Elections législatives et locales : Les Congolais ont voté, mais l’organisation du vote a besoin d’amélioration

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Près de deux millions de Congolais se sont rendus aux urnes, le dimanche 16 juillet 2017, pour élire les 151 députés devant constituer la 13e législature de l’assemblée nationale et renouveler, par la même occasion, les conseils départementaux et municipaux. La campagne électorale relative à ce double scrutin au suffrage universel direct s’est achevée le vendredi 14 juillet dernier, à minuit, sur l’ensemble du territoire national.

Au total, 5581 bureaux de vote ont été ouverts dans le pays, sauf dans 8 districts du Département du Pool où les élections ont été annulées, pour «déplacement important de populations», consécutif à l’insécurité créée par les groupes armés.

Les élections législatives et locales se sont déroulées dans un contexte marqué par la crise économique et l’insécurité dans certains districts du Pool (Kimba, Vindza, Mindouli, Kindamba, Mayama, Goma Tsé-Tsé, Mbandza-Ndounga et Kinkala district). Le vote y a été annulé, mais la plupart des candidats attendent le report du scrutin et non la reconduction automatique des élus de l’ancienne République.
Dans le reste du pays, le scrutin s’est tenu sans heurts, dans le calme et la sérénité, sauf à Kellé, dans la Cuvette-Ouest, où des bureaux de vote ont été saccagés. Au total, 711 candidats étaient en lice pour les élections législatives, dont 151 sièges seulement sont à pourvoir.
Il est à noter que le nombre des élus locaux (conseillers départementaux et municipaux) passera d’environ 800 à 1158, à cause de l’augmentation du nombre de communes et de districts. A leur tour, ils éliront les sénateurs dont la date n’est pas encore fixée, afin d’arrimer le pays à la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 25 octobre 2015 et promulguée le 6 novembre 2015. Notons que pour les élections locales, 8.1319 listes ont été présentées par les différents partis ou groupements politiques ainsi que des indépendants.
Seule la Fédération de l’opposition congolaise, dirigée par Claudine Munari et composée de l’I.d.c (Initiative pour la démocratie au Congo), le Frocad (Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique) et la Composante J3M (Jean-Marie Michel Mokoko) et le Collectif des partis de l’opposition congolaise de Mathias Dzon ont boycotté le scrutin qui a connu peu d’engouement dans certaines circonscriptions. Pour la députation, il s’agissait du premier tour. Pour les conseillers départementaux et municipaux, c’est un tour unique du scrutin proportionnel.
Le vote s’est bien déroulé sur l’ensemble du territoire national. Seulement, comme à chaque élection, les dysfonctionnements tant décriés ont été constatés, malgré les multiples concertations organisées pour améliorer la gouvernance électorale. Le sempiternel problème est revenu des noms manquant sur les listes électeurs, comme si l’opération de révision générale des listes électorales, réalisée du 10 mai au 30 juin, n’a servi à rien.
Les électeurs qui avaient du mal à retrouver leurs noms ou qui n’avaient pas leurs noms sur les listes électeurs. D’autres, par contre, avaient leurs cartes d’électeurs sans les noms sur les listes ou manquaient de cartes, mais avaient les noms sur la liste. Le vote par procuration sans pièces d’identité des intéressés, alors que les électeurs qui avaient des actes de naissance ont été obligés d’avoir deux témoins pour voter.
Par ailleurs, ceux qui avaient des duplicatas d’actes de naissance ou les récépissés de la carte d’identité n’ont pas été autorisés à voter, tout comme ceux qui avaient les noms sur les listes électorales, mais sans cartes d’électeurs qui n’ont pas été distribuées dans certains quartiers, zones ou blocs. Certains bureaux de vote ont ouvert à 11h ou manquaient de présidents. Il aurait fallu attendre qu’ils arrivent, pour débuter le scrutin, le manque des urnes, des isoloirs et d’encre, la fermeture précoce de certains bureaux de vote.
Certains électeurs, surtout les personnes âgées, ont eu des difficultés à voter pour la première fois sur un bulletin unique, par manque de sensibilisation de la part de la Cnei (Commission nationale électorale indépendante), l’affichage la veille ou le jour même du scrutin des listes électorales devant les bureaux de vote et la publication tardive des listes des assesseurs et des présidents de bureaux par les administrateurs-maires d’arrondissement, comme à Djriri, les logos étroits et pas trop visibles. Le nom et les bulletins d’un candidat indépendant à Djiri 1 se sont retrouvés à Djiri 2. «On ne me connaît pas là-bas. Je n’y ai pas battu campagne, on me bascule là-bas, alors que mes électeurs sont à Djiri 1. J’ai vendu ma parcelle de terrain, parce que je savais que je devrais gagner. C’est une façon de me disqualifier, comment je vais faire?», s’est-il plaint. Une autre candidate indépendante s’est plainte à Kintelé où sa liste aux locales n’est pas sortie, alors qu’elle était bel et bien enregistrée à la D.g.a.e (Direction générale des affaires électorales).
Des incidents constatés
En dépit de dysfonctionnements constatés, Il y a lieu, tout de même, de signaler quelques incidents, notamment à Ewo commune, où un candidat indépendant a retiré ses représentants dans les bureaux de vote, pour cause d’irrégularités. Tout comme à Kellé, où le vote n’a pas eu lieu. Tandis que qu’à Mbomo et Etoumbi, on s’est servi des anciennes listes électorales non révisées pour voter, provoquant ainsi un remue-ménage. A Nyanga, des échauffourées ont éclaté et des pneus ont été brûlés la veille par les populations, en guise de protestation contre les pratiques frauduleuses de certains candidats. A Kingoué, le matériel électoral aurait été saboté par des inciviques. On parle même de la mort d’un capitaine, au village Moukomo. A Brazzaville, notamment au C.e.g Conférence nationale, à Ouenzé, les électeurs d’autres circonscriptions transportés à bord d’un bus Coaster voulaient y voter, alors qu’à l’école privée C.g.c, à Mougali, un jeune a tenté d’empêcher les personnes âgées d’aller voter. On a noté aussi quelques incidents dans les deuxième et  troisième circonscriptions de Talangaï, tout comme à Gamboma, au village Bouemba, à Komono et  Louvakou, dans le département du Niari.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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