Assemblée nationale: séance des questions orales au Gouvernement : FMI: «Le Congo ne peut pas être traité comme un mauvais élève», se défend Clément Mouamba

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Une séance plénière de questions orales avec débats au Gouvernement s’est tenue à l’Assemblée nationale vendredi 15 décembre 2017, dans le cadre de la première session budgétaire de la quatorzième législature. Elle était consacrée, essentiellement, aux questions d’électricité, notamment la révision du barrage hydroélectrique de Moukoukoulou, les érosions à Brazzaville, la grève à l’Université Marien Ngouabi, la crise du Pool, le CHU-B, les mesures prises par le Gouvernement pour juguler la crise et, enfin, les négociations avec le FMI. C’était sous la direction de son président, Isidore Mvouba. Le Gouvernement était conduit par le Premier ministre, Clément Mouamba.

 

Préoccupations des députés

En réalité, 105 questions étaient déposées au bureau de l’Assemblée nationale. Mais 44 seulement ont été retenues, dont deux questions de l’opposition. Une censure qu’a dénoncée, d’entrée de jeu, Pascal Tsaty-Mabiala de l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale).
Les débats ont été pointus. C’était, comme qui dirait, le moment de faire rendre gorge au Gouvernement. Jean-Claude Ibovi (président du MDP, majorité) a voulu savoir si en acceptant de négocier avec le FMI, le Gouvernement a pris acte de ne pas pouvoir s’ajuster par lui-même.
Le député Ulrich Ngoma Mboukou (PCT) a, quant à lui, interpellé le ministre de l’Enseignement supérieur sur la grève à l’Université Marien Ngouabi, déclenchée depuis le 1er septembre 2017, le niveau des négociations avec le collège syndical. «A quel moment peut-on parler de l’année blanche?», s’est-il interrogé.
Ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016, Michel Mboussi-Ngouari (président du MNLC, opposition républicaine) a manifesté son indignation quant au manque d’attention portée sur le barrage de Moukoukoulou qui n’a plus jamais été révisé depuis dix ans. «Nous courrons le risque de le perdre», a-t-il prévenu.
Dominique Ondzié (PCT), parlant de l’aménagement des villes du Congo, a commencé par présenter un tableau sombre de celles-ci, comme pour culpabiliser le ministre Jean-Jacques Bouya. «Brazzaville présente aujourd’hui un panorama triste. La route nationale n°2 se dégrade du jour au jour. Quel est la politique du Gouvernement en matière d’aménagement des villes? Nos routes sont soumises à des incessantes réparations qui font penser aux Congolais que leurs travaux ne sont approuvés, une fois pour toutes, par personne», a-t-il affirmé.  
Enfonçant le clou, Mme Antoinette Tiele Gambia Olou (députée PCT) a dénoncé le laxisme du Gouvernement face aux érosions qui inquiètent à Brazzaville.
Indigné, Francis Clotaire Mouandza Mouyabi, parlant du CHU-B, a fait constater que bon nombre de médecins qui y travaillent, consacrent plus de temps à leurs cabinets privés. «Il n’est pas rare de constater l’absence des médecins spécialisés dans certaines formations sanitaires quand sont organisées ici et là les campagnes de soins gratuits. Mais, là où le bât blesse, c’est que nous avons l’impression que la participation de nos médecins à ces campagnes organisées par des bons samaritains n’est pas régulée de manière à éviter le dysfonctionnement de leurs services utilisateurs», a-t-il dénoncé.
Par conséquent, le député a donc demandé à la ministre de la Santé, Jacqueline Lydia Mikolo, la politique qu’elle entend engager pour amener l’ensemble de ces médecins à remplir leur part de contrats.
Parlant du Programme national de développement (PND), Jérémie Lissouba (UPADS), s’adressant au Premier ministre, a posé la question de savoir «comment est-ce que nous allons réussir en temps de crise là où nous avons échoué par les temps résolument plus favorables?».
Enfin, Pascal Tsaty-Mabiala (UPADS) est revenu sur la crise du Pool. Pour lui, cette question est en train de tomber dans la banalité. «On ne s’en préoccupe plus, malgré quelques initiatives timides et des annonces parfois précipitées, la crise est loin d’être terminée», a-t-il fait remarquer, tout en posant la question de savoir si le Gouvernement avait un plan déterminé et contrôlé de sortie de cette crise.

Réponses
du Gouvernement

Dans ses réponses, le Premier ministre a commencé par justifier la présence du FMI au Congo. «Les gaps sont tellement importants que par nous-mêmes, on ne peut pas. Il nous faut les apports extérieurs. Vous verrez le budget 2018, il ne dépasse pas plus de 1500 milliards de francs CFA. Il y a plus de 900 milliards de gap. Comment allons-nous le financer, si on ne tend pas la main aux créanciers ? Le Congo ne peut pas être traité comme un mauvais élève, on parle avec le FMI comme les autres», a-t-il précisé.
A la question des érosions, le Premier ministre a fait savoir qu’il fallait au Gouvernement trouver 20 milliards pour y faire face. «On n’a pas pu les avoir. Dans l’entre-temps, d’autres érosions se sont ajoutées. Ce qu’on peut faire maintenant, c’est d’intervenir pour arrêter ou bloquer là où c’est grave. Pour cela, il faut de la ressource sûre et mobilisable même préalable. Qu’est-ce qu’il faut faire, il faut réfléchir», a-t-il répondu.
Recroquevillé sur la crise pour justifier la grève qui paralyse l’Université Marien Ngouabi, le ministre Bruno Jean Richard Itoua a, néanmoins, rappelé aux députés que le Gouvernement a fait un effort de payer un mois de salaire. «Un deuxième effort du Gouvernement était nécessaire pour que les activités reprennent», a reconnu le ministre qui a toutefois écarté l’hypothèse d’une année blanche.
De son côté, le ministre Serge Blaise Zoniaba a admis l’urgence de procéder à la révision du barrage de Moukoukoulou. «Si on est arrivé à cette situation, c’est parce que le partage des responsabilités entre la SNE et l’Etat présente une grosse difficulté. L’Etat propriétaire a donné les biens en concession sans en exiger des rémunérations et sans formellement mettre à la charge de la SNE les opérations de révision et de maintenance des biens concédés», a expliqué le ministre de l’Energie, dans sa réponse qui n’a pas convaincu grand-monde. Surtout pas Jean-Claude Ibovi qui pense qu’en écoutant les réponses données par les ministres, il a pitié du président de la République. «C’est l’occasion, Monsieur le Premier ministre, de nous dire ou en sommes-nous avec les négociations avec le FMI. La situation est grave et chacun vient parler comme si de rien n’était. On est même généreux, on vous reçoit en cumulant cinq mois sans salaires. Dites-nous la situation réelle du pays et les perspectives pour le sortir de la crise!».
Reprenant la parole, le Premier ministre a reconnu que les discussions avec le FMI ont commencé. «Elles sont très dures. Les réformes, on peut les annoncer, mais il faut être capables de les accepter», a-t-il souligné, tout en promettant d’engager des discussions avec les partenaires du monde pétrolier qui prennent 80% de droits de douanes à cause des exonérations. «Sur 1000 milliards attendus par année, nous encaissons, quand ça va bien, 137 milliards, soit 13,5%», a dit Clément Mouamba, qui pense que la dette du Congo «n’est pas soutenable».  

Cyr Armel YABBAT-NGO

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