VIIème congrès ordinaire du Synesup : Les conditions de travail à l’Université Marien Ngouabi sous le feu critique des syndicalistes

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Le Synesup (Syndicat des enseignants du supérieur) de l’Université Marien Ngouabi a tenu, du 22 au 24 juin 2017, à l’auditorium du rectorat, à Brazzaville, son septième congrès ordinaire sur le thème: «Dans la promotion de l’éthique de la responsabilité, consolidons nos acquis et préservons nos droits».

Ouverts par Bruno Jean-Richard Itoua, ministre de l’enseignement supérieur, les travaux de ce congrès ont été dirigés par le Pr Yvon Norbert Gambeng, enseignant à l’Université Marien Ngouabi. Ils ont permis aux congressistes de susciter une réflexion en profondeur des pratiques observées au sein de l’Université Marien Ngouabi et d’épingler la situation nationale actuellement très critique.
Plusieurs personnalités du monde universitaire étaient présentes à l’ouverture du septième congrès ordinaire du Synesup. On peut citer le Pr Louis Bakabadio, conseiller spécial du Président de la République, chef du Département de l’éducation, de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, les professeurs Jean-Rosaire Ibara, recteur de l’Université Marien Ngouabi et Paul Louzolo Kimbembe, vice-recteur chargé de la recherche et de la coopération, les chefs d’établissements de l’Université Marien Ngouabi, les secrétaires académiques et directeurs centraux, les secrétaires généraux sortant et entrant du Synesup, en l’occurrence Fidèle Moukamba et Gabriel Bissanga, les responsables des syndicats composant l’intersyndical de l’Université avec le Synesup à savoir le Synalu (Syndicat national de l’université) et le Sypenes (Syndicat du personnel non-enseignant du supérieur), etc.
Pendant leurs travaux, les congressistes ont passé au peigne fin la problématique de l’éthique de la responsabilité, à travers quatre communications liées au thème du congrès, avec pour modérateur le Pr David Mavouangui, philosophe.
Le bal des communications, qui ont eu lieu le second jour du congrès, a été ouvert par le Pr Scholastique Dianzinga, directrice de la coopération et des relations internationales à l’Université Marien Ngouabi, sur le thème: «Rapports entre l’administration universitaire et les enseignants». L’oratrice a parlé des 11 établissements dont 5 facultés, 4 écoles et deux instituts que compte l’Université Marien Ngouabi, en y déplorant l’incertitude du calendrier académique, les effectifs devenus pléthoriques, l’insuffisance des salles de cours, le manque d’équipements pour pratiquer des méthodes pédagogiques modernes, le traitement des résultats d’examens qui demeure un casse-tête. Elle a également stigmatisé les rapports de subordination où il y a d’un côté celui qui possède le pouvoir et de l’autre celui qui doit se soumettre, sans oublier de dénoncer le copinage dans la répartition des heures complémentaires entre les enseignants permanents et vacataires. Face à tous ces freins, elle s’est interrogée sur la manière de lutter contre la culture de moindre effort, l’absentéisme et sur les décisions qui sont prises au niveau du département ou de l’établissement, en se demandant si cela ressort du laxisme ou de l’impunité.
Evoquant en revanche des manquements graves, les rapports entre l’administration universitaire et les enseignants qui, selon elle, souffrent d’une ambigüité entre différentes tâches, faute d’une vision prospective mettant au centre la qualité, l’excellence et des moyens, le Pr Dianzinga a entre autres proposé l’application des textes en vigueur, la mise en œuvre du plan stratégique de développement de l’Université Marien Ngouabi pour une meilleure gouvernance de celle-ci.
Dans la seconde communication, le Pr Thomas Silou, expert international en chimie alimentaire, spécialisé en chimie et technologie des aliments, a développé le thème: «Contenus des programmes de recherches et besoin de la société».
D’après lui, la recherche doit contribuer au développement. Il existe une différence entre l’innovation et l’invention, si l’on se réfère au brevet. Partant du postulat que quand vous n’arrivez pas à innover, vous n’arriverez jamais à inventer, le Pr Thomas Silou s’est appesanti sur la place du programme de recherche dans l’activité de recherche, en précisant qu’on ne construit pas un programme de recherche en faisant du copier-coller sur Internet. Le programme de recherche a-t-il souligné se situe au sein des problématiques du développement, c’est le point central de l’activité du chercheur qui doit être quelqu’un de cultivé. Selon lui, un chercheur qui ne publie pas est mort. En clair, il s’agit de faire réellement de la recherche un métier, parvenir à la planifier et en préciser l’objet. Appelé à privilégier la place du laboratoire dans son travail, le chercheur est aussi censé savoir ses droits, devoirs et responsabilités.
