Economie : Les investissements au Congo sont en berne depuis 2014

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L’économie congolaise est confrontée à des difficultés considérables dues à la baisse des prix internationaux du pétrole. D’où sa forte contraction en 2016, avec pour conséquence une croissance économique devenue négative, en 2016, pour la première fois, depuis plusieurs années. Après un fléchissement significatif en 2015.

 

Selon les estimations préliminaires du Fmi (Fonds monétaire international), la croissance économique du Congo s’est établie à moins de 2,7%, en 2016, avec une baisse de 3,5% de l’activité économique non pétrolière. Elle a été négative dans tous les secteurs, excepté celui de l’agriculture. L’activité dans le secteur forestier, deuxième source de recettes d’exportation du Congo, s’est également contractée. Et, le secteur privé formel connait une baisse plus prononcée du chiffre d’affaires et des licenciements importants dus à la baisse des coûts du pétrole.
Malgré des efforts d’ajustement, la perte des réserves internationales s’est accélérée en 2016. Les chiffres préliminaires de l’exécution du budget montrent un ajustement important du déficit budgétaire primaire hors pétrole, lequel est passé de 47,8% du Pib non pétrolier, en 2015, à 39,9 % non pétrolier, en 2016. Au regard de ces chiffres, les recettes du gouvernement ont baissé de façon significative en valeur nominale. Et, malgré l’ajustement budgétaire, le gouvernement a accumulé d’importants arriérés vis-à-vis de ses créanciers. Estimés à 56, 2 milliards de F.Cfa, ces arriérés extérieurs sont dus à: cinq créanciers bilatéraux, quatre multilatéraux et de nombreux créanciers commerciaux.
Selon des indicateurs préliminaires du secteur privé formel, des arriérés intérieurs plus importants ont été accumulés encore, en 2016. Les pressions sur la liquidité des banques et la santé du système financier ont augmenté. Les créances en souffrance ont enregistré une augmentation de 30%, tandis que le ratio de couverture a diminué.
Par ailleurs, moins de la moitié des banques du système respectent toutes les normes prudentielles. Les prêts improductifs et les créances douteuses ont augmenté à mesure que l’accumulation des arriérés du gouvernement a eu une incidence négative sur les bilans des entreprises privées. Toutefois, la croissance économique devrait retrouver, progressivement, son niveau de long terme, si les déséquilibres macroéconomiques sont corrigés rapidement, pour maintenir et renforcer la confiance des investisseurs. La croissance du secteur non pétrolier, prévue à moins de 0,5%, en 2017, devrait continuer à augmenter.
De façon particulière, la prévision reflète l’effet de l’ajustement budgétaire nécessaire pour restaurer la confiance des investisseurs et l’impact positif des investissements passés sur la croissance. L’achèvement récent des projets d’infrastructures, comme les 1.100 Km de route reliant Pointe-Noire, Brazzaville et Ouesso, aura des effets durables sur l’économie congolaise. L’augmentation rapide des investissements dans le pétrole devrait ralentir dans la mesure où les grands projets pétroliers sont sur le point de commencer la production. Et, la croissance à moyen terme devrait atteindre environ 3% en moyenne. Ces projections de croissance se fondent sur un ajustement budgétaire significatif, lequel est nécessaire, pour porter les réserves internationales du Congo à trois mois d’importation, en 2019, en ligne avec les objectifs régionaux. L’ajustement s’avère aussi nécessaire, pour réhabiliter les finances publiques et assurer la soutenabilité de la dette; améliorer la confiance des investisseurs et la capacité de l’économie à secréter suffisamment de ressources, pour les investissements, dans le capital physique et humain. Pour atteindre ces objectifs, le déficit budgétaire primaire hors pétrole devrait baisser de 39,9% du Pib hors pétrole, en 2016, à 13,5% du Pib hors pétrole, en 2017. Pour les experts du Fmi, un retard dans la mise en œuvre de cet ajustement aurait des conséquences néfastes, pour l’économie congolaise. Retarder l’ajustement permettra, certes, de maintenir la croissance à court terme, mais les réserves imputées de la République du Congo pourraient être, complétement, épuisées dans les douze prochains mois et le poids de la dette devenir rapidement insoutenable. Ainsi, la croissance fléchirait, alors, rapidement et les solutions de sortie d’une telle crise jointe de la dette et des réserves seraient beaucoup plus difficiles à formuler et à mettre en œuvre. Le risque de surendettement du Congo qui était estimé modéré lors de la dernière évaluation faite, en 2015, par le Fmi et la Banque mondiale pourrait être, par ailleurs, négative, lors de la prochaine évaluation.
La dernière mission du Fmi effectuée, au début de cette année, a déploré le manque de certaines informations cruciales relatives aux transactions financières de l’Etat sur le pétrole. Eu égard à ce qui précède, le pays est en droit de signer un programme avec le Fmi. Mais, la mission de celui-ci consiste à promouvoir la stabilité et la croissance économique du Congo. En d’autres termes, cela signifie que le Fmi va aider le Congo à créer des perspectives d’emplois plus satisfaisantes, pour la prochaine génération. Ce qui est particulièrement important pour le pays vu que le chômage des jeunes demeure élevé, depuis des décennies. A la condition que le Fmi relève ce défi, en encourageant l’augmentation des investissements publics, dans les programmes d’éducation et de formation professionnelle.

Philippe BANZ


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