Droits de l’homme : Pierre Mabiala et les défenseurs des droits de l’homme se disent les vérités

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En réaction, sans doute, à la publication du rapport de l’O.c.d.h (Observatoire congolais des droits de l’homme) et de celui, très accablant du Département d’Etat américain sur la situation des droits de l’homme au Congo, après ceux publiés antérieurement par plusieurs O.n.gs des droits de l’homme, entre autres, Amnesty international et la F.i.d.h (Fédération internationale des droits de l’homme), le ministre de la justice...(),

des droits humains et de la protection des peuples autochtones, Pierre Mabiala, a fini par sortir de son silence, en convoquant, vendredi 17 mars 2017, à son cabinet de travail, à Brazzaville, les activistes des droits de l’homme, pour faire le point de cette situation en République du Congo. Les débats étaient, certes, libres et sereins, mais, parfois, heurtés et poignants, assortis de quelques empoignades verbales.
Le ministre Pierre Mabiala, visiblement en colère, a, à maintes reprises, épinglé l’O.c.d.h, représenté par son président, Trésor Nzila, pour son rapport qu’il citait abondamment, tout  en le brandissant, et qui est intitulé: «République du Congo: une gouvernance par la terreur et le mépris des droits humains». Pour l’O.c.d.h, «les autorités congolaises doivent choisir entre laisser perdurer l’impunité, l’Etat d’anarchisme et afficher la volonté politique de rendre une justice impartiale, afin de faire la lumière sur les exactions commises et de répondre aux attentes de justice des victimes». Pierre Mabiala considère que les faits évoqués par l’O.c.d.h ne sont pas véridiques, puisqu’il n’en apporte les preuves. C’est dire le mur d’incompréhension entre les parties sur la question sensible des droits de l’homme. Sans doute, certaines O.n.gs auraient pu décliner l’invitation qui, à leurs yeux, était comme une sommation, notamment pour l’O.c.d.h qui a eu l’impression d’être visé. Qu’à cela ne tienne, les débats se sont déroulés dans la sérénité, dans un esprit de responsabilité.
Premier à prendre la parole, après le mot introductif du ministre de la justice, Céphas Germain Ewangui, coordonnateur national de la Fecodho (Fédération congolaise des droits de l’homme), a fait savoir que la situation des droits de l’homme au Congo est préoccupante.
Dans son argumentaire, il a interpellé le ministre de la justice sur la question liée à la pratique de la torture par les services de sécurité, alors que celle-ci est strictement interdite par une convention internationale ratifiée par le Congo et par la Constitution congolaise. Comme exemple de torture, Céphas Germain Ewangui a pris l’exemple d’Augustin Kala-Kala, arrêté, torturé et abandonné devant la morgue municipale de Brazzaville par ses bourreaux. En outre, il a évoqué la sempiternelle question de la rupture des antirétroviraux dans le pays. Sans langue de bois, il a demandé au ministre de la justice d’ouvrir une information judiciaire contre la ministre de la santé et de la population, pour «homicide involontaire et non-assistance à personne en danger». Pour lui, il s’agit d’une situation grave, de priver les personnes qui en ont besoin, ces médicaments dont la responsabilité revient au gouvernement de les rendre disponibles. «Lorsqu’il y a des ruptures, ça crée des résistances et quand les produits arrivent, cela condamne ces malades à passer de la séropositivité à la phase critique du sida qui, évidemment, conduit à la mort», a-t-il expliqué.
Réagissant à cela, Mme Milandou, magistrat et présidente de l’Association des femmes juristes du Congo, a plutôt suggéré au ministre de la justice, d’intenter une procédure judiciaire contre l’ancien ministre de la santé, François Ibovi, qui, selon elle, était, à l’époque, à la tête du département de la santé, quand le Congo a commencé à connaître le phénomène de rupture des anti-rétroviraux. «Il a laissé pourrir la situation qui a entraîné la mort de plusieurs personnes. Il est assis quelque part, sans être inquiété», a-t-elle déclaré. Mme Jocelyne Milandou, en tant que femme, a défendu sa consoeur, la ministre Jacqueline Lydia Mikolo, en demandant que les droits de la femme soient respectés. Aussi a-t-elle plaidé auprès du ministre de la justice, de réduire un tant soit peu, les inégalités du genre et de la parité au sein de la maison justice. Plus grave, elle a fait constater que lors des garde-à-vues ou dans les geôles des commissariats de police et de la gendarmerie, les femmes ne sont pas séparées des hommes. «Elles sont de la matière à consommation pour les personnes qui n’ont pas réglé leur question de libido», n’a-t-elle pas hésité de dire.
