Pascal Tsaty-Mabiala, premier secrétaire de l’UPADS : Le Congo, c’est l’insuffisance chronique dans la gouvernance électorale

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*L’UPADS est la principale formation de l’Opposition aujourd’hui. Un positionnement quelque peu chahuté à l’intérieur de l’opposition même. Vous vous considérez, monsieur le  premier secrétaire, comme le principal parti de l’opposition ou «l’un» des partis de l’opposition?


**Ça dépend des critères que l’on se donne. Si le principal parti de l’opposition est celui qui a la meilleure représentativité, c’est-à-dire qui est dans les institutions avec une présence remarquable, une implantation significative, il n’y a aucun doute que nous soyons ce premier parti de l’opposition. Mais l’opposition aujourd’hui est plurielle: il y a celle qui a accepté d’être dans les institutions, c’est-à-dire Guy Brice Parfait Kolélas et nous, l’UPADS. Et il y a ceux qui n’y sont pas et qui estiment que ceux qui ont accepté d’aller aux élections jouent le jeu du pouvoir. Cette opposition-là peut avoir des raisons d’estimer qu’elle est aussi une force de l’opposition. Nous avions été aux responsabilités, nous avions exercé le pouvoir, nous y avions été chassés par la force des armes. Nous n’avons pas gardé la rancune: nous avons repris notre place après tant de déboires. Nous sommes revenus là où nous sommes depuis bientôt une dizaine d’années sans discontinuer. Chacun peut avoir son jugement. Au demeurant, nous nous considérons comme le premier parti de l’opposition selon les critères qu’en donne la loi.

*Première force de l’opposition avec pour particularité de jouer quelque peu la modération et non pas le jusqu’au-boutisme. Cela ne va pas sans quelques interrogations ou suspicions de complicité avec la majorité que vous êtes  censés combattre !

**Le fait même d’accepter de jouer le jeu à l’intérieur des institutions nous vaut déjà cette suspicion. Pour d’aucuns, l’opposition telle qu’elle est vécue en Afrique, de manière générale, doit être une opposition de contestataire à jamais. Mais l’opposition dans une démocratie civilisée s’oppose à partir d’un projet qui combat celui qui gouverne. Ce ne sont pas ceux qui parlent haut et fort ou qui mettent facilement les militants dans la rue, mais ceux qui ont un projet, une ambition de gérer la cité autrement. Quand on a un tel projet et une telle ambition, il y a une posture, un discours et une façon de se tenir. C’est ce que nous avons appris. A la différence des autres qui, peut-être, n’ont  jamais été aux responsabilités. Nous y avons été et nous avons vocation à y revenir. En Afrique, lorsque vous avez des députés ou que vous êtes dans les institutions, il y a toujours cette suspicion d’être en combine avec le pouvoir. Tous ceux qui parlent aujourd’hui ont été à un moment ou à un autre avec le président Sassou. Donc avec ce pourvoir. Nous, nous n’y avons jamais été, c’est ça notre particularité qui fonde notre constance. Dans l’histoire, notre pays n’a jamais construit une réelle opposition depuis l’avènement de la démocratie, même à l’époque avec des personnalités aussi fortes que Sassou et Kolélas, l’opposition n’avait de programme que la déstabilisation du pouvoir de Pascal Lissouba. Nous avons été les premiers à dire au président Sassou, au PCT et à la majorité, qu’il n’y avait aucune raison de faire évoluer les institutions. Et nous avons constitué le front commun contre le changement de Constitution.

* Le FROCAD … ?
**Au commencement était l’UPADS seule dans ce combat. Le FROCAD viendra bien plus tard. Puis vint l’IDC. Le pays n’avait pas connu une telle opposition comme nous étions constitués en 2015. C’était extraordinaire, sublime ! Mais qu’est-ce que c’était, cette opposition : une opposition pour le respect de l’ordre constitutionnel et non une opposition avec un projet, une ambition de gouverner demain le pays. Autrement dit, si le président Sassou n’avait pas eu l’idée de changer la Constitution, bon nombre ne nous auraient pas rejoints.

