Deuxième édition des «entretiens de Brazzaville» : «Franc Cfa: stop ou encore?»

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Le Cabinet Eminence conseil que dirige Stève Loemba, chargé de mission du Chef de l’Etat et conseiller du ministre de l’aménagement du territoire et des grands travaux, a tenu, jeudi 6 avril 2017, de 10h à 14h, dans la salle de conférence de l’Hôtel Radisson, à Brazzaville, la deuxième édition des «entretiens de Brazzaville», sur le thème: «Franc Cfa: stop ou encore?».

Organisé avec l’appui de ses partenaires, la deuxième édition a vu s’affronter deux thèses sur le franc Cfa, représentées par l’ancien Premier ministre malien, Moussa Mara, et l’ancien ministre sénégalais Djibril Ngom. L’ancien Premier ministre Rd-congolais, Augustin Matata-Ponyo a, quant à lui, livré un témoignage sur sa gestion du Franc congolais. Le débat avait un grand témoin, l’ancien ministre gabonais et ancien administrateur du F.m.i (Fonds monétaire international), Alexandre Barro Chambrier, qui a fait la synthèse des deux thèses qui se sont exprimées, en dégageant une perspective.
Les entretiens de Brazzaville» est une sorte de «talk show», animé par deux journalistes, le Français Pascal Airault, ancien reporter à «Jeune Afrique», et notre confrère Jean-Claude Kakou, de Télé-Congo, dans un décor de grand plateau de télévision, avec un écran géant au milieu (rétro-projecteur) et deux écrans moyens dans les angles, le tout accompagné d’une musique d’animation destinée à réveiller un public sélect, composé d’éminentes personnalités à commencer par le Premier ministre chef du gouvernement, Clément Mouamba, quelques membres de son gouvernement, des diplomates, des conseillers du Chef de l’Etat, des directeurs généraux de l’administration publique et des structures privées, des universitaires, des acteurs des professions libérales, bref, de tout ce qui compte du gotha de la capitale pour décider ou influencer le cours de la vie de la Nation.
Les réactions de la salle aux propos des débateurs et des journalistes animateurs ont laissé entrevoir une tendance plutôt acquise à l’abandon du Franc Cfa. Le fait que le Premier ministre Clément Mouamba y soit resté du début à la fin, pour encourager les protagonistes après leurs joutes qui ont duré plus de trois heures, peut donner à penser que le gouvernement congolais est préoccupé par l’idée d’adopter une monnaie propre au Congo, en s’inspirant de l’exemple de son grand voisin, la RD Congo, dont l’expérience livrée par Augustin Matata-Ponyo, qui était accompagné d’une «forte délégation de politiques et financiers venus de Kinshasa», a été frénétiquement applaudie. Mais, c’est tomber dans un procès d’intention que de l’affirmer. Toujours est-il qu’on n’organise pas un débat de ce genre, avec une impressionnante mobilisation de la classe politique dirigeante, pour des préoccupations simplement scientifiques ou de culture générale. Le documentaire vidéo projeté avant le débat, qui dépeint le Franc Cfa comme un instrument du néocolonialisme français, accusé par ailleurs de tous les maux, au plan économique, dont souffrent les 14 pays d’Afrique centrale et de l’Ouest qui y sont soumis, a donné le ton d’un meeting en salle destiné à «enterrer le Franc Cfa». On a dénoncé le tournant néo-colonial de la France. Mousa Mara était, donc, en terrain conquis, pour affirmer «qu’en Afrique, l’abandon du Franc Cfa a pris l’allure d’une croisade dont les O.n.gs et autres universitaires africains ont pris le relais». Les décisions monétaires sont prises sous le regard de Paris.
L’ancien ministre sénégalais Djibril Ngom, qui n’est pas pour l’abandon du Franc Cfa, a tenté de tempérer cette ardeur. Il a expliqué la nécessité de distinguer le développement économique du développement de la monnaie, en instant sur l’importance d’avoir une gestion vertueuse des fondamentaux de l’économie, pour assurer le développement d’un pays. Mais, sa voix n’a pas tellement porté dans une salle plutôt intéressée à l’expérience de la RD Congo, pays qui a sa monnaie autonome, n’étant donc arrimée à aucune autre monnaie dans le monde. Matata-Ponio a évoqué comment il a stabilisé, en cinq ans, cette monnaie. «C’est un avantage d’avoir sa monnaie. Nous avons géré notre monnaie avec rationalité. Ces performances, nous les avons réalisées sans programmes avec le F.m.i», a-t-il dit. Mais, il a insisté: «l’élément central d’une monnaie, c’est la confiance. Et la confiance ne se décrète pas».
Finalement, c’est la synthèse faite par l’ancien ministre gabonais, Alexandre Barro Chambrier, qui a donné une dimension assez objective du débat, par sa modération, en dégageant les forces et faiblesses de chacune des deux thèses. «Le système a des avantages et des inconvénients», a-t-il déclaré. Et pour lui, «c’est notre capacité à respecter les objectifs économiques qu’on se fixe», qui est importante. Il a atténué l’expérience de la RD Congo dont la monnaie connaît encore aujourd’hui une certaine dépréciation, «à cause de l’incertitude politique». «Il ne faut pas sauter dans l’inconnu», a-t-il prévenu. Il a annoncé tout de même que la C.d.e.a.o fera sa monnaie à un moment donné. En Afrique centrale, «ça nous met en position de réagir, mais il ne faut pas longtemps attendre», a-t-il conseillé. Le débat s’est terminé par une session de questions-réponses qui, par le nombre des interventions, a prouvé l’intérêt du public au sujet abordé.

Joël NSONI

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