Vice-président du CAP, Christophe Moukouéké s’exprime sur la situation de crise actuelle du Congo

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Trump qui vous ignore, Macron qui n’est pas très empressé parce qu’il ne vous trouve pas fréquentable, le FMI qui vous met sous contrainte, à tout le moins, il y a là tout lieu de penser que la démocratie congolaise n’en est pas une. C’est devenu un principe intangible que même dans les contraintes protocolaires internationales, moins on est vu avec ce pouvoir, mieux cela vaut pour sa propre crédibilité.


Tout ceci parce que depuis longtemps maintenant, le Congo défraie la chronique à l’Internationale pour sa mauvaise gouvernance. Au point que même les observateurs les plus cléments se rendent à l’évidence qu’au Congo plus rien ne va. En fait, c’est la fin d’une mystification. Depuis quelques années, des lobbyistes de grand vol, véritables mercenaires des temps nouveaux, se sont déployés pour contenir la puanteur des mœurs magnifiées par le pouvoir congolais. Mais en dépit de leurs efforts, quant à longueur de temps, de façon récurrente, on évoque les disparus du Beach, la prodigalité qui a conduit aux biens mal acquis, l’enrichissement illicite des tenants du pouvoir, qu’on signale qu’on emprisonne à tour de bras des adversaires politiques, des journalistes et autres citoyens pour délit d’opinion, en s’appuyant sur des procédés que le droit réprouve quand le droit existe, et qu’au surplus, on finit par mettre à genoux une économie à atouts, tous les lobbyistes rompus au travail d’influence, ne peuvent plus rien. Voilà donc l’ombre qui protégeait le pouvoir qui s’esquive, poussant celui-ci en pleine lumière. Tout le monde découvre alors la lamentable réalité d’un pouvoir décalé.
On constate que depuis plus d’un an, les pensions de retraite ne sont plus payées, que les salaires des fonctionnaires, malgré des savantes acrobaties, ne sont pas loin de suivre le même chemin, que l’eau et l’électricité demeurent des casse-têtes, l’école rudimentaire, et que même le CHU qui faisait de sa morgue la plus grande industrie au Congo, a mis la clé sous le paillasson, que le gaz, le pétrole et l’essence sont devenus des denrées rares qui justifient des queux interminables, que la jeunesse dont on disait avec aplomb et assurance, que protégée, elle faisait l’objet d’une épargne pour les années à venir, a été trompée, l’on est obligé de conclure qu’il y a là un échec extrêmement scandaleux.
Ainsi un pays a été géré comme une auberge espagnole. Une évidence forte découle de tout cela en termes de constat: que le pouvoir le veuille ou pas, sur ces 20 dernières années, il vient de traduire une rédhibitoire incapacité à mettre un peuple de moins de 5 millions, relevant par ailleurs d’un petit ‘’Emirat pétrolier’’, sur le chemin du développement. Nous disons vingt ans, mais d’une expérience à l’autre, nous aurions dû dire 32 ans. Ceci parce que plutôt que de le savoir, le pouvoir a tourné le dos à la démocratie et s’est ingénié à privilégier les enfants, les parents, les coteries villageoises au sens large, sans comprendre, et c’est étonnant avec les lumières du 21e siècle, qu’il y a une différence entre fortune personnelle et argent public. C’est un minimum pour qui veut gouverner.
Quand de tels fondamentaux sont ignorés, on verse dans un pitoyable malentendu et ceci peut expliquer cela. Sauf à dire tout simplement qu’on est une dictature et que l’on fait ce que l’on veut comme on veut. L’excuse n’est pas belle non plus, mais elle a le mérite de bien poser les choses.
Impuissant, à force d’avidité et d’aveuglement, au moment où dans de nombreux pays africains, il monte une claire volonté de briser la dépendance vis-à-vis de toute forme d’asservissement, toute honte bue, comme par le passé, le pouvoir repart voir le FMI. En lingala on dit souvent, au comble de l’affliction, ‘’bato oyo ba sila soni’’. Parce qu’enfin, qui nous disait, il n’y a pas si longtemps, qu’il y avait un possible chemin d’avenir, que l’émergence était pour 2025 et que bientôt, on irait loin ensemble? Divertir un peuple de façon aussi cynique alors qu’on le pille jusqu’à l’os, est impardonnable.