*En vous écoutant, c’est comme si vous êtes heureux dans l’opposition et d’y rester? Vous vous êtes opposé à la révision de la Constitution, mais quel en a été le gain?
**Très bonne question (rire). Non! Nous ne sommes pas un parti qui complait dans la contestation comme ce roquet qui aboie mais ne mord pas. Tous ceux qui ont pris le pouvoir ici comme ailleurs, ce sont des partis organisés. Des partis qui savaient dire des choses et subjuguer le peuple par leur projet et leur discours. Quoique parfois longtemps incompris. A la vérité, les grands contestataires, les extrémistes dans l’histoire ont rarement pris le pouvoir. L’UPADS n’est pas un parti contestataire mais un parti de gouvernement avec cette ambition qui ne nous a jamais quittées, celle de diriger le pays. Nous avons mené un combat jusqu’en décembre 2015. Les moyens militaires surdimensionnés utilisés par le président Sassou et sa force publique pour imposer le référendum, ne nous ont pas permis de poursuivre ce combat que nous croyons démocratique. Nous en avons appelé au peuple qui, hélas, ne nous a pas massivement suivis. Le référendum a eu lieu et la Constitution a été promulguée, malgré un fort taux d’abstention et la nouvelle Constitution a été promulguée. Dès lors, qu’est- ce qu’il fallait faire? Nous avons convoqué une convention de l’opposition pour répondre à deux questions essentielles: que faisons-nous maintenant après que le référendum a eu lieu? La deuxième question, était celle de savoir s’il fallait laisser Monsieur Sassou aller tout seul aux élections. A la première question, nous nous sommes dit qu’il fallait que nous nous organisions pour affronter Monsieur Sassou à la présidentielle, peu importent les conditions d’organisation que nous savions non réunies.

*Y compris servir de faire-valoir !
**Nous étions conscients que le corps électoral n’était pas fiable et que la biométrie ne serait pas introduite. Nous avons quand-même décidé d’y aller, non pas pour servir de faire-valoir mais parce que nous estimions que ne pas y aller ne réglait rien. D’autant plus que nous avions vu ce qu’a donné le boycott dans le passé et sous d’autres cieux. Il faut s’en remettre à l’histoire qui dira si nous avions eu raison. Celui qui a estimé que partir à ces élections c’était jouer le faire-valoir tant les conditions n’étaient pas réunies, c’était Monsieur Mathias Dzon. Tout en respectant sa position, nous n’étions pas convaincus et nous le sommes encore, qu’il était sur le meilleur chemin. Et, dès lors que nous nous sommes engagés, tout avait changé. Nous avons pris là une responsabilité importante vis-à-vis de nous-mêmes, de l’histoire et de nos militants. Par conséquent, nous ne pouvions selon toute logique, ne pas reconnaitre la nouvelle constitution qui s’imposait à l’ensemble du peuple congolais. Il fallait simplement assumer.

*Y compris le reniement de votre parole première qui fut celle du rejet de cette Constitution ?
**Bien sûr. Il fallait en tirer les conséquences et tenter de déplacer les curseurs en menant un autre combat, non plus celui de la Constitution puisque nous l’avions implicitement reconnue.

*Personnellement, regrettez-vous les deux sièges de sénateurs perdus dans le Niari ?
**Comment regretter ? C’est une élection. On gagne ou on perd. Dans les autres départements, nous avions gagné et on n’a pas été chahutés ! C’est même dans l’ordre normal de la vie d’un parti politique. Quand on gagne, le parti est applaudi. Quand on perd, le bouc-émissaire, le tout indiqué, c’est le chef. Mais, si on a bien compris le sens de cet échec, tout ce qui a été dit ne repose absolument sur rien du tout. C’est une élection au suffrage indirect. Quand vous êtes 24 conseillers sur un total de 131 ; l’UPADS qui n’avait qu’une majorité relative ne pouvait prétendre l’emporter aussi facilement si en face, la majorité, ses alliés et ses nombreux indépendants faisaient bloc.

*Comment expliquez-vous que l’UPADS puisse présenter cinq candidats aux sénatoriales dans le Niari ?
**Pourquoi on s’en étonne ? Puis qu’il y avait six sièges à compétition et nous avons présenté cinq candidats. Quoi d’anormal à priori. Vous posez implicitement la question de savoir pourquoi présenter autant de candidats dans une bataille perdue d’avance, c’est une question de stratégie interne.  Mais pour dire la vérité, il y a eu de l’indiscipline et nous avons payé de cette indiscipline.

