Négociations Congo-FMI : Les pourparlers n’ont pas encore abouti

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Après avoir passé quinze jours au Congo, la mission du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Abdoul Aziz Wane,  a quitté Brazzaville mercredi 20 décembre, le jour officiellement fixé pour la fin de négociations entamées mardi 5 décembre 2017. Les Congolais ont attendu en vain les conclusions des négociations par la tant attendue aide budgétaire espérée de cette institution financière internationale.

Les négociations piétinent ; et les autorités congolaises entendent les accélérer. Rien d’un éventuel programme pour sortir le pays de la crise économique et financière qui sévit dans le pays depuis 2014 ne s’annonce à l’horizon.

Cette dernière mission du FMI intervient après celle du 15 septembre au 4 octobre 2017. L’institution financière internationale semble avoir redoublé de fermeté face à un Congo qui lui aurait caché une partie de sa dette estimée à plus de 120 % du Produit intérieur brut (PIB). Un accord-programme sur les équilibres macro-économiques et la soutenabilité de la dette est espéré.  Pendant le séjour, les fonctionnaires du FMI  ont discuté  de nombreux dossiers de négociations jusque parfois tard dans la nuit. Pour la partie congolaise, il s’agit d’une véritable bouée de secours : un programme avec le FMI devra permettre de relancer une économie agonisante et en panne de croissance. Ce programme favoriserait l’amélioration d’une situation sociale marquée tout au long de l’année 2017 par des grèves à répétition dans plusieurs secteurs névralgiques. La dureté  de la crise économique qui touche le Congo n’a, en effet, laissé d’autres choix aux autorités que de demander l’appui du FMI.
Ainsi, les discussions engagées doivent permettre de décrocher un programme de soutien. L’économie congolaise subit une crise économique et financière dure causée principalement par la baisse des cours du pétrole, en plus de la réévaluation des dettes cachées. Cette conjoncture conjuguée à l’absence de diversification économique a fini par mettre à genoux l’économie du Congo et celle des autres Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Ces pays ont, en effet, pour point commun une extrême dépendance au pétrole, notamment en termes de rentrées de devises. La chute des cours du pétrole avait failli pousser la CEMAC à dévaluer le franc CFA.
Cette situation a poussé le Congo comme d’autre pays de la communauté à négocier  avec le FMI, pour obtenir son soutien dans la mise en place de plans de sortie et des stratégies pour la mise en place de nouvelles bases économiques. Reste à savoir si le Congo pourra accepter - et acceptant les remplir !- les conditions que le FMI cherche à imposer pour débloquer un plan de sauvetage. Ces conditions renvoient à des réformes drastiques immédiates. Elles vont de la dissolution de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) à des mesures de restriction au ministère des Grands travaux. Le FMI attend du Congo qu’il engage des réformes fortes et immédiates en matière de gouvernance pour ancrer les attentes d’un changement positif dans la gestion des ressources publiques.
En plus simple, les institutions financières internationales veulent voir le Congo à l’œuvre sur le terrain de la corruption. A cet égard, l’équipe du FMI a salué l’intention du Gouvernement d’approuver au début 2018 une étude sur la gouvernance qui guiderait les futures réformes. Ces réformes devraient inclure la mise en place d’un ensemble d’organes indépendants de lutte contre la corruption, la déclaration d’actifs pour les hauts fonctionnaires, la mise en place et le renforcement des mécanismes de contrôle de certaines structures publiques, notamment les sociétés pétrolières publiques et les grands projets d’investissement.
La déclaration a précisé que l’équipe du FMI  continuera à travailler avec les autorités congolaises au cours des prochaines semaines dans plusieurs domaines, notamment sur le rétablissement de la viabilité de la dette, le renforcement de la gouvernance et le financement adéquat du programme. Une fois ce travail achevé, un arrangement financier visant à soutenir le programme économique du Congo sera discuté au niveau du personnel du FMI, avant d’être proposé à l’examen du conseil d’administration.  
D’après la déclaration, les autorités congolaises et la mission du FMI ont fait des progrès dans la formulation de politiques macroéconomiques et structurelles à moyen terme qui pourraient être soutenues par le FMI. La mission a accueilli favorablement le projet de budget pour l’exercice 2018, qui contribuera à rétablir la viabilité budgétaire et la stabilité extérieure régionale. La mission a également pris note des mesures envisagées par les autorités pour restaurer la viabilité de la dette à moyen terme. Elle a encouragé les autorités à finaliser le recrutement de conseillers juridiques et financiers à cet effet.
L’équipe du FMI a rencontré le Premier ministre, Clément Mouamba, le ministre des Finances, Calixte Nganongo, ainsi que d’autres hauts fonctionnaires. L’équipe de la mission a aussi rencontré des représentants de la communauté diplomatique, du secteur privé, de la société civile et des partenaires du développement, mais n’a pas eu d’entretien avec le président de la République, signe, peut-être, que les choses sont loin de la phase des sourires et poignées de main devant les caméras.

Philippe BANZ     

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