Bi-hebdomadaire La Semaine Africaine : Joachim Mbanza cède son fauteuil à Albert Mianzoukouta

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Le journal La Semaine Africaine a un nouveau directeur de publication, en la personne d’Albert Mianzoukouta, venant de Radio Vatican où il a pris sa retraite après 26 ans de service. C’est au cours d’une cérémonie émouvante qu’a eu lieu, le vendredi 11 aoùt 2017, la passation de service, dans la salle de réunion de la direction du bihebdomadaire, entre Joachim Mbanza, le directeur sortant, et Albert Mianzoukouta, l’entrant.

 

C’était en présence du Père Christian de Labretesche,  président de la cérémonie; l’abbé Mesmin Prosper Massengo, Vicaire judiciaire de  Brazzaville, président du conseil d’administration de l’imprimerie Saint-Paul, membre du comité de pilotage de la Refondation des médias de l’Eglise catholique au Congo ; André Fouka Tchinzoulou, directeur général de l’imprimerie Saint-Paul ; sous les regards pleins d’émotions de l’ensemble des travailleurs.
«Au moment où je vous quitte, j’ai une grande reconnaissance à l’égard de vous tous», a déclaré le directeur sortant.
Le père Christian de Labretesche a accepté volontiers de  présider cette cérémonie «avec beaucoup d’émotion  car je faisais partie du conseil de rédaction, quand Joachim Mbanza faisait ses premiers pas en se préparant à succéder à Bernard Mackiza. »
Faisant la petite histoire de ce bihebdomadaire d’information, le père Christian de Labretesche a fait savoir que : « La Semaine Africaine à l’époque, était un service d’Eglise qui mobilisait beaucoup de compétence, de sagesse, de bonne volonté et de grande générosité»; par contre Bernard Mackiza ne cessait de préciser  sans cesse que «Nous ne sommes pas une véritable entreprise ; nous sommes un service d’Eglise subventionné».
Evaluant le travail abattu par le directeur sortant, le Père Christian a affirmé que ; «Joachim Mbanza a fait de la Semaine Africaine une entreprise de presse qui a des problèmes certes, mais une entreprise qui met sur le marché et en ligne, avec une régularité professionnelle, un produit de qualité, avec un espace publicitaire attractif et des pages d’annonces ouvertes aux  administrations et aux opérateurs économiques. Une entreprise, qui paye régulièrement les salaires de ses employés; une entreprise qui occupe dans le paysage médiatique congolais, une place spécifique qu’aucun autre organe de presse pourrait revendiquer. La Semaine Africaine est plus que jamais au Congo, une institution», a-t-il expliqué.
L’émotion est montée d’un cran lorsque Joachim Mbanza a pris la parole pour relater ses débuts et  son passage à la tête de ce journal : « Je suis arrivé  à diriger le journal à partir de 1992, à un moment critique pour la vie d’un journal…j’étais parmi ceux qui pensaient qu’il y avait moyen de sauver le journal, et c’est ce débat  qui avait abouti à ma nomination; avec beaucoup de scepticisme du président de la Commission Episcopale, puisqu’on me trouvait très jeune, j’avais trente ans. »  Dans cette aventure qui a commencé en 1992, Joachim Mbanza a bravé des obstacles de toute nature : « On a vécu des moments palpitants, passionnants. Il a fallu  plusieurs fois surmonter mille et une  difficultés pour parvenir à sortir un journal. »  D’ailleurs Monseigneur Yves Monot a été le témoin de cette endurance et de ces efforts faits par le directeur de publication et ses travailleurs ; c’est pour cette raison qu’il a pu dire : « Chaque fois que la Semaine Africaine parait, c’est un petit miracle»,  au  regard de la conjoncture économique difficile. Comme le Père Christian l’a souligné supra, le directeur de publication et son équipe se sont battus pour faire exister l’entreprise, malheureusement, «l’entreprise de presse au Congo est déficitaire parce que les conditions économiques ne permettent pas l’émergence d’entreprises de presse jouissant d’une indépendance économique, et donc il faut quelque part la soutenir.» Si la Semaine Africaine a vécu, c’est avec «le produit de sa vente et de son espace publicitaire. On avait des chiffres d’affaires qui voisinaient cent millions de F. Cfa par année ; tout cela c’est uniquement l’effort des  travailleurs que nous sommes », a-t-il expliqué.