*En tant que président de l’opposition parlementaire, comment entendez-vous fédérer les autres partis d’opposition?
** L’opposition parlementaire est celle qui est représentée au parlement et dans les conseils. C’est d’abord celle-là qu’il faut rassembler, c’est-à-dire l’UPADS, Yuki et la Copar puisque c’est celle là qui répond aux critères édictés par la loi sur le statut de l’opposition. Par la suite, il nous faut aller à un plus grand rassemblement de l’opposition. Comment alors allons- nous la fédérer ? Attendons d’abord que cette décision soit rendue officielle. Et, si c’est moi qui en étais le chef, j’appellerais tous les amis pour nous mettre ensemble, afin de refonder cette nouvelle opposition à partir du statut qui nous sera octroyé, et d’en dessiner les contours avec le partage des responsabilités qui sous-entend.

*Le groupe parlementaire à l’Assemblée entre vous et Yuki, c’est un acquis ou une possibilité ?
**Nous avons un groupe parlementaire UPADS, c’est déjà acquis. Pour Yuki, vous suivez le débat. Il semble qu’il lui est reproché de n’avoir pas à temps introduit les documents pour être reconnu comme parti politique. Donc, Yuki est allé en indépendant et de ce fait, conformément à la nouvelle loi sur les partis politiques, il se voit malheureusement disqualifié pour cette seule raison. L’unique parti de l’opposition légalement constitué, c’est donc l’UPADS qui peut former un groupe parlementaire auquel peuvent s’associer les apparentés.

*En regardant l’avenir, quel est le principal reproche que vous faites à la majorité aujourd’hui ?
**Il y en a beaucoup. D’abord, la gouvernance électorale qui est la plus décriée dans la sous-région. Le Congo ne fait pas d’effort pour améliorer sa gouvernance électorale. D’une élection à une autre, nous avons les mêmes dysfonctionnements. C’est devenu une sorte de déjà-vu. Je crois que la Commission nationale électorale indépendante doit prendre en charge les opérations électorales et que le ministère de l’Intérieur, par le biais de la Direction générale des affaires électorales, cesse d’organiser les élections pour laisser place à la commission qui ne prend du service qu’à la veille du scrutin. Donc, toutes les opérations préparatoires lui échappent. Par ailleurs, sur un autre chapitre, nous attendons le rapport officiel du Fonds monétaire international sur les négociations en cours avec les Gouvernement. Si jusqu’ici, nous n’avions pas fait de déclaration, c’est pour éviter de tenir les propos qui ne reprennent que la rumeur. Le FMI apprécie actuellement les comptes publics, ce qui a été caché, ce qui n’a pas été dit. Et à la fin, nous aurons un rapport officiel sur la base duquel seront négociés les thèmes d’un programme d’ajustement structurelle et certainement sur un rééchelonnement de notre dette. Quand nous aurons tous ces éléments avec responsabilité, nous nous prononcerons sur la mauvaise gestion, les choix hasardeux, les investissements improductifs et l’inclinaison facile à l’endettement parfois non justifié. Et nous serons très regardants sur la préservation des acquis sociaux des populations, notamment en matière de santé, l’éducation et du pouvoir d’achat.
*Quelles sont les échéances les plus pressantes de l’UPADS dans les tout-prochains mois dans son activité interne et pour sa visibilité nationale?
**Selon la périodicité prévue par nos textes, il se tient tous les 4 ans, le congrès du parti. Ainsi, nous devons tenir notre congrès au cours de cette année pour autant que les conditions permissives soient réunies, en particulier celles de son financement. Nous allons convoquer le conseil national pour constater la possibilité ou non de tenir le congrès à la date échue. C’est lui et lui seul qui en prendra la décision. Deuxièmement, il faut placer le parti au meilleur endroit là où il peut être le plus visible, ce qui suppose une orientation claire, cohérente et réaliste.
En définitive, l’UPADS a choisi la voie de l’apaisement et du compromis. «Je dis bien compromis et non compromission qui a été à la base de la construction des grandes nations au monde».

Propos recueillis par
Albert S. MIANZOUKOUTA & Cyr Armel YABBAT-NGO

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