C.p.o.c (Collectif des partis de l’opposition congolaise) : Mathias Dzon demande l’annulation des élections législatives et locales

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Les dirigeants du C.p.o.c (Collectif des partis de l’opposition congolaise) demandent l’annulation des élections législatives et locales dont les scrutins se sont déroulés les 16 et 30 juillet dernier, en raison du fait que le système électoral instauré depuis 2002, n’est pas, à leurs yeux, démocratique.

Mathias Dzon, président du C.p.o.c, Jean Itadi, Raymond Serge Mviri et Henri Boukoulou, vice-présidents de cette plateforme politique, ont exprimé cette position lors d’une conférence de presse organisée à la résidence de Mathias Dzon, au centre-ville de Brazzaville, samedi 5 août 2017. Ils en appellent à l’organisation d’un véritable dialogue politique national inclusif, placé de préférence sous l’égide de la communauté internationale.

La conférence de presse des quatre dirigeants du C.p.o.c était articulée sur trois principaux points: le rappel de la position de leur plateforme vis-à-vis des élections organisées au Congo dans le contexte d’aujourd’hui; l’appréciation des conditions d’organisation de ces élections; les leçons à en tirer pour sortir le Congo du chaos politique et moral dans lequel il se vautre aujourd’hui.
Dans un long mot liminaire, lu par Raymond Serge Mviri, le C.p.o.c rappelle qu’il n’a jamais cessé de rappeler qu’aucune élection véritablement démocratique et crédible ne peut être organisée dans notre pays tant que le système électoral en vigueur depuis 2002 n’est pas revu de fond en comble. «Ce système ayant été conçu pour permettre au pouvoir actuel de gagner largement toutes les élections et de rendre ainsi impossible toute alternance politique au Congo. Une partie du territoire national, en l’occurrence le Département du Pool, aujourd’hui soumise à une guerre meurtrière n’est pas pacifiée et sa population rétablie dans ses droits. Beaucoup de nos compatriotes continuent à croupir dans les geôles de l’Etat, uniquement pour leurs opinions, avec pour conséquence d’amener notre pays à s’enfoncer davantage dans la violation systématique des droits de l’homme, exposant chaque citoyen à l’arbitraire, à la perte de sa liberté et de sa vie. Dans toutes les couches de la population, la pauvreté ne cesse de s’imposer, privant la plupart des familles congolaises des droits les plus élémentaires comme celui de manger chaque jour, de se soigner en cas de maladie, de soutenir la scolarité des enfants et de les voir travailler au terme de leurs études, etc».
«Aucune élection ne peut être crédible dans un pays où les hommes politiques les plus en vue ont troqué toutes les valeurs de justice et de tolérance, pour se vautrer dans les miasmes pestilentiels de la corruption, de la démagogie, de l’impunité, du tribalisme et du népotisme», dit le mot liminaire.
S’agissant de l’appréciation des conditions d’organisation et des résultats des élections des 16 et 30 juillet 2017, le C.p.o.c pense «qu’il s’agit d’un système électoral fondé sur des fraudes massives et sur une tricherie savamment organisée sur fond de corruption généralisée au moyen des finances de l’Etat, de terreur policière et de privatisation de toute liberté d’expression et de contestation. Ce système conduit non plus à des élections transparentes et démocratiques auxquelles aspire en réalité le peuple congolais, mais à des nominations de fait et permet en conséquence au pouvoir de s’octroyer depuis 2002, une assemblée nationale à sa dévotion».
A propos des «leçons à tirer des élections des 16 et 30 juillet 2017 pour sortir le Congo du chaos politique actuel», le C.p.o.c pense que ces élections constituent «une parfaite illustration de la dégénérescence morale et de l’absence d’éthique du pouvoir congolais. Tout est permis, tout est toléré pour gagner et pour aller ensuite applaudir un gouvernement qui a totalement tourné le dos aux souffrances du peuple congolais. Tout a été observé au cours de ces élections, sans doute les plus calamiteuses de toute l’histoire du Congo: les achats des consciences; la tricherie à ciel ouvert, le bourrage des urnes; les votes multiples, les menaces musclées pour obliger des candidats à se retirer au profit d’autres candidats bénéficiant de la préférence du pouvoir, les violences, avec parfois mort d’hommes».
Le C.p.o.c rappelle, cependant, qu’à la lumière de tout cela, sa position prise de ne pas participer à cette «farce électorale» et d’appeler les Congolais à ne pas s’y mêler constitue «la seule position juste et patriotique». C’est pourquoi il trouve que «l’annulation des élections des 16 et 30 juillet 2017 est nécessaire pour redonner à notre pays toute sa crédibilité mise à mal par un système électoral mafieux mis en place non pas pour organiser des élections libres et transparentes en vue de constituer une assemblée nationale et un sénat qui soient l’expression de la volonté populaire, mais simplement pour nommer des hommes et des femmes totalement soumis à un pouvoir qui n’a pour unique préoccupation que de se maintenir en place et ceci au mépris des intérêts du peuple, en toute illégitimité».
Enfin, le C.p.o.c estime que «pour sortir le Congo du chaos politique actuel, il faut organiser un dialogue national inclusif». «La solution pour sortir le Congo de sa situation actuelle, réclamée par le collectif depuis cinq ans et par un nombre de plus en plus important de Congolais et d’amis du Congo, est l’organisation d’un véritable dialogue politique national inclusif, placé de préférence sous l’égide de la communauté internationale». Pour que ce dialogue soit productif, «il faut réunir sans exclusive toute la classe politique congolaise et la société civile et se donner les cinq objectifs suivants:
- apaiser les climats de tension permanente et de guerre larvée qui prévalent dans le pays depuis 20 ans, les conséquences politiques, matérielles et psychologiques de la guerre de 1997 n’ayant jamais été examinées de façon profonde pour trouver des solutions réelles et durables;
- apporter une solution politique et psychologique durable à la crise du Pool, avec toutes ses répercussions dans les régions environnantes;
- revoir fondamentalement la gouvernance électorale mise en place depuis 2002, afin d’aller vers des élections justes, transparentes et véritablement démocratiques et restaurer la démocratie profondément mise à mal au cours des vingt dernières années;
- rétablir la République détruite par une gestion clanique de l’Etat et minée par le favoritisme, le clientélisme, la corruption généralisée, etc.;
- réparer les injustices et les frustrations qui divisent les Congolais, depuis plusieurs décennies, et réconcilier les Congolais entre eux».
Ce dialogue, précise le C.p.o.c, devrait aboutir à «l’établissement d’un compromis politique entre le pouvoir et l’opposition, compromis permettant d’aboutir à: l’ouverture d’une période de transition; la formation d’un gouvernement et d’un parlement de transition; la construction des conditions permissives d’élections libres, transparentes et équitables; le rétablissement de la paix civile sur toute l’étendue du territoire national et la libération sans conditions de tous les prisonniers politiques».

Pascal-Azad DOKO

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