Faisant le bilan de son action, Joachim Mbanza estime qu’ «un grand travail a été  fait, une grande volonté s’étant manifestée pour développer les médias d’Eglise, à travers un projet très visionnaire, d’ailleurs, c’était le Projet Comafrique. Sa faisabilité a suscité beaucoup d’incompréhension et on n’a pas pu conduire ce projet jusqu’au bout. Faut-il penser que l’échec de ce projet nous a condamnés à une vie précaire ? j’ai tendance à le penser jusque, après son échec, on a réussi à trouver un schéma  qui puisse permettre le développement de nos médias, mais ce n’est pas la volonté qui a manqué, probablement l’organisation,, la capacité de mobiliser les moyens.»
Joachim Mbanza ne manquait pas d’ambitions et de rêve à caresser : «Mon rêve a été de porter notre journal à un niveau professionnel, aussi bien dans son contenu que dans sa présentation.» et comme le dit une maxime : «L’homme propose Dieu dispose», Joachim a reconnu : «je n’ai pas pu et je souhaite que la relève puisse travailler dans ce sens.» La volonté de satisfaire le plus grand public animait le directeur sortant, et comme cela n’est pas possible, il faut trouver les points d’équilibre, être disponible pour expliquer, pour accueillir, il faut créer des espaces, donner plus de chance à tout le monde pour pouvoir s’exprimer à travers ce journal ; et cela est la croix quotidienne du responsable du journal, a-t-il conseillé.
Quel héritage Joachim laisse–t-il à son successeur ? «Sur le plan matériel, il y a un minimum du côté de l’informatique, un contrat existe avec une société, d’ailleurs il faut continuer avec ce contrat. Nous avons trois véhicules, des motos et un fonds qui peut permettre de continuer à résister à ce contexte de crise; et donc, le reste ne dépend plus que du travail de tout le monde.» Joachim s’en va et laisse la maison entre les mains d’un membre de la famille de la Semaine Africaine, son ainé qui doit bénéficier de l’apport de son entourage : «Si on ne l’entoure pas, on ne crée pas les conditions de développement du journal, c’est comme si je lui ai laissé une pierre sur la tête sans éponge pour amortir le poids. »
Joachim s’en va, comme il est arrivé à La Semaine Africaine, sans voiture ; mais en guise de souvenir, «les travailleurs voulaient me faire un geste de reconnaissance : m’offrir la voiture du directeur, une surprise agréable certes, je leur en remercie très profondément. Connaissant les difficultés de la maison, j’ai choisi de retrocéder cette voiture à mon successeur pour faciliter ses déplacements ; les deux autres pour les courses de la direction. Je remercie les membres du comité de pilotage, au tant que le temps me le permettra, je répondrai aux sollicitations quant à réfléchir sur le développement de l’entreprise.»
Mais qu’est-ce qui a concrètement motivé le départ de Joachim Mbanza ? Ce dernier répond : «J’ai, personnellement, choisi de donner une autre tournure à ma vie d’abord, pour des raisons qui me sont personnelles, ensuite, pour permettre une sortie d’un nouveau regard sur le journal.» a-t-il révélé. A entendre le Père Christian de Labretesche, «Joachim Mbanza, outre sa compétence de journaliste et d’entrepreneur, a acquis et développé une connaissance de la vie politique congolaise et une finesse d’analyse et de discernement qui font aujourd’hui partie de sa personnalité.» En effet, Joachim Mbanza est candidat aux législatives à Mbanza-ndounga, malheureusement, le vote n’a pas eu lieu dans cette circonscription.
Au terme de son intervention, Joachim Mbanza a souligné que «Les moments de séparation sont toujours des moments nostalgiques, d’émotions ; la vie est faite de vicissitudes.» C’est par des applaudissements que les travailleurs ont reconnu les talents de Joachim.
Prenant la parole à son tour, Monsieur Albert Mianzoukouta, Directeur entrant de la Semaine Africaine, s’est révélé  devant sa nouvelle équipe qui renferme aussi bien les anciens travailleurs que les nouveaux. Après avoir relaté comment il a accédé à la Semaine Africaine, où il a été accueilli par Bernard Mackiza et les autres, il a indiqué qu’il a quitté le Congo en pleine conférence nationale, une conférence qu’il avait couverte avec enthousiasme au départ comme les autres journalistes : il a reçu l’appel de Rome. «Je suis parti quand Mbanza arrivait et je reviens aujourd’hui quand Mbanza  quitte, comme dans une espèce  de croisée des destins», pense-t-il.