Le troisième intervenant, le Pr Fidèle Moukamba, secrétaire général sortant du Synesup, a exposé sur les «rapports entre enseignants/étudiants et enseignants/enseignants», axé notamment sur la typologie des enseignants du supérieur. Il s’est basé sur le profil de l’enseignant du supérieur, le type d’enseignant dont a besoin, aujourd’hui, l’Université Marien Ngouabi, son contexte culturel actuel, les conditions de travail au sein de cette institution publique d’enseignement supérieur. Son constat est que l’Université Marien Ngouabi n’a jamais été construite. Elle est éparpillée sur plusieurs sites dans des bâtiments administratifs, en dehors de l’E.n.s (Ecole normale supérieure) et l’E.n.s.p (Ecole nationale supérieure polytechnique) établies dans des locaux propres. Conçue pour six mille étudiants, l’Université Marien Ngouabi regorge à ce jour de plus de 30 mille étudiants. Elle est en péril à cause de la dégradation des conditions de travail qui la tirent vers le bas et vers les pratiques déviantes.
Le Pr Charles Zacharie Bowao, universitaire de renom, a bouclé cette série d’exposés sur le thème intitulé: «Contribution de l’Université Marien Ngouabi à la science universelle». Avec la liberté d’esprit qui le caractérise, il a abordé sa communication en se demandant si ce qu’enseignent les professeurs de l’Université Marien Ngouabi, c’est exactement ce qu’ils cherchent, ou si ce qu’ils cherchent, c’est ce qu’ils enseignent réellement. Mettant particulièrement l’accent sur l’intellectuel, il a édifié l’auditoire sur ce que doit réellement être un intellectuel et a fait savoir qu’il n’existe pas de classe ou de couche d’intellectuels.
L’intellectuel est plutôt celui qui s’exprime, qui parle individuellement et qui se démarque quand il faut. Citant le penseur camerounais Fabien Eboussi Boulaga qui tourne en dérision ceux qui ont fait de la réflexion physique et permanente leur métier, le Pr Bowao a signifié que l’intellectuel du 21ème siècle est celui qui travaille activement et interactivement dans son domaine de prédilection sans esprit ethnocentriste ou identitaire. Sa réflexion doit se tourner vers l’universel. Il doit refuser d’accepter l’inacceptable, de défendre l’indéfendable, de justifier l’injustifiable.
Selon le Prof Bowao, qui est aussi un homme politique engagé, l’intellectuel est le critique par excellence des temporalités historiques à travers un temps qu’il peut vivre ou qu’il ne peut plus vivre. Soutenant la dialectique, «Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m’est étranger», il a précisé que quand un intellectuel sort de cette logique, il ne l’est plus. Il a pris comme exemples les violations des droits de l’homme, les coups d’Etat constitutionnels et bien d’autres situations politiques dramatiques qui doivent faire réagir l’intellectuel. Ces situations doivent engager l’intellectuel, même de façon solitaire, comme le philosophe français Jean-Paul Sartre qu’on voit se mêler de ce qui ne le concerne pas. Insistant sur la radicalité, le Pr Bowao a dit que non seulement nous devons être capables de dénoncer ce qui se passe au loin, mais il s’agit aussi de dénoncer ce qui se vit chez nous et autour de nous, à l’instar de Platon qui pense à Athènes et à tous les autres qu’il évoque autour de lui.
Sur les cas précis de la situation du Pool et de ce qu’il qualifie de «hold-up électoral du 4 avril 2016 dans notre pays», Charles Zacharie Bowao a interpellé les congressistes sur ce qu’il est convenu d’appeler, désormais, «le sauvetage des années» à l’Université Marien Ngouabi, depuis quelques années. C’est un suicide a-t-il dit, en termes de formation qui s’opère à l’Université Marien Ngouabi, sur l’engagement dans cette voie de remise en cause, sur des valeurs universelles qui n’existent pas en dehors de nous.
A la lumière des débats, il s’est dégagé l’immense besoin de multiplier ce type de tribunes en dehors des congrès, de créer des vases communicants entre les filles et fils du pays sur diverses questions. Ceci, en étant conscient que de l’Université Marien Ngouabi, de sa crème intellectuelle, peut découler l’avenir du Congo.
Les autres temps forts de ce congrès ont été le discours du secrétaire général sortant du Synesup, celui du recteur de l’Université Marien Ngouabi et celui du ministre de l’enseignement supérieur à l’ouverture; la lecture des recommandations, résolutions et motions, et du communiqué final sanctionnant les travaux du congrès, la présentation des membres des nouvelles instances issues du congrès notamment le conseil central, le bureau exécutif et le commissariat aux comptes du Synesup, le discours de clôture du secrétaire général du Synesup élu, en présence de Macaire Batchi, conseiller à l’enseignement supérieur représentant le ministre de tutelle.

Aristide Ghislain NGOUMA


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