Comment en on est-on arrivé là en vérité? Ce pouvoir foncièrement anti démocratique a porté à son sommet le tribalisme combattu dès notre accession à l’indépendance et qui coûta son pouvoir à Youlou sur le soupçon qu’il le pratiquait. Une exacerbation du tribalisme qui a conduit progressivement à la ‘’familialisation’’ et à la gestion partisane et néo patrimoniale de l’Etat, au favoritisme familial, au noyautage clanique des postes de responsabilité au sommet de l’Etat. C’est baroque comme tout, mais c’est un contretemps encore actuel. La conséquence en est : la malgouvernance, la corruption, l’enrichissement illicite, l’appropriation des biens publics, l’impunité, les inégalités et les injustices sociales flagrantes.
Devant la décrépitude dans laquelle ce pouvoir a emmené le pays, on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi avoir renversé Youlou en 1963, lui si juste et si droit devant Dieu et devant les hommes, pourquoi avoir forcé Massamba Débat à quitter le pouvoir en 1968, lui qui pensait que la brutalité et la violence ne sauraient être des principes de Gouvernement, pourquoi avoir sacrifié Ngouabi en 1977, lui, l’homme de cœur et d’honneur, patriote jusqu’au sacrifice ultime,  pourquoi avoir renversé militairement Lissouba en 1997, l’intellectuel visionnaire et désintéressé.
Alors que l’on attendait les résultats de l’élection présidentielle très controversée du 20 mars 2016, pour divertir les Congolais, comme le sang ne fait jamais peur à ce pouvoir, il s’est offert une guerre privée dans le Pool, dont les motivations échappent à la raison. Même un infirme cérébro-moteur comprend tout de suite que l’on ne se cache pas dans les forêts  clairsemées du Pool pour prendre le pouvoir à Brazzaville. Et ça dure, et ça dure à n’en plus finir. Quand certains de l’Opposition ont compris que ce pouvoir se fourvoyait, qu’il prenait d’inopportuns chemins de travers, y compris les périls aujourd’hui avérés qu’on encourait, il a été proposé au pouvoir de procéder par le discernement, à savoir que dans ce pays meurtri profondément par des guerres civiles, la seule ressource pour le gérer, passait par la réconciliation, elle-même conséquence de volonté de dialogue. Mais lancé comme un train dans la nuit, ivre de son pouvoir, la réponse a été l’indifférence et le mépris. Sans comprendre qu’être dans le déni n’est pas une solution au problème qui se pose. Aujourd’hui, à la croisée des chemins, après un chaos généralisé de cet acabit, va-t-il enfin pouvoir comprendre?
Les vertus de cette tradition républicaine qui prévaut partout dans le monde, le dialogue, qui n’est ni plus ni moins que l’expression de la sagesse des nations, devraient être au centre de la solution.   Quel  subterfuge va-t-il   encore   inventer  pour abuser les gens s’il y a lieu? Un exercice difficile l’attend déjà. Va-t-il laisser impunis tous les pillards de notre argent? En tout cas, le peu de respect que l’on peut encore reconnaitre à la fonction est à ce prix.
Ce propos n’est pas seulement une énième occasion de faire le bilan catastrophique de ce pouvoir, qui humilie le Congo en le classant dans les pays les plus inaptes à la démocratie, les plus rageurs en matière de répression, les moins scrupuleux pour ce qui est des mœurs, cela n’apporterait rien à la connaissance qui ne soit déjà connu de tous. Il s’agit d’une œuvre de radiographie qui montre que nous sommes arrivés au bout du bout et que les ressources mentales avec lesquelles il s’agira de gérer ce contexte doivent tenir d’une très haute élévation d’esprit. Les esprits sont chauds, complètement radicalisés, c’est bien le moins qui puisse se trouver devant un pouvoir qui n’entend rien, qui ne voit rien et qui n’arrive plus à dire quelque chose de sensé et d’humain.
Nous de l’Opposition, laquelle compte quelques hommes d’Etat au long cours, ne devons pas écouter nos propres instincts, à partir du dégoût que nous inspire le bilan désastreux de ce pouvoir. Nous devons savoir raison gardée et travailler à créer des conditions civilisées d’un dialogue politique rigoureux bien entendu, et non, à la suite de ce pouvoir, nous jeter dans un désordre qui achèverait de nous classer dans les nations les plus turbulentes, portées à tuer avec délectation leurs propres populations comme nous y prédispose ce pouvoir. Le retard ne rattrape pas le retard, il le creuse. Ce refus de fonctionner sous la pression de nos pulsions sauvages révèlerait l’existence en nous des vertus qui font d’authentiques hommes d’Etat. Non pas l’ire et la fureur aveugle. Mais plutôt le souci de réunir la nation dans toutes ses composantes, afin d’affronter les défis du futur. Pour toutes les sociétés africaines en crise comme la nôtre, le désir et la volonté d’imiter Mandela doivent être le souci de tout homme d’Etat.

Informations supplémentaires