Kenya : Violences après l’annonce des résultats provisoires de la présidentielle

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Sous haute sécurité, après une campagne entachée de violences, le Kenya a organisé mardi 8 août 2017, des élections générales, dominées principalement par l’élection présidentielle. Au total, six différents scrutins se sont tenus, pour lesquels les Kényans avaient à voter à la fois le Président de la République, les sénateurs, les députés, les gouverneurs, les représentants locaux et les représentants des femmes.

Mais, comme il y a dix ans, ces élections ont été émaillées de violences dans plusieurs régions du pays, provoquant la mort mercredi d’au moins quatre personnes et des blessés graves, notamment dans le camp de l’opposant Raila Odinga qui conteste la victoire annoncée du Président sortant Uhuru Kenyatta, déclaré vainqueur avec près de 55% des suffrages exprimés, contre 44,71% des voix pour l’opposant Odinga.
Dans l’ensemble, les scrutins, qui ont mobilisé près de 20 millions d’électeurs pour plus de 13 mille candidats en lice dont huit pour la présidentielle, se sont déroulés dans un climat paisible, même si l’on redoutait des tensions. Côté organisation, il y avait plus d’une centaine d’observateurs internationaux aux côtés d’environ 7000 observateurs nationaux et des milliers de journalistes pour assurer la couverture médiatique. Les observateurs de l’Union africaine étaient conduits par l’ancien Président sud-africain, Thabo Mbeki, et ceux de la Fondation Carter aux Etats-Unis d’Amérique, par John Kerry, ancien secrétaire d’Etat américain.
Seulement, après l’annonce des résultats provisoires, des heurts ont éclaté mercredi 9 août à Nairobi la capitale où les rues étaient jonchées de bouchons, avec au moins quatre morts parmi les manifestants dans le camp de l’opposant Raila Odinga. Ces manifestants auraient été tués par la police qui avait tiré sur les foules à balles réelles, faisant des blessés graves. Dans plusieurs régions du pays, la tension montait également d’un cran et l’inquiétude était grandissante.
L’opposant Raila Odinga a rejeté ces résultats, les accusant d’être entachés de fraudes et de piratage du système informatique de la commission électorale qui, selon lui, aurait permis le trucage des résultats de la présidentielle. Accusations démenties par le président de la commission électorale qui soutient que la commission est solide et travaille dans les normes. Suite à ces violences, l’ancien Président sud-africain, chef des observateurs de l’Union africaine, a exhorté l’opposition à éviter toute violence inutile et permettre à la commission électorale de mener à bien son action. La loi électorale kényane prévoit que pour être élu à la magistrature suprême dès le premier tour, le candidat doit obtenir une majorité absolue et 25% des voix dans au moins 24 des 45 contrées du pays.
Cette année, pour prévenir les émeutes, 180 mille policiers ont été déployés à travers le pays, pour sécuriser les scrutins. Car, les Kényans se souviennent encore des violences postélectorales de 2007 qui avaient opposé des tribus, fait 1100 morts et occasionné le déplacement d’environ 600 mille personnes. C’est ainsi que l’ancien Président américain, Barack Obama, ayant des origines kenyanes, avait appelé à «des élections pacifiques et crédibles», invitant les dirigeants du pays «à rejeter la violence et à respecter la volonté des électeurs».
Au Kenya, depuis près d’un demi-siècle, le pouvoir se dispute principalement entre deux clans aux allures dynastiques, celui du premier Président kényan Jomo Kenyatta qui a dirigé le pays de 1964 à 1978 dont le Président sortant Uhuru Kenyatta est le descendant et le clan Odinga duquel est issu l’inamovible opposant Raila Odinga, âgé de 72 ans, qui se présentait pour la quatrième fois à l’élection présidentielle. Leader de la coalition de l’opposition, Nasa, ce dernier supposait que pour lui, cette élection est celle de la dernière chance. Tandis que le Président sortant, au pouvoir depuis 1993, avait quant à lui noué une alliance avec son vice-président, William Ruto.
Bien que sa situation politique demeure quelque peu instable et l’organisation des élections souvent sous tension, le Kenya reste tout de même un pays en pleine croissance économique, avec 6% en 2016 et 5,9% prévu cette année. Les résultats définitifs ne  pas
proclamés avant vendredi midi.

Aristide Ghislain NGOUMA

Informations supplémentaires