Destinée Hermella Doukaga, présidente du Front patriotique et ministre de la Jeunesse et de l’éducation civique : «Nous n’avons pas de leçons à donner, sinon qu’à tirer de notre passé»

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C’est l’une des femmes du Gouvernement ; l’une des rares aussi à diriger un parti politique. Destinée Hermella Doukaga, ministre de la Jeunesse et de l’éducation civique, s’est signalée par une série d’initiatives citoyennes de consensus. Le respect des symboles de la République, la lutte contre l’incivisme en milieux de jeunesse et l’appel à l’émergence d’une classe de jeunes qui n’attend pas tout des autres sont autant d’initiatives partagées.

Pour nous chrétiens, le fait que la jeune ministre soit allée à la rencontre de la jeunesse catholique est aussi un point de nette appréciation. Nous lui avons donc adressé une demande d’interview (ainsi qu’à une demi-douzaine de ses pairs en politique !). Elle y a répondu avec une rapide simplicité. Entretien.

*Madame le ministre, comment se porte votre parti?

**Le Front patriotique se porte bien. Nous venons de sortir d’une grande bataille, les élections législatives et locales. Il a fallu, pour les membres du parti, de souffler un peu, le temps de se refaire afin d’aller vers de nouvelles perspectives et envisager, peut-être, une nouvelle organisation de nos instances. Nous sommes en train de regarder la possibilité d’organiser un congrès de notre parti, afin de redynamiser notre mouvement politique. N’oubliez pas que nous sommes sortis des échéances électorales avec quelques résultats positifs. Nous voulons envisager l’avenir avec beaucoup plus de détermination. C’est un parti jeune. Le 27 décembre prochain, il aura ses deux ans. Nous avons déjà quelques victoires derrière nous.

* Vous êtes l’une des rares femmes au Congo à animer un parti politique. D’où est parti ce rêve?
**J’ai toujours pensé que s’engager en politique devait être une action naturelle et normale. Ce n’est pas le fait d’être une femme ou non. Nous avons la chance d’être dans un pays où les rapports sociaux entre homme et femme sont équilibrés. L’autre avantage que nous avons, c’est d’avoir à la tête du pays, un homme dont la volonté politique a été traduite par des dispositifs constitutionnels et législatifs à travers les femmes. Du coup, les femmes congolaises ont cette latitude de s’engager et de s’investir dans la vie publique. C’est simplement ce que nous faisons. Nous jouissons de nos droits et devoirs.

* Les militants du Front patriotique vous re-prochent de prendre souvent des décisions de façon unilatérale… ?
**C’est très réducteur, ce genre de réflexions, d’autant que nous avons les textes qui régissent notre parti. Toutes les décisions prises résultent toujours de nos statuts. Vous savez, la politique, c’est l’art le plus noble lorsqu’elle est menée par des honnêtes gens. C’est l’art qui consiste à s’occuper des autres. C’est un don en soi. La politique, c’est le refus du fatalisme, c’est la concrétisation de la foi, de l’espoir en un monde meilleur. Elle n’est pas un marché de capitaux ou chacun doit venir espérer des dividendes et se muer ensuite en opposant pour des raisons de frustrations ou par désespoir de cause. Il y a des gens qui ont un souci avec les règlements et la rigueur. Une fois que vous vous montrez rigoureux, vous êtes taxé de tous les maux. C’est aussi ça l’équilibre de la nature. En politique, vous ne pouvez pas toujours avoir le même idéal. Au Front patriotique, nous sommes tenus au respect des lois, des valeurs et à la rigueur. Il y a des gens qui ont un souci avec ça. Ils crieront sur les toits. Nous ne prenons aucune décision qui soit en contradiction avec nos textes.  C’est donc parfois exagéré de dire que nous prenons des décisions unilatérales.

