El Hadj Djibril Abdoulaye Bopaka, président du Conseil supérieur islamique du Congo : Il ne faut pas mêler le nom de l’islam au terrorisme; Ntumi n’est pas musulman !

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Il y a encore quelques années, parler d’un musulman congolais relevait de la bizarrerie. Aujourd’hui les choses changent. El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka est de ceux qui ont contribué à changer cet état d’esprit ; à donner à voir qu’on pouvait parfaitement être musulman congolais au Congo et le vivre sans complexes d’aucune sorte. Sa voix porte. D’autant qu’il s’agit aussi de couvrir les clameurs angoissées de ceux pour qui l’islam se définit au travers des violences antichrétiennes de l’organisation Etat islamique ou, plus près de nous, de l’activisme sanglant de Boko Haram au Nigeria et, de plus en plus aussi, au nord-Cameroun. L’homme qui nous a reçus est posé.

Son propos renvoie à la nécessité de la coexistence fraternelle parmi les croyants. Président du Conseil supérieur islamique du Congo, il assure que les musulmans n’ont pas de plan caché ; que  l’islam est une religion de paix. Bopaka est aussi, faut-il le rappeler, président du Patronat congolais et entrepreneur. Trois casquettes, un seul homme, une seule voix : celle du croyant, insiste-t-il.
*J’ai été personnellement frappé, il y a un peu plus d’un mois et demi, du mot que vous avez prononcé lors de la pose de la première pierre de la mosquée de Mfilou. Vous aviez dit que l’Islam est une religion de paix. Le fait que vous ayez souligné cela indique assez la préoccupation générale dans le monde de voir une partie de l’Islam être confondue à ce qu’il ne faut pas quand on est homme et femme de prière. Alors, comment se présente l’Islam au Congo, Président ?
**Je voudrais d’abord vous remercier, que Dieu continue à nous protéger. L’Islam au Congo, pour le moment, grâce à Allah, se porte très bien. Dans ce sens qu’on continue à recevoir beaucoup de nouveaux adeptes, on continue à construire des mosquées, et nous maintenons la paix au sein de l’Islam et au sein du pays, où les autorités nous font confiance. Nous continuons à nous battre pour faire en sorte que la paix règne entre nous, et sans oublier avec tous nos confrères, qui sont surtout chrétiens et catholiques. Nous travaillons beaucoup avec Mgr Anatole Milandou, et tous ses autres frères. Et chaque fois qu’il y a des événements, on est ensemble ; il n’y a pas de crainte, ni un comportement de réserve, non : nous sommes tous des esclaves de Dieu et nous reconnaissons tous le Dieu unique ; nous ne pouvons que nous comporter en frères.

* Quelques interrogations persistent cependant et nous souhaitons profiter de votre disponibilité, vous, l’autorité morale de cette communauté de priants pour en avoir le cœur net. La première: nous voyons beaucoup de mosquées émerger aujourd’hui, y compris dans les quartiers où, traditionnellement, on ne s’attendait pas à trouver un lieu de prière de nos frères et sœurs musulmans. D’aucuns ont attribué ce « dynamisme » à une volonté de pénétrer un peu plus le tissu congolais et de briser, peut-être, une homogénéité chrétienne gênante pour vous… ?
**Non, je pense que ce serait une erreur. D’origine, je suis moi-même, d’abord, un catholique. Je suis entré dans l’Islam par le choix que Dieu m’a fait. Cela ne doit pas inquiéter, parce que nous sommes un Etat laïc, où chaque religion est libre d’exercer, tout en respectant les règles du pays, de sa foi. Quant à la construction des mosquées, elle est une directive, parce que nous ne voulons pas voir des musulmans occuper des ruelles, parcourir des kilomètres pour chercher où prier. Nous pensons que si dans une zone urbaine, il y a plusieurs musulmans et musulmanes, ceux qui sont dans des boutiques ou qui mènent des activités productives, il faut leur donner l’occasion d’avoir un lieu sûr qui peut être contrôlé et suivi par tout le monde. C’est pour cela que vous voyez que depuis que je suis Président, vous constatez qu’avec l’Etat congolais, les autorités de chaque arrondissement, les gens, laissent la liberté aux musulmans de construire leurs lieux de prière, pour qu’ils puissent faire leur prière librement.

