Crise du Pool : «Les Ninjas qui sortiront ne seront pas tués, parole de Président»

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

La situation sécuritaire et humanitaire que traverse le Pool interpelle les consciences. C’est ainsi que les cadres, sages et notables du Pool, associés au comité des sages du Congo et membres du comité de suivi de la convention pour la paix et la reconstruction du Congo et aux personnalités d’églises, étaient mardi 3 octobre 2017, face au président de la République. 

Ce fut une causerie citoyenne sur la crise qui secoue depuis près de 18 mois le Pool avec, à la clé, près de 20.000 déplacés. L’objectif était de réaffirmer la détermination des uns et des autres pour rétablir, sinon ramener la paix dans ce département. Le président de la République a accepté l’ouverture des couloirs sécurisés pour tous les jeunes qui voudront sortir, mais à une seule condition: celle de sortir avec leurs armes. La rencontre tenue dans la salle de banquet du Palais du peuple, s’est déroulée dans un climat convivial, fraternel et amical. Les sages et notables des treize districts du département du Pool étaient là aux côtés des dignitaires de la cour royale du Makoko, de rouge vêtus. Seuls les membres du gouvernement originaires du Pool, le président de l’Assemblée nationale et les députés du Pool, à l’exception d’Antoine Nicéphore Thomas Saint-Eudes, étaient absents.   
Mgr Louis Portella Mbuyu, évêque de Kinkala, était le premier orateur à s’exprimer. Tout en reconnaissant les initiatives prises par les différentes organisations pour la résolution de cette crise, il a laissé entendre que cette recherche de la paix doit comprendre de manière urgente deux volets, à savoir: le volet sécuritaire et le volet humanitaire et social.
S’inspirant des Saintes écritures, il a rappelé que devant les cycles interminables et mortifères de violences et de vengeances, une véritable paix n’est possible que par le pardon et la réconciliation. «C’est donc à ce pardon et à cette réconciliation que nous voudrions aussi vous atteler. Car, ce sont ces attitudes intérieures et ces démarches qui garantissent l’avenir d’une communauté humaine», a dit Mgr Louis Portella Mbuyu, en s’adressant au président de la République.
Citant le Pape Paul VI, l’évêque de Kinkala a fait remarquer que la paix s’affirme seulement par la paix, «elle qui n’est pas séparable des exigences de la justice, mais qui est alimentée par le sacrifice de soi, par la clémence, par la miséricorde et par l’amour».
Face à la dérive désastreuse de certains enfants du Pool, les sages de ce département par la voix du vice-président de leur comité, Dominique Loubassou, ont pris la résolution d’œuvrer pour ramener à la raison les jeunes ninjas Nsiloulous.
Par ailleurs, ils ont exprimé la disponibilité de leur comité, son engagement et sa détermination pour convaincre les enfants égarés du Pool à revenir dans la l’égalité républicaine. Afin de soulager tant soit peu les souffrances des populations, les sages du Pool ont, entre autres, suggéré l’ouverture des couloirs sécurisés, le cantonnement et la réinsertion sociale des ninjas Nsiloulous; la libre circulation des personnes, des biens et de vivres; le retour dans leurs villages respectifs des populations déplacées et leur accompagnement à travers des programmes d’assistance humanitaire; la relance du trafic ferroviaire et routier; le fonctionnement régulier de l’administration publique; la réouverture des écoles et centres de santé.
Aussi, ont-ils sollicité du président de la République, la mise en place d’un comité de suivi devant veiller à la mise en œuvre de toutes ces propositions.
Dans leur message, les sages du Pool ont fait part de l’appel du roi Makoko qui a exigé que le sang cesse de couler au Congo, en général et dans le Pool, en particulier. «Les frères Kongo qui peuvent parler à Ntumi doivent lui dire de déposer les armes et écouter le massage du roi. Tous ceux qui s’opposeront à mon appel subiront le verdict de Kouébani», a promis le roi Makoko.
Les notables du Pool qui se sont exprimés en troisième position ont, quant à eux, manifesté leur indignation face à la souffrance des populations qui vivent, selon eux, une situation dramatique. «Elles sont victimes de tueries, de viols, de vols, de braquages, de pillages, de destruction des habitations, de rançonnages et toutes autres exactions par les hommes arme».
