Joachim Mbanza, porte-parole de la cellule de veille du C.c.a.s : «Les couloirs sécurisés, une main tendue du Chef de l’Etat à ceux qui veulent la paix»

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Le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, a reçu en audience le vendredi 3 mars 2017, les membres de la cellule de veille du C.c.a.s (Comité consultatif d’appui et de suivi de la municipalisation  accélérée du Pool), sur la situation qui prévaut dans ce département. Il a ordonné l’ouverture des couloirs sécurisés, pour permettre aux populations encore bloquées dans le théâtre des opérations et aux jeunes entraînés dans le mouvement du pasteur Ntumi, de sortir et de bénéficier de l’assistance humanitaire.

Dans l’interview ci-après, le porte-parole de la cellule de veille du C.c.a.s, Joachim Mbanza, revient sur ce point et il estime que «les couloirs sécurisés» sont «une main tendue du Chef de l’Etat à ceux qui veulent la paix». Interview.

* Monsieur le porte-parole de la cellule de veille du C.c.a.s, dans un article passé, vous avez rendu compte de l’audience que le Président de la République a accordée à votre délégation. Vous avez indiqué que la force publique va ouvrir des couloirs sécurisés, dans le Pool, concrètement, de quoi s’agit-il?
** Merci de l’occasion que vous nous donnez de revenir sur les points évoqués lors de l’audience que le Chef de l’Etat, Monsieur Denis Sassou-Nguesso, a accordée à la délégation de la cellule de veille du C.c.a.s, le vendredi 3 mars 2017.
Parmi les orientations qu’il a données, le Chef de l’Etat a ordonné l’ouverture des couloirs sécurisés, pour permettre aux populations, bloquées dans les zones où la force publique mène ses opérations, et les jeunes ayant tenu les armes de sortir et de gagner les localités où elles peuvent être assistées sur le plan humanitaire. Maintenant, il faut que techniquement, ces couloirs sécurisés soient rendus opérationnels, dès que toutes les conditions sont réunies.

* Les hommes proches du pasteur Ntumi disent dans les réseaux sociaux que ces couloirs sécurisés, c’est un piège qui permettra à la force publique d’arrêter les jeunes qui l’on combattue, qu’est-ce que vous en dites?
** Ce sont des questions techniques qui doivent être vues entre les responsables, notamment le gouvernement, les membres de la cellule de veille du C.c.a.s et les officiers de la force publique. Si les jeunes qui acceptent de déposer les armes, décident de sortir par les couloirs sécurisés, des mesures devront être prises pour ne pas les inquiéter. L’essentiel, c’est de renoncer à la violence et de rendre les armes. Je crois qu’il sera prévu des actions allant dans le sens de leur réinsertion.
Croyez-moi, du côté des autorités nationales, on ne veut plus entendre parler des phénomènes d’enlèvements ou de disparitions. Des précautions seront prises. Le Président de la République a même demandé de «traiter avec humanité», les gens qui vont renoncer à la violence et accepter de sortir. La présence des O.n.gs de défense des droits de l’homme, des institutions humanitaires comme La Croix-Rouge, des Eglises, de la presse, etc, peut servir de garantie. Il y a quand même des exemples: un ancien ninja du surnom de Ramsès est sorti depuis et il a repris une vie normale à Brazzaville, dès lors qu’il a renoncé aux armes. Personne ne l’a inquiété. Donc, on peut considérer les couloirs sécurisés comme la main tendue du Chef de l’Etat à ceux qui veulent la paix.

* Concrètement, quand est-ce que ces couloirs sécurisés seront-ils ouverts et où?
** Il faut d’abord que les responsables travaillent sur les aspects techniques de l’ouverture de ces couloirs. Au niveau de la cellule de veille, nous sommes à pied d’œuvre pour faire des propositions. Je pense aussi qu’au niveau de la force publique, le concept est connu. Donc, dès que les aspects techniques seront réglés, le gouvernement pourra alors passer à la mise en œuvre des couloirs sécurisés. Ces couloirs pourront mener d’abord dans les chefs-lieux de district par exemple. A Kindamba, les autorités locales ont lancé, depuis le mois de février dernier, un appel pour que les jeunes sortent des forêts et abandonnent les armes. Dès lors que les gens sortent dans les chefs-lieux, ils pourront être enregistrés, assistés sur le plan humanitaire et sanitaire. Il pourra y avoir des programmes de formations professionnelles dans d’autres localités du pays pour les jeunes qui veulent apprendre un métier pour leur réinsertion.