Le Président de l’A.d.h.u.c (Association pour les droits de l’homme et l’univers carcéral), Loemba Moké, a, quant à lui, estimé que les défenseurs des droits de l’homme n’ont pas d’interlocuteur valable au Congo, à qui ils peuvent soumettre leurs rapports sur les droits de l’homme, pour avoir l’avis ou les contributions des pouvoirs publics. «Même quand nous envoyons des lettres, on n’a pas de réponses. Ce silence-là nous pousse à vous provoquer. Nous envoyons nos rapports à des lieux sûrs. On ne peut pas être contre notre pays. Nous ne faisons que notre travail», a-t-il fait comprendre au ministre de la justice, tout en épinglant certains commissariats de police où, selon lui, la pratique de la torture est encore courante.
L’intervention du président de l’O.c.d.h était la plus attendue par le ministre de la justice qui voulait savoir les justifications de son rapport sur les droits de l’homme. Pierre Mabiala l’a mitraillé de questions et à certains moments, le président de l’O.c.d.h a balbutié et il est resté collé à son rapport qui épingle les arrestations arbitraires, violations des droits de l’homme au quotidien; les exécutions sommaires, détentions arbitraires, mauvaises conditions de détention et la présence des prisonniers politiques à la Maison d’arrêt.
Pierre Mabiala, qui a suivi, imperturbable, son interlocuteur a réagi, en balayant d’un revers de la main l’affirmation selon laquelle il y a des prisonniers politiques ou d’opinion au Congo. «Le terme prisonnier politique n’existe pas  en droit pénal congolais. Il ne faut donc pas inventer. C’est un abus de langage», a-t-il rétorqué, tout en promettant des procès justes et équitables aux prévenus de droit commun.
Concernant la torture, il a demandé que les preuves lui soient fournies.
S’agissant du cas d’Augustin Kala-Kala, il a rétorqué à Céphas Germain Ewangui que celui-ci n’a pas donné l’identité des bourreaux qui l’ont torturé. «Il ne suffit pas de voir un citoyen ensanglanté et torturé pour tout de suite dire que c’est une torture dont l’auteur est le gouvernement. Il pouvait avoir des démêlés avec un autre citoyen ou d’autres citoyens, des bandits de grand chemin qui lui ont fait la peau. A ce que je sache, il n’est pas mort. A-t-il porté plainte? Demandez-lui de porter plainte, comme vous pouvez aussi porter plainte, pour qu’il nous dise avec qui il était ce jour-là. Moi, je peux demander à mon parquet de l’appeler et d’ouvrir une information judiciaire». Pour lui, le gouvernement est respectueux des instruments et traités internationaux ratifiés par le Congo. «S’il y a une situation de ce genre, la meilleure voie à prendre, c’est la justice», a-t-il martelé.
Répondant, personnellement, à Trésor Nzila, de l’O.c.d.h, le ministre Mabiala a commencé par démonter son rapport, qu’il considère comme un faux. «Vous avez affirmé des choses sans pour autant les prouver et les démontrer. Vous vilipendez votre pays pour des choses qui ne sont pas vraies. Vous inventez des choses, vous dressez et publiez des rapports. Oui, vous êtes libre de le faire, mais il y aura un moment où cette liberté va s’arrêter», a-t-il menacé, d’un ton ferme, tout en annonçant la mise en place des juridictions militaires et sa volonté d’assainir le pouvoir judiciaire, en y débarrassant les magistrats véreux qui trafiquent les jugements ou prennent de l’argent des justiciables.
Signalons que tous les responsables des O.n.g.s des droits de l’homme, soit plus d’une vingtaine de personnes, étaient présents à cette rencontre qui a duré plus de 6 heures, en présence de la presse. Il y avait également la participation d’une association de peuples autochtones qui revendique la publication des textes d’application de la loi portant protection des peuples autochtones promulguée depuis 2011.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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