Comme bouc-émissaire, Paul Goma a épinglé avant tout les ninjas Nsiloulous du pasteur Ntumi, mais aussi, malheureusement, «au comportement de certains éléments indisciplinés de la force publique», a dénoncé l’orateur qui n’a pas manqué de peindre la réalité qu’ils vivent au quotidien dans le Pool. «Il s’agit des déplacements massifs des populations, la désertion des villages, l’interruption du trafic ferroviaire et routier, la compromission de la circulation des personnes et des biens. Plus grave, c’est que l’approvisionnement en vivres, en médicaments et autres produits de première nécessité est interdit sous prétexte de ravitailler les jeunes en perdition», a-t-il expliqué, tout en affirmant que les populations du Pool se sentent abandonnées.
Répondant aux trois orateurs, le président de la République a, d’entrée de jeu, fait constater qu’il allait parler simplement et directement avec son cœur, comme pour ne dire rien d’autre que la vérité. «Je voulais vous féliciter de cette initiative que vous prenez de s’associer à moi pour résoudre cette question du Pool», a-t-il dit.
Pour lui, le Pool est en proie à un problème sécuritaire et humanitaire et non politique. Comme pour éclairer la lanterne de ses interlocuteurs, Denis Sassou-Nguesso a commencé par faire un rappel historique des violences et turbulences qui ont secoué le pays entre les années 1990 et 2000.
Après 15 ans d’apaisement, le président de la République a fait savoir que les contradictions politiques ont débuté en 2015 lorsqu’avait été prise la décision de changer ou pas la constitution. «Est-ce que cela devrait nous amener à des violences et la situation que nous déplorons aujourd’hui? Non», a-t-il dit, tout en ajoutant: «J’avais demandé que cette question soit démocratiquement discutée. Les conditions ont été créées pour cela. J’ai moi-même donné le ton avec les consultations citoyennes que j’avais initiées avant le dialogue de Sibiti. Les choses se passaient dans la paix malgré quelques incidents constatés pendant le référendum», a-t-il expliqué.
Parlant de l’élection présidentielle, Denis Sassou-Nguesso a fait constater qu’il avait parcouru tout le pays pendant la campagne et n’a rencontré aucun incident. «Je n’étais pas plébiscité. J’ai perdu dans le Pool. Cela n’a pas entrainé mort d’hommes. Les résultats ont été acceptés. Je n’ai pas perdu que dans le Pool, mais dans bien d’autres départements. C’est cela la démocratie. S’il fallait que je contexte les résultats, c’est à la Cour constitutionnelle qu’il faut s’adresser», a-t-il idiqué.
«Pourquoi alors les violences dans le Pool ?», s’est-il interrogé, avant d’ajouter: «Ntumi était mon collaborateur. Il travaillait directement avec mon directeur de cabinet jusqu’au jour où il a abandonné ses fonctions pour retourner dans les villages que vous connaissez, puisque vous le voyez là-bas en activité avec sa secte. Il n’était pas candidat à l’élection présidentielle. Il a plutôt soutenu un candidat qui est libre comme le vent et qui siège à l’Assemblée nationale. Il faut maintenant chercher à savoir où se trouve l’erreur», a-t-il précisé.
Conscient du fait qu’on ne peut pas guérir un mal sans poser de diagnostic, le président de la République a promis créer les conditions afin de tout mettre  en œuvre pour que les populations du Pool retrouvent la paix. «J’avais donné des instructions aux ministres de la défense et de l’intérieur, ainsi qu’à mon directeur de cabinet pour que les conditions soient créées pour permettre aux jeunes qui le désirent de sortir», a affirmé Denis Sassou-Nguesso qui, malgré tout, a montré sa fermeté sur ce dernier aspect.
S’il faut sortir, «Ces jeunes doivent sortir avec leurs armes. Ça ne peut pas être autrement. On pourra même les leur racheter. On ouvrira les couloirs sécurisés. Ils ne risqueront rien. C’est la parole du président», a rassuré le président de la République qui a également évoqué l’interruption du trafic ferroviaire due à la destruction de trois ponts par les ninjas Nsiloulous qui avaient volé des explosifs à la base vie de l’entreprise chargée de construire la route Mindouli-Kinkala avec la complicité, selon lui, des travailleurs du chantier. «Les ouvriers artificiers du chantier les ont aidés à monter les charges explosives», a-t-il insisté.
Ce faisant, Denis Sassou-Nguesso a demandé à ce que les conditions soient créées ensemble avec les sages et notables du Pool, afin de mettre un terme à cette crise. «Nous allons le faire sans délai. Nous irons aux actes», a-t-il conclu.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

Informations supplémentaires