* Mais franchement, Monsieur le porte-parole de la cellule de veille du C.c.a.s, pourquoi le pouvoir refuse-t-il de négocier, pour que la paix revienne dans le Pool?
** Le Président de la République nous a dit clairement que Ntumi est un récidiviste. Il y a eu des négociations en décembre 1999 et un accord signé, cela ne l’a pas empêché de reprendre les armes en 2002. Il y a eu des négociations et la signature des engagements croisés en mars 2003. On a fait table rase de tout ce qui avait été commis comme actes criminels, tueries, assassinats, destructions des biens. Le pasteur Ntumi a occupé le poste de ministre délégué. Cela ne l’a pas empêché de reprendre les armes en 2016.
Cette fois-ci, la justice est intervenue. Il y a des mandats d’arrêt qui ont été émis contre lui et deux de ses proches. Donc, le Chef de l’Etat ne peut pas enjamber le pouvoir de la justice, pour aller négocier avec un justiciable qui est recherché par la justice de son pays, car nous sommes en démocratie, qui est un régime de séparation des pouvoirs. Maintenant, que cette justice soit bien rendue ou non, ça, c’est une autre paire de manches. C’est la justice du Congo, notre pays. Donc, il ne faut pas que les partisans du pasteur Ntumi s’attendent encore à des négociations comme en 2003, avec Mme Yvonne Adélaïde Mougany. A la limite, ils peuvent négocier les conditions de leur sortie, dans les couloirs sécurisés.
Maintenant, quand le pasteur Ntumi évoque, dans ses messages, le problème du changement de la Constitution, de l’élection présidentielle, il soulève des questions politiques. Mais, la politique ne se fait pas avec les armes de guerre. C’est parce que ses partisans ont pris les armes de guerre que le gouvernement a demandé à la force publique de rétablir l’ordre et la sécurité dans le Pool. Les conséquences sont désastreuses sur les populations, et nous en souffrons tous, mais qui l’aura voulu? Pouvez-vous me citer un département où les Congolais ont pris les armes, parce qu’il y a eu changement de Constitution? Pendant combien de temps les jeunes du Pool  se laisseront-ils tromper? Quand ces leaders sont au pouvoir, ils ne s’occupent pas  d’eux. Quand ils ont des problèmes avec le pouvoir et qu’ils basculent dans l’opposition, ils vont chercher la main d’œuvre dans le Pool, pour combattre le pouvoir. Et c’est le Pool qui est détruit! Pourquoi ne pas le comprendre?

* Mais pourquoi n’arrive-t-on pas à l’arrêter, pour mettre fin aux souffrances des populations?
** Si le pasteur Ntumi aime les siens, il aurait pu venir s’expliquer et épargner ainsi les populations des affres de la violence qui s’est déferlée sur le département. Pour le reste, je ne pense pas qu’il soit dans une situation confortable, pour croire qu’il peut continuer à défier indéfiniment l’Etat. Il ne sert à rien de l’encourager dans cette position périlleuse, mais il faut plutôt le convaincre de sortir et de se défendre avec les mots et non avec les armes, devant la justice de son pays.
Pour terminer, je réitère au nom de la cellule de veille, l’appel lancé aux jeunes de sortir des forêts, de suivre l’exemple de Ramsès. Les Départements du Niari, de la Bouenza, de la Lékoumou connaissent aujourd’hui la paix, parce que les jeunes qui étaient entraînés dans les milices armées, avaient décidé de renoncer définitivement aux armes et de reprendre une vie normale dans la société. Il faut convaincre les jeunes du Pool de renoncer définitivement aux armes, pour que le département retrouve la paix tant recherchée, au lieu de retomber, à chaque fois, dans les violences armées.

Propos recueillis par Marcellin MOUZITA

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