Projet «Eau pour tous» Le rêve brisé des Congolais!

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Alors que le taux d’accès à l’eau reste très faible en milieu rural, le président de la République avait lancé, le 3 août 2013, un vaste projet hydraulique dénommé «Eau pour tous», dans le village Kingoma, situé à 7 kilomètres de Madingou, au sud-ouest du pays. Confié à la société brésilienne Asperbras, ce projet était entièrement supporté par le budget de l’Etat à hauteur de 193 milliards de F.Cfa.


Au Congo, 50% de la population urbaine a théoriquement accès à l’eau potable. Mais cette eau ne coule pas tous les jours des robinets, loin s’en faut. La pénurie d’eau à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes du pays où vit la moitié de la population congolaise, est une réalité incontournable. Et dans les zones rurales, à peine 10% des habitants ont accès à un réseau d’eau potable.
L’eau fournie ne va pas toute jusqu’aux robinets à cause de la vétusté des canalisations qui datent dans la plupart des cas d’avant l’indépendance de 1960. Des fuites d’eau sont enregistrées partout dans la ville. La SNDE, l’opérateur public de distribution d’eau, note des pertes de l’ordre de 50% dans son réseau. En 2012, la SNDE a produit 171 726m3/jour à Brazzaville, la même année il a manqué 120 000m3/jour aux habitants.
Pointe-Noire, la capitale économique au Sud du pays n’est pas mieux lotie. Face à la pénurie croissante et profitant des opportunités offertes par le Code de l’eau d’avril 2003 qui libéralise le secteur, des privés utilisent des camions-citernes d’une capacité de 25 ou 50 m3 pour livrer de l’eau aux citoyens qui ont les moyens de la payer. Les autres se tournent vers des particuliers qui ont créé des points d’eau à leur domicile et vendent le précieux liquide aux populations toujours plus nombreuses dans le besoin.
Dans le reste du pays, les forages paraissaient constituer l’une des solutions prioritaires mises en œuvre. Début août 2013, le président Denis Sassou-Nguesso lançait à Kingoma, village situé à 7 kilomètres de Madingou, dans le département de la Bouenza, le projet «Eau pour tous» qui devrait permettre la construction 4 000 forages dans plus de 2 000 villages équitablement répartis sur l’ensemble du territoire congolais. «Nos projets consistent à créer un forage par village à partir de 100 à 350 habitants. A partir de 350 jusqu’à 600 ou 700 habitants on a deux forages. Et au-delà, jusqu’aux villages les plus grands, nous avons trois ou quatre forages», détaillait alors Alphonse Gantsiélé, chef de service des ouvrages de production d’eau à la délégation générale aux grands travaux.
Ce projet «Eau pour tous» visait à améliorer les taux d’accès à des ressources saines qui sont jusque-là de 10% en milieu rural et 50% en zone urbaine. Pour le ministre de l’énergie et de l’hydraulique de l’époque Henri Ossebi, il devait permettre l’accès à l’eau potable dans les milieux ruraux. «La République du Congo atteindra des taux incomparables en matière d’accès à l’eau potable en Afrique, soit un taux de couverture qui dépassera les 60 à 70 %. Ainsi, avec une bonne synergie gouvernementale, une bonne participation et une bonne politique d’accompagnement du projet, nous pouvons accomplir tous les efforts structurants pour hisser le Congo sur le palier critique d’un pays qui aspire à l’émergence», avait-il déclaré.
Le projet «Eau pour tous» prévoyait la construction d’un forage pour les villages de moins de 300 habitants, un à deux forages pour les villages de 300 à 1 000 habitants, deux à trois forages pour les villages de 1 000 à 3 000 habitants. Chaque point d’eau était constitué, entre autres, d’un kit solaire pour l’alimentation électrique de la pompe, de trois bacs de stockage d’une capacité de 3 000 litres chacun et d’un système d’assainissement.
Décoré de triples châteaux d’eau tricolores sur toutes les routes du Congo, le programme d’équipement «Eau pour tous» dont le choix des forages se justifiait par les difficultés rencontrées dans le traitement de l’eau de surface qui nécessite l’apport de produits chimiques n’est plus que l’ombre de lui-même.
Dans la plupart des villages, les équipements ne sont restés que de simples monuments. Des kits solaires volés à certains villages, des robinets dans d’autres. Des bacs de stockage parfois percés sous l’effet du soleil présentent une triste réalité.
Ces forages sont désormais abandonnés et nombreux ne fonctionnent plus. Le Gouvernement qui n’avait pas prévu une politique de suivi du projet dans la formation, l’entretien et le renouvellement des équipements semble pris de court. Dans l’entre temps, les populations des villages concernés sont revenues au galop. L’espoir d’accéder à l’eau potable s’est étiolé et les populations ne savent plus quoi faire. L’Etat a perdu beaucoup d’argent dans ce projet; les populations ont perdu leurs illusions. Dans les villages aujourd’hui, les citernes vert-jaune-rouge témoignent des ambitions passées et des limites de notre vision de développement.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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