8 Mars : portrait d’une femme battante : Maria Benbrahim Maylin: le combat passionné d’une femme contre l’afro-pessimisme

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Du haut de ses cinquante ans, Maria Benbrahim Maylin est vent debout contre les pesanteurs qui rendent peu accessible le rêve d’une Afrique décomplexée, solidaire et centrée sur le potentiel humain pour laquelle elle s’engage depuis des lustres. Marocaine d’origine, française d’adoption et universaliste de culture et de conviction, cette experte en communication se définit elle-même à travers une trilogie magique: «une tête froide, un cœur chaud et des mains propres», comme l’attestent certains de ses proches.


Munie de son expérience de psycho-pédiatre et son humanisme hors-frontières, Maria a choisi, depuis ses premiers pas comme infirmière, de mener son combat aux côtés des femmes exclues et des enfants abandonnés et/ou issus de milieux défavorisés. Elle est très engagée au Maroc et surtout dans des pays subsahariens comme le Congo où ses associations, Comité international pour la renaissance de l’Afrique et Terre d’Ecole, ont lancé des projets pédagogiques et d’autres dédiés à l’agriculture durable, avec toujours cette touche d’humanité, d’humilité et de respect.
Mme Maylin se dit convaincue que l’esprit d’initiative, la sensibilité et la proximité sont de plus en plus irremplaçables pour l’épanouissement des populations africaines. Le projet Terre d’école qu’elle a concrétisé au Congo-Brazzaville «démontre qu’il ne s’agit pas là d’une utopie, mais bien d’une réalité adaptée aux exigences de l’heure», confie-t-elle. A ses yeux, il importe d’initier les jeunes générations à l’humanisme et à la solidarité, en associant aux programmes scolaires une pédagogie leur permettant de retrouver les racines ancestrales.
Le plus symbolique de ses initiatives demeure toutefois son engagement résolument volontariste pour l’aide à la réinsertion des femmes guéries du cancer du sein. «Ces femmes ont subi une double peine: la maladie et l’exclusion de la société. Des actions comme celles de Mme Maylin représentent leur seule salut», se réjouit Ali Sbai, président de l’O.n.g Zaila, active dans la protection du désert. Tous deux, Ali et Maria, s’engagent dans une collaboration prometteuse visant la mobilisation de moyens et de l’expertise pour contribuer à la préservation du milieu naturel du Sud marocain, particulièrement par le biais de l’éducation environnementale. Décidément, le déclic pour une idée aussi novatrice qu’ambitieuse fut la 22ème Conférence internationale sur le climat tenue à Marrakech où ils se sont côtoyés dans l’espace vert réservé à la société civile.
Les visiteurs du site de la Cop22 ont été frappés par une animation aux thèmes variés de la nature et de l’environnement, harmonieusement entrecoupés par la musique acoustique du maître congolais Gabriel Kinsa, avec une présentation ludique des projets de Terre d’Ecole (http://www.terredecole.com).
Installée en France depuis les années 1980, Maria s’est lancée dans l’aide caritative médicale avec le soutien de son époux, le célèbre cancérologue Claude Maylin à l’Hôpital Saint-Louis de Paris où elle a aussi exercé en tant que chargée de communication. C’est cette expérience-là qui l’a prédisposée à ses futurs projets socio-pédagogiques destinés à épanouir les nécessiteux et, surtout, venir en aide aux femmes précaires et soulager les âmes blessés. D’année en année, elle cumule les distinctions et signes honorifiques en recevant entre autres le Grand Ouissam Alaouite.
Attachée à ses racines, cette quinquagénaire a d’ailleurs gardé un lien très fort avec le pays d’origine où elle se rend plusieurs fois par an. «Il n’y a jamais eu de rupture. Je reste profondément attachée à mon pays et c’est ce que j’ai inculqué à mes trois filles», affirme-t-elle. Vivant à cheval entre deux continents qu’elle ne cesse de parcourir, Maria Maylin est sans conteste l’une de ces femmes qui agissent en première ligne pour l’émergence de l’Afrique et des peuples africains. En témoigne avec éloquence le livre «Afrique, enjeu de la planète» dont elle a dirigé la publication en 2009. Un ouvrage qui lance un plaidoyer pour faire de l’Afrique un espace de réconciliation entre l’Homme et la nature et où le développement ne pourra être qu’équitable et durable.

Abdellah CHAHBOUN
(Genève)
www.lemag.ma

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