Raymond Thimothée Mackitha, président du FURC (Front Uni des Républicains Congolais) : «Aucun patriote ne devrait se réjouir de cette détresse collective»

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Le FURC (Front Uni des Républicains Congolais), parti situé à l’opposition républicaine, a fait sa rentrée politique par une assemblée générale, son leader Raymond Thimothée Mackitha a saisi cette opportunité pour nous accorder l’interview dans laquelle il aborde les questions diverses sur la vie de son parti, les échéances électorales qui viennent de s’achever, la récession économique qui tourmente le Congo, la conférence de presse du Premier ministre et les perspectives de l’action politique du FURC dans la vie du pays.


* Monsieur le président du FURC, il y a bien longtemps qu’on ne vous a pas entendu !
** Le Front uni des républicains congolais fait son petit bonhomme de chemin à travers les écueils structurels liés au système politique national. Tenez, nous n’avons été en lice dans aucun scrutin, ni aux législatives, ni aux locales et les autres épisodes qui les sanctionnent. J’ai souvent évoqué avec vous les maux qui rongent notre société politique. Le plus néfaste est la monétarisation qui place l’argent au cœur du système électoral. dans nos partis politiques les membres ne cotisent pas comme cela devait se faire ou se fait sous d’autres cieux. En 2012 le cautionnement de la candidature aux législatives s’élevait à 100.000 FCFA, en 2017 il est passé à 1.500.000 FCFA. La caution à la présidentielle était de 5.000.000 FCFA en 2009, sept ans après, à la présidentielle de Mars 2016, elle est passée à 25.000.000 FCFA. La candidature aux élections locales s’élevait à zéro francs en 2014, on déboursait de légères sommes d’argent pour l’acquisition des documents du dossier. En 2017 elle est passée à 500.000 FCFA. Le système électoral est vicie de l’intérieur par la place donnée à l’argent. En matière politique ce qui détermine le choix des électeurs ce sont les projets de société des candidats, la qualité de leurs programmes et professions de foi. La moralité de ceux qui aspirent aux fonctions directives ou délibératrices est en bonne place parmi les critères du choix dans les urnes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, l’argent demeure le roi. A côté de ce fléau subsistent dans la vie de tous les partis politiques les mêmes tares qui persistent depuis le retour du multipartisme par la conférence nationale souveraine. Le leader doit pourvoir à tous les frais occasionnés par la mobilisation (location de salles de réunion, frais d’acquisition du matériel et des supports électoraux, répondre aux sollicitations des militants dont il faut parfois assurer les déplacements, sans compter les apéritifs de fin d’assemblées générales…) Ces servitudes sont un boulet que l’on traine sans que les missions attendues comme la vulgarisation du projet de société du parti et son implantation sur l’ensemble du territoire national, n’aient été accomplies. Ces embûches ne peuvent pas pour autant entamer notre engagement en faveur du développement du Congo. Mais nous invitons les congolais démocrates et républicains à exiger un système électoral purifié de toute corruption et de surenchère financière.

* Les élections pour la mise en place des institutions de la nouvelle république viennent de se terminer, quel sentiment vous a laissé leur déroulement ?
** Vous savez qu’au dialogue politique national de Sibiti le versant portant sur la gouvernance électorale avait obtenu un large consensus de tous les courants politiques et, au-delà, l’adhésion des forces ayant refusé de participer à cette concertation. L’usage actuel du bulletin unique représente un acquis incontestable. En attendant la biométrie, il faut exhorter le gouvernement, les partis et les associations, ainsi que les individualités à participer aux discussions sur l’amélioration de la gouvernance électorale dans notre pays. C’est la preuve que la classe politique congolaise peut parvenir à des avancés institutionnelles significatives sans invectives ni affrontements. Des incidents nombreux et variés ont émaillé le déroulement de ces derniers scrutins couplés, législatives et locaux. Certains candidats se sont indignés contre des pratiques de fraude, d’intimidation, menaces et autres voies de fait. Les recours introduits auprès de la cour constitutionnelle ont, tous les cinquante trois, été rejetés. L’on peut espérer que la décision de la cour suprême kenyane fasse un jour tâche d’huile et devienne une jurisprudence sur le continent. A l’avenir toutes les partis devront en amont se concerter pour rendre plus transparente la procédure électorale.

