RD Congo : La médiation des évêques soumise à rude épreuve

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Après avoir obtenu, grâce à leurs bons offices, l’accord du 31 décembre 2016, qualifié d’accord de la Saint-Sylvestre, la médiation des évêques en République Démocratique du Congo n’est pas encore parvenu au bout de sa mission. Les prélats continuent de négocier avec les acteurs politiques du pays, pour désamorcer la crise née de la fin du mandat constitutionnel du Président Joseph Kabila-Kabange...()

, en attendant d’être reçus par ce dernier dont une audience était annoncée le week-end du 18 au 19 février, les évêques ne lâchent pas prise et multiplient les stratégies quant à la sortie de crise, dans un contexte rendu complexe par la disparition d’Etienne Tshissekedi, à Bruxelles (Belgique) le 1er février 2017, à l’âge de 84 ans, dont le rapatriment du corps est au centre d’une polémique entre l’opposition et le gouvernement.

Les évêques de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) devaient se retrouver, lundi 20 février dernier, en session extraordinaire, pour plancher sur certaines questions alimentant les débats au sein de la classe politique. Or, face au blocage de la mise en application de l’accord du 31 décembre, certaines langues spéculent que les évêques, avec à leur tête Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, pourraient jeter l’éponge et demander, comme ils l’envisageaient auparavant, à la population de prendre ses responsabilités. Pourtant, les évêques n’en sont pas encore là, bien que l’accord de la Saint-Sylvestre ne fait toujours pas l’unanimité entre la majorité au pouvoir et le Rassemblement de l’opposition.
L’une des questions brûlantes demeure aussi la nomination du remplaçant d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, à la tête du Conseil des sages. Ce dernier était pressenti à la tête du Conseil national de suivi de l’accord, organe devant permettre la mise en application du texte. A cette question se greffe celle de la proposition par l’opposition du nom du futur Premier ministre. Jusqu’à l’heure où nous mettons sous presse, le rassemblement de l’opposition ne parvient pas encore à désigner le nom de son candidat à la primature. Le pouvoir exige la proposition de trois noms au Président Kabila plutôt qu’un seul. C’est lui qui, à son tour, devra entériner la proposition et nommer le Premier ministre attendu par tous.
Faute de consensus, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement se retrouvent avec six candidats en lice pour briguer le seul poste. Deux favoris parmi eux, en l’occurrence Pierre Lumbi du G7 et Jean-Bertrand Ewanga de l’Alliance pour la République, puis un outsider, Raphaël Katebe Katoto, homme d’affaires et frère ainé de l’opposant Moïse Katumbi, lui-même candidat à la présidentielle. Le retour récemment au bercail de Katebe Katoto est interprété au sein de la classe politique comme un trouble-fête. Lui qui «pointe l’immaturité politique de Félix Tshisekedi derrière lequel la majorité des plateformes se sont déjà rangées». Héritier de son père à la tête de l’U.d.p.s (Union pour la démocratie et le progrès social), Félix Tshisekedi aurait été proposé au poste tant convoité par son défunt père, à travers une lettre signée de sa main, remise à la Cenco. Face à cette agitation, la Cenco a éclairé l’opinion en reconnaissant avoir reçu le 17 janvier, la lettre avec proposition de nom qu’elle aurait transmise en mains propres au Président Kabila, depuis le 20 janvier.
En parlant du Président Kabila, tout donne à penser que ce dernier, à cause du mutisme qui le caractérise jusqu’ici, serait à la manœuvre pour boycotter les avancées du processus de négociation conduit par les hommes d’Eglise. Il jouerait trois cartes face aux atermoiements de l’opposition qui feraient bien ses affaires. D’après un diplomate français, Joseph Kabila manierait avec dextérité les cartes de «la division de l’opposition, le calendrier électoral, l’instabilité dans l’Est du pays et au Kasaï». Il s’agit ici du Kasaï central, région en proie à des violations massives des droits de l’homme, au regard des vidéos insoutenables et accablantes illustrant des exactions perpétrées par des soldats sur la population. Ce qui a suscité le rétropédalage du gouvernement en ordonnant l’ouverture d’une enquête sur ces massacres alors qu’auparavant il en avait nié l’existence. Ajouter à cela les attaques contre des églises à Kinshasa et dans d’autres provinces du pays tel qu’à Lubumbashi, l’arrestation mercredi 22 février à Kinshasa de onze activistes du mouvement citoyen la Lucha qui protestaient contre l’insalubrité.
Notons que le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi aura lieu le samedi 11 mars prochain. Le sphinx de Limété, comme il était surnommé, sera inhumé au cimetière de la Gombe, à Kinshasa. C’est ce qu’a annoncé André Kimbuta Yango, gouverneur de la ville province de Kinshasa. Mais, certains militants de l’U.d.p.s exigent l’érection d’un mausolée à sa mémoire.

Aristide G. NGOUMA

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