Albert Mianzoukouta est conscient de ses nouvelles responsabilités qu’il résume en quelques points :  le contexte de vie du journal La Semaine Africaine. «C’est un rappel pour moi, une nouvelle perspective de travail qui allie  non seulement le professionnalisme dans l’information et la manière de la donner, mais la gestion sans doute, donc un angle de 365° sur beaucoup de problèmes qui, à  Radio Vatican, ne m’intéressaient pas ou ne me concernaient pas. 2- Finalement, tout ce que nous faisons comme  l’a dit Joachim Mbanza, est une œuvre collective d’Eglise et donc, il ne s’agit pas de se glorifier des 26 ans passés, d’avoir passé beaucoup d’années au service de la Radio  du Pape. Il faut aussi savoir insuffler ce dynamisme  et cet enthousiasme à ceux qui vont être mes collaborateurs et mes partenaires. La tâche qui m’attend est  immense, mais elle n’est immense que si je m’emploie à l’envisager dans la forme du je…je…je… ; nous sommes un Nous. Je me sens rassuré par deux choses qui n’existaient pas  à l’époque : 1- une boussole que je dirai intellectuelle qui est le Père Christian. Il a toujours la clarté d’une vision de là où nous devons aller, et souvent aussi, il met la main à la patte pour les moyens d’y arriver donc, de ce point de vue, je suis tranquille. 2- L’autre point de vue,  c’était une référence, l’autorité. Il y a toujours une commission des médias au sein de la Conférence Episcopale, des comités diocésains  des médias, mais dans la pratique, et Joachim l’a expérimenté bien des fois, on est bien seul lorsque la personne qui doit trancher sur une question vous dit :’’On doit attendre le mois prochain’’, ou encore ‘’je n’ai pas de moyens’’, on tourne en rond ; il arrive bien souvent qu’on pose des actes de rébellion , rébellion contre l’autorité , mais peut-être aussi acte d’amour. 3- Le troisième point porte sur les réseaux sociaux. Tous les matins, on se déchaîne contre l’Eglise, contre vous, contre La Semaine Africaine et son personnel. J’ai lu des tas de choses qui sont propres à vous décourager dans une entreprise comme celle-ci. Mais je tiens à clarifier un point : cette transition, on l’a préparée pratiquement depuis deux ans, et entre deux personnes : Joachim et moi. Chaque fois que je venais à Brazzaville, trois fois dans l’année, nous prenions le moment de nous enfermer dans le bureau ou dans un coin de la ville pour dire ce qui ne va pas, voilà ce qu’il faudrait. Je lui disais ma disponibilité, mais aussi les conditions qui pouvaient être celles de les mettre en pratique assez librement. Cela veut dire qu’il n’y a pas de coup d’Etat ; que je ne me réjouis pas, je ne pleure pas non plus parce que Joachim s’en va. Je ne viens pas ravir par la force un poste qui était occupé, nous nous sommes vraiment préparés et même dans ma succession à Radio Vatican. Nous nous sommes engagés tous les deux à préparer certaines étapes qui n’ont peut-être pas donné tous les résultats  que nous aurions aimés ; mais qui ont été enclenchés. Et donc, il n’y a rien de nouveau, gardez les pierres, ne les jeter pas pour le moment sur moi. Il n’y a vraiment ni incompréhension, ni affirmation d’un droit d’aînesse pour moi par rapport à Joachim Mbanza, mais plutôt une complicité, y compris dans nos parcours personnels. J’avais encore trois ans à Radio Vatican ; j’ai dû abréger les choses dans ma tête depuis deux ans, en préparant mon monde là-bas, en disant bon ! je n’irai pas jusqu’à la retraite, si elle équivaut à avoir des cheveux blancs et canne de pêche. J’en ai encore la force, j’en ai dit un mot à Joachim, c’est maintenant. Dans trois ans, qui sait où Dieu voudra que je sois et comment ! Est-ce que j’aurai encore la même force intellectuelle ? Le même enthousiasme ? J’ai dû me dire à un certain moment, je tranche, je mettrai ce qui  me reste d’énergie et de force de proposition et d’écoute au service de mon Eglise et de la famille qui m’a vu mettre le pied à l’étrier, donc dans le journalisme ; pour moi, la Semaine Africaine aujourd’hui, c’est toujours Mbanza, toujours le Père Christian, toujours Bernard Mackiza. Je veux dire d’une manière ou d’une autre que cet anneau-là ne doit pas se briser, et qu’il se maintiendra si Dieu nous donne la force et l’opportunité toujours. Voilà chers amis, bon travail à nous et à Joachim ; soyez pour nous le porte-parole du journal catholique au sein de la législature qui va commencer ; que les députés ne nous accablent pas d’amendes lourdes, parce que nous aurions écorché l’oreille d’un politicien ou d’un quelconque responsable. Au ciel, nous avons des Anges, dans le milieu des députés, nous avons désormais  un Ange, pas un seul d’ailleurs, puisque plus de six confrères  ont voulu se lancer dans ce mandat législatif ou de conseiller. C’est autant de défenseurs pour la presse. Joachim ne l’oublie pas, il est politicien, mais journaliste avant tout. »

Victor GUEMBELA &
Philippe BANZ

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