*Un autre point aussi suscite des interrogations, parmi les initiatives que prennent la communauté musulmane au Congo, il y a eu cette volonté de bâtir non loin de l’ex-Centre culturel français, la plus grande mosquée d’Afrique centrale. Ce projet est-il abandonné? Se poursuit-il? Y-a-t-il des discussions, une réalisation à attendre, une inquiétude peut-être aussi à avoir là-aussi?
*Non, il n’y a pas d’inquiétude, parce que ce projet est une initiative du Gouvernement qui a signé des accords avec ses partenaires extérieurs. Cela n’a rien à voir avec les musulmans. Pour nous, les musulmans, ça devait être quelque chose de bien pour le pays, parce que ça montre qu’au Congo, il y a la paix ; que le message de paix peut partir du Congo. Maintenant, quant à l’arrêt ou la poursuite du projet, nous n’en savons rien. Sauf que le terrain où il sera érigé existe, mais nous n’avons pas encore vu un début de travaux. Je pense que cela relève de la responsabilité du Gouvernement. Maintenant, qu’on ait un autre lieu de prière de cette dimension, je pense qu’il n’y a pas d’inquiétude. Parce que c’est dans ce genre de cadre que s‘opère la conscientisation des fidèles.  

*Un autre point d’inquiétude ou d’interrogation, c’est l’existence, au cœur du quartier Plateau des 15 ans, d’un édifice où il est marqué «Qatar Charité». D’aucuns pensent que c’est une porte de Troie, une espèce de camouflage pour des activités nuisibles aux Congolais…
**Je pense qu’il ne faut pas qu’on exagère. Cela n’a rien à voir avec l’organisation officielle de notre religion. Le Qatar n’est pas le propriétaire de la religion islamique. Qatar Charité doit être une association ou une fondation, comme il en existe plein d’autres. Je pense que sa présence signifie que les autorités ont donné leur aval. C’est à elles de surveiller les activités qui s’y font. Mais pour nous, Conseil islamique du Congo, ça n’entrave en rien la liberté d’expression religieuse que nous prônons en tant qu’institution chargée de gérer les musulmans au Congo.

*Président, nous sommes Congolais et voisins de pays comme la République centrafricaine, le Tchad, le Cameroun, qui sont nos frères. Aujourd’hui, le Cameroun souffre de la violence du groupe activiste Boko Haram, qui a une connotation musulmane bien connue. Un: sommes-nous préservés, au Congo, de ces attaques-là ? Deux : la communauté musulmane, dans son ensemble, est-elle consciente des torts éventuels que peuvent causer ceux qui soutiennent une organisation de ce genre ?
**En tout cas pour le Congo, nous ne sommes pas là-bas. Le Congo, depuis les événements du Nigeria, du Cameroun, de Centrafrique : avec les autorités du pays, nous nous battons pour éviter le transfert de leurs intelligences dans notre pays. Nous essayons de faire comprendre que les musulmans qui sont ici sont des commerçants, ils n’ont rien à voir avec ce genre d’activités ; ils n’ont pas d’ambitions politiques pour aller chercher à aller arracher le pouvoir. D’ailleurs, cela ne regarde pas seulement les musulmans. L’autre fois, je disais à un ami que le pasteur Ntumi n’est pas musulman ;  c’est un chrétien. Aujourd’hui, il faut éviter que les gens utilisent le nom de Dieu pour des préoccupations politiques, pour déstabiliser les pays. Tout ce qui se passe dans le monde n’a rien à voir avec la religion. Moi, je suis musulman, mais je serais gêné d’abandonner mon Coran pour prendre les armes ou porter des ceintures d’explosifs et tuer les pauvres innocents. Je me sentirais coupable devant Dieu. Mais, celui qui n’a pas la crainte de Dieu, il le fait parce qu’on lui donne de l’argent. Mais, moi, j’ai la crainte de Dieu ; j’ai peur de faire couler le sang de mon frère, d’un innocent, d’aller déranger le peuple qui dort tranquillement chez lui. Nous, dans notre pays, nous devons nous battre, pour barrer la route à ceux qui ont ces idées macabres, qu’ils soient musulmans, chrétiens, ou adeptes d’autres religions.
*En tout cas, merci beaucoup pour la spontanéité avec laquelle vous nous avez accueillis. Merci de cette disponibilité qui est aussi la marque du croyant que vous êtes et dans laquelle nous sommes heureux de vous reconnaître.
**C’est moi qui vous remercie, que Dieu vous protège.

Propos recueillis par Albert S.
MIANZOUKOUTA et Véran Carrhol YANGA 

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