Commentaire : L’an un du gouvernement Mouamba: la déception?

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Dans un mois, le gouvernement Mouamba aura accompli un an aux affaires! Premier gouvernement de la nouvelle République, conduit par un Premier ministre, chef du gouvernement, cette équipe est arrivée dans un contexte socio-politique post-électoral trouble et dans un contexte économique difficile, à cause de la chute du prix du baril de pétrole, principale source de revenus du budget de l’Etat, et d’une gouvernance devenue chaotique.

L’espoir était justement d’avoir un gouvernement à même de tirer le pays de ce contexte difficile et de le remettre sur les rails de la croissance économique. A près d’un mois du premier anniversaire de sa formation, avouons que le sentiment le mieux partagé chez les Congolais est celui de la déception. Ce n’est pas encore la désillusion, mais à l’allure où vont les choses…
C’est un acteur qui a fait sa réapparition sur la scène institutionnelle nationale, après deux décennies de disparition. Avant Clément Mouamba, son prédécesseur au poste constitutionnel de Premier ministre, chef du gouvernement n’est autre que Bernard Bakana Kolélas, sous le régime du Président Pascal Lissouba, en pleine guerre de 1997. Il fit moins de deux mois aux affaires. La parenthèse Isidore Mvouba (2005-2009) est toute particulière, car ce dernier ne fut pas chef du gouvernement et le poste qui lui était confié, à l’époque, n’avait pas de fondement constitutionnel, mais plutôt administratif, pour coordonner l’action du gouvernement.
Après deux septennats de régime présidentiel où le Président Denis Sassou-Nguesso a exercé, avec un grand brio il faut le reconnaître, la plénitude de ses fonctions de Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du gouvernement, son successeur au poste de Chef du gouvernement n’avait pas la tâche facile. Il est vrai que les contextes sont bien différents entre les deux septennats qui ont été portés par un prix haut du baril de pétrole, permettant ainsi à l’Etat de faire des investissements comme le pays n’en a jamais connu auparavant, et celui d’aujourd’hui caractérisé par la chute de ce prix, condamnant l’Etat à une incapacité à faire face même à ses charges de fonctionnement.
Mais, il ne faut jamais oublier que même durant les deux septennats, la tâche ne fut jamais facile au gouvernement, particulièrement sur le plan politique, avec la résurgence de la crise du Pool, en 2002 et l’accident le plus effroyable qui faillit déstabiliser l’Etat, à savoir: les explosions meurtrières de Mpila, le 4 mars 2012. La municipalisation accélérée qui a modernisé les chefs-lieux des départements, en dehors des deux grandes villes du pays, promus aujourd’hui au rang de communes de plein exercice est parmi les succès éclatants de la politique d’investissement réalisée durant les deux septennats. Les fleurons de cette politique de construction d’infrastructures se trouvent être, manifestement, les routes bitumées Pointe-Noire/Dolisie/Brazzaville, Obouya/Owando/Makoua/Ouesso, Obouya/Ewo, Makoua/Etoumbi et Ketta/Sembé.
Le barrage hyrdroélectrique d’Imboulou, la Centrale à gaz de Pointe-Noire et bientôt le barrage hydroélectrique de Lihouesso, dans la Sangha, peuvent compter parmi ces fleurons, même si les délestages électriques continuent de faire partie de notre quotidien et que les difficultés d’accès à l’électricité pour nombre de ménages sont encore importantes. Il est vrai que le pétrole est de beaucoup dans ce succès, au point que le Congo ambitionnait d’avoir une croissance économique à double chiffre, après avoir franchi la barre des 6%.
Le gouvernement Mouamba est arrivé dans un contexte de crise multidiommensionnelle. C’est un grand défi pour lui, que de sortir l’Etat de la faillite où l’ont précipité la chute du prix du baril de pétrole et des comportements d’anti-valeurs que le Président Sassou-Nguesso a entrepris de dénoncer depuis 2009. Rien de titanesque, cependant, comparé à l’état du pays au sortir de la guerre de 1997. Et pourtant, le gouvernement de la nouvelle République donne l’impression de faire du sur-place. Son chef s’est donné un programme d’action dense, avec des priorités immédiates. «Au plan national, cette présentation du Programme d’action du gouvernement intervient dans un contexte marqué politiquement par une situation pré et post-électorale qui donne la mesure de ce qui reste à faire collectivement dans les domaines de la paix, la stabilité, l’unité et la cohésion nationales», constatait Clément Mouamba, à son arrivée à la tête du gouvernement.
Concernant la situation sociale, il indiquait: «Les conditions de vie de nos concitoyens sont à améliorer dans les domaines de l’accès à l’eau potable dans les villes, de l’accès à l’électricité, à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, au logement social et à la salubrité publique. Effectivement, nos villes assainies peuvent offrir un cadre de vie agréable pour tous. C’est pourquoi, face à la détresse sociale, mon gouvernement fera de la justice distributive son credo».
Un an après, qu’a fait le gouvernement ou qu’a-t-il tenté de faire? La réponse est bien claire: on attend toujours. En dehors du fonctionnement routinier de l’Etat, qui a du reste pris un coup, rien de particulier. Les cérémonies sont devenues l’arbre qui cache la forêt. En ces temps de crise économique et financière, la détresse sociale fait des ravages. Même les victimes du 4 mars n’ont droit qu’à des promesses, en dehors de quelques familles déjà relogées. Remettre les Congolais au travail aurait été un défi que le gouvernement aurait pu se targuer d’avoir déjà relevé. Et pourtant, même à ce niveau, l’Etat tourne au ralenti. Au cabinet de la Primature, il suffit que le Premier ministre soit absent de la capitale, pour que les bureaux restent fermés jusqu’à 9h. Certains conseillers n’ont toujours pas de bureaux où travailler. Autant les conseils des ministres, les conseils de cabinet se tiennent aussi de manière très épisodique.
Le recensement général des agents civils de l’Etat, officiellement lancé le 31 octobre 2016, n’a toujours pas produit ses statistiques. Le Congo est de plus en plus accablé par ses mauvais rangs dans les rapports internationaux: Doing business; Rapport sur le développement humain en Afrique 2016 du Pnud; Droits de l’homme; Télécommunications; T.n.t (Télévision numérique terrestre); Rapport du F.m.i; Rapport du portefeuille conjoint de la Banque mondiale; Gouvernance électorale; Lutte contre la corruption; santé; culture; sport, etc.
Cerise sur le gâteau, le front social se manifeste avec des grèves sectorielles à la chaîne, tandis que la crise du Pool n’a toujours pas vu le bout du tunnel. L’année de la rupture et de la vérité se déroule plutôt comme l’année de la continuité des antivaleurs, telles que dénoncées par le Président de la République lui-même, en 2009 et en 2016, le gouvernement n’ayant pas, jusque-là, montré les signaux de la politique de rupture et de vérité qu’on attend de lui. Ce gouvernement ne comprend pas que les Congolais sont fatigués de discours, surtout de discours mielleux!
Le Congo ne manque pas de ressources, à commencer par les ressources humaines, pour un sursaut lui permettant d’occuper des rangs honorables dans le classement des pays africains et surtout, faire tenir à la nouvelle République ses promesses. Mais, si le gouvernement et son chef ne prennent pas le taureau par les cornes, en mettant les cadres qu’il faut aux places qu’il faut, le rendement du pays continuera à en pâtir dans presque tous les domaines. A l’image de la compagnie Ecair, qui a atteint des sommets, impressionnant ainsi tout le monde, avant de piquer du nez vertigineusement, le plongeon du Congo risque d’être dramatique, à moins que…

Joël NSONI

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