*En tant que présidente du Front patriotique, comment entrevoyez-vous l’avenir du Congo ?
**Face à l’avenir, j’ai foi en Dieu et en moi-même. Je crois en notre nation qui n’est pas encore parfaite, mais elle est unique. C’est vrai que face à certaines situations, nous avons des raisons de nous inquiéter, mais il faut garder les mains ouvertes. Continuer à avancer, à être porteurs d’espoir. L’avenir, c’est nous qui allons le construire. Nous sommes arrivés à un point où il ne s’agit plus de faire des procès d’intention ou de se constituer en tribunaux. Nous n’avons pas de leçons à donner, sinon qu’à tirer de notre passé et nous préparer dans le présent afin de mieux envisager l’avenir. La peur est normale, il faut rester optimiste.

*Quelle chance donnez-vous à la Mission du Fonds monétaire international sur les négocia-tions qui vont s’ouvrir à Brazzaville ?
**Face au choc économique que connaît notre pays actuellement, le Président de la République a jugé utile d’avoir recours au FMI pour qu’il serve d’intermédiaire financier. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous avons reçu une promesse du chef de l’Etat. Il a promis de nous sortir de cette situation difficile. Les discussions avec le FMI vont certainement aboutir à des décisions qui vont nous emmener à un certain nombre de contraintes avec des préalables qui seront établis en vue des réformes structurelles. Il faut que nous restions confiants. A l’heure actuelle, le plus important pour nous, c’est de faire confiance au chef de l’Etat. Dans le passé, nous avons eu à vivre ce genre de situations. C’est lui qui était là et il a fait en sorte que nous sortions de la situation. Pour cela, nous devons lui faire confiance. C’est l’homme de la situation. C’est en lui seul qu’on peut avoir confiance, croyez-moi.

*Comment appréciez-vous votre élection à la députation à Nyanga? Avec quels sentiments aviez-vous reçu l’annonce de cette victoire?

**Je vais certainement vous surprendre en vous disant que lorsque nous nous sommes engagés dans cette bataille, l’objectif n’était pas de récolter une gloriole personnelle. Nous faisons partie d’un grand mouvement: le Rassemblement de la majorité présidentielle. Nous sommes en quelque sorte les ouvriers du chantier du chef de l’Etat. Nous sommes tenus de mettre en œuvre ses projets et son programme. C’est à ce titre que nous nous sommes lancés dans la bataille. C’était pour nous une façon de lui apporter notre contribution à ce dont il bénéficie, de la majorité confortable. Les victoires que nous avons pu récolter, nous les dédions à la modeste contribution en faveur de la majorité parlementaire consacrée au chef de l’Etat.

*C’était donc un défi à relever?

**Evidement, c’était un défi. Nous y avons mis la sueur qu’il fallait. Toujours avec l’espoir qu’il fallait absolument faire un retour d’ascenseur au chef de l’Etat qui nous a fait confiance.

*Que représente pour vous le fait d’être dépu-tée, ministre et président d’un parti poli-tique ?

**En tant que membre du Gouvernement, je suis frappée d’incompatibilité. C’est mon suppléant qui siège à l’Assemblée nationale. En tant que présidente du Front patriotique, actuellement, avec nos missions régaliennes, j’ai dû déléguer une partie de mes pouvoirs à un coordonnateur national. Il n’y a donc pas cumul. Je joue le rôle de catalyseur. En réalité, je suis membre du Gouvernement à part entière. Donc, au-dessus de la mêlée.

*Que se passe-t-il au sein de votre parti. Tout récemment, le bureau politique s’est réuni et a mis en place une coordination nationale. Malheureusement, le secrétaire général de votre parti n’y figure pas. Est-il démis ou non?

**Il n’est pas démis. Les membres du bureau politique ont fait une observation qu’il régnait une certaine pagaille au sein du parti et dans son animation. Le bureau politique a jugé bon de regarder la possibilité, conformément aux statuts du parti, de créer une coordination nationale. Toutes les instances sont en place jusqu’au prochain congrès. La coordination nationale a pour mission de redynamiser l’action du secrétariat général. Croyez-moi, personne n’a été démis du Front patriotique.  

Propos recueillis par
Albert S.
MIANZOUKOUTA & Cyr Armel YABBAT-NGO

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