* Le Congo est dans une crise économique sans précédent, qu’en pense le président du FURC ?
** Le monde dans lequel nous vivons au vingt–unième siècle est celui de la globalisation, c’est un village planétaire. Le Congo entretient avec le reste du monde des relations économiques et commerciales qui expliquent que le moindre dysfonctionnement financier qui surgit sur le marché international entraine des conséquences sur la vie de notre pays. La baisse des cours des matières premières a fortement affecté l’économie nationale. La situation de ce mois d’octobre nous rappelle la fable de la Fontaine les animaux malades de la peste « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Fonctionnaires, retraités, étudiants, personnel des organismes politiques et administratifs, opérateurs économiques, endurent des retards de paiement de leurs salaires, bourses, pensions, primes ou indemnités. Aucun patriote ne devrait se réjouir de cette détresse collective.

* Le premier ministre a donné il y a quelques jours une conférence de presse sur la situation générale de notre économie, quelles impressions vous a-t-elle laissé ?
**Le premier ministre Clément Mouamba est dans son rôle lorsqu’il apporte les réponses aux multiples interrogations des populations. Nous savons tous qu’avant d’arriver à la fonction de chef de gouvernement il a engrangé une longue pratique de gestion financière. C’est un habitué des institutions financières internationales. Sous la législature du président Pascal Lissouba, il était déjà à la tête du département des finances. Avant et après il a acquis une expertise de management des instituts d’émission autant que de banques commerciales. En bon pédagogue il a apporté un éclairage sur les mécanismes complexes caractérisant les rapports du Congo avec le système de Bretton Woods. On peut retenir que ces négociations s’inscrivent dans le cadre des relations classiques entre le FMI (Fonds Monétaire International) et l’un des Etats Membres. Si la révélation qu’il fait, qu’à son arrivée à la primature il a trouvé 400 milliards, est édifiante, on peut déplorer tout de même que cette information soit donnée après moult tergiversations. On se rappelle des questions des députés au gouvernement sur le point de savoir que sont devenus le fonds pour les générations futures et les excédents financiers annoncés à grand renfort de publicité. Par ailleurs si la baisse du prix du baril de pétrole est l’élément déclencheur de cette récession qui s’est aggravée au fil des mois, il ne peut être exclu qu’il y ait eu à l’origine de cette crise une part de mal gouvernance. L’opinion publique déplore que durant la période d’embellie financière le gouvernement n’ait pas usé de méthode et de précaution en évitant de dépenser sans compter, sachant que gouverner c’est prévoir. Par cet exercice le premier ministre a ainsi comblé un déficit de communication des ministres concernés par la gestion des comptes incriminés. Il a donné a ses compatriotes des raisons d’être optimistes en attendant l’accord avec le FMI wait and see. Il faut aussi attirer l’attention des pouvoirs publics sur le sort des retraités, la couche la plus vulnérable de la population de notre pays. Par l’âge et l’affaiblissement physique ils représentent les personnes les plus exposées au péril. En temps normal les pensions devraient être indexées sur le coût de la vie et l’inflation. On peut comprendre que la revalorisation du point d’indice sur les salaires des fonctionnaires ne soit pas répercutée sur les pensions des retraités qui restent statiques. Près de dix mois ininterrompus de pensions impayées ont une répercussion dramatique sur cette catégorie sociale exposée aux maladies les plus meurtrières. Le premier ministre a annoncé une série de réformes qui si elles sont effectives, pourront transformer la qualité de vie des congolais. Puisse la revalorisation des pensions figurer parmi ces innovations.

* Pour terminer, monsieur le président, dites-nous comment entendez-vous inscrire la vie du FURC dans l’avenir. Vous n’avez aucun élu dans les conseils départementaux et municipaux, ni à l’assemblée nationale et au sénat ?
** une nouvelle loi sur les partis a remplacé celle de 2006. Nous devrons nous adapter ou disparaitre. Un grand symposium va prochainement réunir les membres et sympathisants du parti afin de déterminer les futures mutations que nous devons opérer pour faire notre mue. Nous devons choisir d’intégrer une large plate forme, avec d’autres formations politiques ou opérer une fusion avec d’autres partis en vue de la formation d’un nouveau parti politique ayant pignon sur rue et plus visible sur l’échiquier politique national. L’enjeu demeure l’arrivée aux affaires des membres du FURC en vue de la mise en œuvre de nos idées et de notre vision sur le Congo. Tout ceci en consolidant les acquis de la démocratie dans la concertation avec les autres forces vives de notre pays.

Propos recueillis par Pascal AZAD DOKO


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