Incroyable : Agression de journalistes dans l’enceinte de La Semaine Africaine!

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Des hommes en civil venus d’une institution inconnue à ce jour ont fait irruption dans la cour du journal, bastonnant et souffletant ceux des membres de notre personnel se trouvant sur leur passage.

 

Le bihebdomadaire La Semaine Africaine a été à la fois le témoin et la victime de faits graves de violence. C’était jeudi  30 novembre dernier, lors d’une conférence de presse convoquée par la défense de M. Okombi Salissa, actuellement poursuivi en justice. La conférence devait se tenir sous la présidence de Me Yvon Ibouanga, l’un des avocats défenseurs. Mais vers les 15h, des hommes en civil se prévalant d’un corps indéterminé des forces de l’ordre, ont fait irruption dans la cour du journal, bastonnant et souffletant ceux qui avaient eu le malheur de se trouver sur leur passage. Le correspondant à Brazzaville de la radio française RFI et de l’Agence France Presse ; les confrères de la télévision privée DRTV ; le correspondant de l’agence PANA Presse, un journaliste du Patriote et un autre de la radio nationale Radio Congo ont souffert de violences particulières. Leurs matériels de travail : caméras, appareils de photo et surtout leurs téléphones portables ont été endommagés et emportés.
Pour sa part, La Semaine Africaine a été la double victime collatérale de ces actes. Son chargé de production, Pierre Mboungou, qui s’apprêtait à regagner son domicile après notre bouclage a été pris à partie par les présumés forces de l’ordre empêchant tout accès à notre cour et toute sortie de notre enceinte. Au plus chaud des échauffourées, dix des présumés agents de sécurité à l’allure de karatéka, sont montés à l’étage et six sont arrivés dans la salle de rédaction pour vérifier ce qu’écrivaient ceux de nos journalistes restés à la rédaction pour boucler le journal. Ils ont poussé l’outrecuidance jusqu’à lire les textes sur les ordinateurs et à se faire expliquer les mots les plus particulièrement suspects à leurs yeux, tel le mot GAR (Gestion axée sur le résultat), que l’un d’eux a attribué à une formation politique ! Le sang froid de notre équipe a permis d’éviter qu’on en vienne aux mains.
Nous ne  mettons aucun nom, ni de personne ni de regroupement politique, derrière ces faits inouïs. Nous ne méritons pas même les nombreux messages de soutien qui nous sont parvenus de la part de notre hiérarchie d’Eglise, de notre hiérarchie corporatiste ou du Conseil supérieur de la Liberté de communication dont le président Philippe Mvouo a été le premier à nous manifester solidarité et soutien, tout en réclamant un rapport circonstancié sur ces graves faits.
La Semaine Africaine n’était pas visée, en principe, par ces violences. Notre Salle Louis Badila (du nom du premier directeur congolais de notre journal, torturé sous la Deuxième République) fait partie d’un certain nombre de dépendances du rez-de-chaussée que nous faisons louer au député José Cyr Ebina, au départ homme d’affaires. Il se trouve que pour des raisons qui lui sont propres, celui-ci a décidé de la sous-louer à toute personne en mal de lieu d’organisation d’événements de masse. C’est ainsi que, souvent, des communautés chrétiennes qui n’ont qu’un lointain apparentement avec l’Eglise catholique y célèbrent leurs cultes sans que nous réussissions à faire valoir notre droit de propriétaire quant au choix des locataires ni, surtout, notre réserve quant à sous-louer une salle dont un seul identifiant figure sur le bail.
Les événements de jeudi dernier sont donc reconductibles à cette confusion : nous sommes propriétaires de l’immeuble mais ne savons pas qui occupe, brièvement ou en permanence, les locaux que par droit nous avons cédés en location !
Tout est-il que nombreuses réactions ont unanimement condamné ces actes.
Ainsi, premier concerné, le Conseil supérieur de la liberté de Communication s’est élevé «avec véhémence» contre «les actes crapuleux orchestrés intentionnellement contre des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions ce 30 novembre 2017, actes contraires à l’esprit de la démocratie et de l’Etat de droit; exhorte les services compétents de la police à diligenter une enquête appropriée en vue d’identifier et d’appréhender les auteurs et complices de ces violences et voies de fait, et à mettre tout en œuvre pour restituer le matériel confisqué aux ayants droit par le truchement du Conseil.
(…) Au regard de ce qui précède, le Bureau du Conseil Lance un vibrant appel aux professionnels de l’information et de la communication à observer le calme et la sérénité tout en continuant à exercer normalement leurs métiers pour la promotion du pluralisme d’opinion;  S’engage à assurer effectivement d’une part, un suivi méthodique de cette situation jusqu’à son terme, et d’autre part, la promotion de la liberté de la presse en République Congo; Rassure enfin, l’opinion nationale et internationale que la liberté de la presse est à la fois un droit inaliénable et une réalité indéniable qui ne souffrira d’aucun recul au Congo ».
Les journalistes eux aussi, se sont particulièrement déclarés indignés par les faits accomplis dans notre enceinte. «Réunis ce samedi 2 décembre 2017 à la Maison de la presse du Congo, à Brazzaville, les professionnels de la communication et des médias expriment leur vive indignation suite aux actes d’agression corporels et matériels perpétrés par des éléments armés non identifiés contre les journalistes de la presse nationale et internationale en plein exercice de leur métier.(…) Les professionnels de la communication et des médias :
- Condamnent fermement cette agression barbare menée par les éléments armés en civil non identifiés ;
- Demandent aux autorités compétentes de diligenter l’ouverture d’une enquête afin d’arrêter et traduire en justice les auteurs de ces actes qui n’honorent pas le Congo-Brazzaville, pays qui ne figure sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse.
- Demandent la restitution du matériel de travail dérobé auprès des journalistes.
Rappellent aux pouvoirs publics que les dispositions de la loi sur la liberté de l’information et de la communication, particulièrement en ces articles 4 et 7, indiquent le libre accès aux sources d’informations et prônent la satisfaction des attentes du public en matière d’information et de communication ».
Il est à noter qu’à ce jour, en dehors du Gouvernement (voir l’article d’Azad Doko en page 15), un seul parti politique a réagi à ces agressions. Il s’agit de l’UPADS pour qui «les récents événements à Brazzaville démontrent que la volonté de bâtir une Nation respectueuse des libertés fondamentales n’est pas toujours présente dans la conscience nationale.
En témoignent la répression de la marche pacifique organisée par certains responsables de l’Opposition le 27 novembre, et la dispersion violente des journalistes conviés à la couverture médiatique de la conférence de presse qu’ont voulu organiser les avocats de Monsieur André OKOMBI SALISSA le 30 novembre 2017.Par conséquent, l’UPADS: 1. demande au Gouvernement d’œuvrer pour la promotion des droits de l’homme et la garantie des libertés fondamentales ;2. demande au Gouvernement d’ouvrir une enquête impartiale pour que réparation soit faite en rapport avec l’agression des journalises et la destruction et/ou la confiscation de leurs matériels de travail ».
A signaler aussi qu’une enquête a été ouverte sur ces agressions. Elle est confiée au commissariat de police du Plateau (La Coupole) dont nous relevons géographiquement

ASM


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