des pays de la zone franc : La France conditionne son aide au Congo à la signature d’un accord avec le FMI

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Les ministres des Finances des pays membres de la zone franc se sont réunis à Brazzaville, vendredi 13 avril 2018, au centre international de conférences de Kintélé. Cette réunion, qui a été précédée de celle des experts le jeudi 12 avril 2018, a été élargie à la participation des présidents des institutions régionales et des gouverneurs des banques centrales, ainsi que la participation de Bruno Le  Maire, ministre français de l’Economie et des finances, accompagné de Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.

Les travaux placés sous la présidence de Calixte Ganongo, ministre des Finances du Congo, ont été ouverts par Clément Mouamba, Premier ministre.

Les ministres français, congolais, gabonais et sénégalais, ainsi que le gouverneur de la BECAO et celui de la Banque centrale des Comores (BCC) ont animé une conférence de presse conjointe à la fin des travaux. Pour eux, le franc Cfa est garanti dans tous les Etats membres. Les ministres des finances ont réitéré leur volonté de continuer à faire de la zone franc un espace de dialogue ouvert, de coordination des politiques. Cet espace d’échanges, qui prend une dimension unique en Afrique, reste un facteur de stabilité et de développement. Le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire sur la dette du Congo estimée à 120% du PIB du pays. «La France est disposée à apporter une aide financière à la République du Congo, à hauteur de 135 millions d’euros sur trois ans, en vue d’améliorer sa situation  macroéconomique. Mais, cette aide française est conditionnée à l’accord avec le FMI».
 Pour le ministre congolais des finances et du budget, évoquant le sort du franc CFA : «une monnaie a besoin de stabilité, de solidarité, de fluidité, de sécurité, enfin une monnaie a besoin de force et de soutien économique. A travers ces réunions, le franc CFA  recherche tous ces éléments pour être solides».
Cette réunion  a été tenue dans un contexte économique marqué par une reprise de la croissance à l’échelle du continent africain. C’est pourquoi, les ministres des finances ont rappelé leur souhait d’œuvrer pour le développement des pays de la zone  franc et de mettre en œuvre des politiques économiques soutenables susceptibles de promouvoir une croissance inclusive. La réunion  a relevé une très légère amélioration de la convergence nominale qui reste cependant en-deçà des résultats escomptés. Les participants ont en particulier noté les risques découlant d’importants déficits publics et d’un ré-endettement rapide, qui sont susceptibles de remettre en cause les équilibres internes et externes des Etats concernés.
Pour garantir le bon fonctionnement des unions monétaires et préserver la soutenabilité des trajectoires de développement, les ministres des finances se sont accordés sur la nécessité de poursuivre et renforcer leur approche coordonnée. Ils ont souligné la nécessité de poursuivre la mise en œuvre des mesures permettant de renforcer cette intégration régionale, facteur de résilience et de solidarité des Etats de la zone franc. Les participants  ont aussi souligné qu’une majorité de pays de la zone franc a conclu un programme avec le Fonds monétaire international (FMI), ce qui contribue à l’harmonisation des diagnostics à l’échelle sous-régional et à la coordination des politiques macroéconomiques, ainsi que des réformes économiques et financières mises en œuvre.
  Les mesures opérées dans le cadre des programmes et les apports de financement, notamment du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de l’Union européenne et de la France, contribuent conjointement à l’amélioration de la situation économique et de la confiance vis-à-vis de la zone franc. Les ministres ont également échangé sur les enjeux de la lutte contre le financement du terrorisme, tout en remerciant particulièrement le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) et le groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (GABAC) pour la production d’un document préliminaire sur la question, soutenu par la Banque mondiale. Les participants se sont accordés sur une série d’axes d’action tirée de ce document et invitant les autorités compétentes à s’en inspirer.
La réunion a aussi échangé sur l’importance de renforcer la lutte contre les flux financiers illicites et le financement du terrorisme via la coopération fiscale internationale et la mise en œuvre de dispositifs adaptés avec le concours des banques centrales, des commissions bancaires et des organismes régionaux. Le franc CFA est la dénomination de la monnaie commune à 14 pays africains. Il y a  le franc de la communauté financière africaine pour les Etats membres de l’Union monétaire Ouest africaine (UMOA) et le franc de la coopération financière en Afrique centrale pour les pays membres de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC).
Ouvrant les travaux, Clément Mouamba profitant de l’occasion avait attiré l’attention des participants sur la nécessité d’abourir à des meilleurs conclusions pour la zone franc,  notamment  pour  la CEMAC confrontée à une situation économique difficile. «La zone franc constitue un espace monétaire et financière qui lie la France à quatorze pays africains et les Comores. Le Congo, partenaire historique de la communauté de la zone franc et les cinq autres pays de la CEMAC traversent une situation économique et financière difficile. Je me permets d’attirer particulièrement votre attention sur la mise en œuvre depuis2017 des décisions des chefs d’Etat des pays de la CEMAC qui s’étaient engagés, ensemble, à Yaoundé au Cameroun, le 23 décembre 2016 à rétablir les équilibres macroéconomiques des pays membres, par la mise en œuvre de réformes vigoureuses avec l’appui du Fonds monétaire international et des autres partenaires bilatéraux et multilatéraux». La prochaine réunion est prévue à Paris, en France.

Philippe BANZ