Mieux vaut une politique d’homologation des prix que de gratuité

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La politique de la gratuité dans le domaine public est un véritable échec. Elle n’est même que facteur de désorganisation du service public. Le système communiste s’est écroulé à travers le monde à cause de sa politique économique faite de collectivisation et de gratuité du service public. La gratuité arrête l’économie. Et quand on arrête l’économie, c’est la société moderne qui s’écroule.

 

Si l’on veut entrer dans la modernité, il faut réussir à monétariser la société, c’est-à-dire à faire que les biens et services s’échangent suivant un système monétaire qui fonctionne de manière inclusive, en donnant aux citoyens ce qu’on appelle le pouvoir d’achat, afin qu’ils accèdent aux biens et services dont ils sont besoin.
L’on comprend qu’en décrétant la gratuité de certains services publics, dans la d’administration, la santé, l’école, etc., le Président de la République était animé par le souci de permettre à tous ses concitoyens, quels que soient leurs revenus (donc leurs pouvoirs d’achat), d’accéder à ces services. Un tel système revient, en réalité, à transférer à l’Etat, la responsabilité de financer totalement la production de ces biens et services, pour que les citoyens y accèdent gratuitement. Or, tout le monde sait fort bien que l’Etat ne peut pas en être capable tout le temps.
Prenons l’exemple de la gratuité de la césarienne. Pour la réaliser, cette opération nécessite, à la fois, des équipements (hôpitaux, matériel de travail), des médicaments et de la main d’œuvre (les médecins et infirmiers qui travaillent). Sa gratuité revient donc à dire que l’Etat finance, seul, ces trois aspects, pour que l’opération soit réalisée. Il faut à l’Etat non seulement construire l’hôpital et l’équiper, tout en assurant son fonctionnement, mais encore acheter les médicaments, payer les salaires et les primes des médecins et infirmiers qui y travaillent, pour que la césarienne soit gratuite. C’était le rêve du système communiste, mais celui-ci a fini par s’essouffler. Son système économique s’est écroulé, par manque de réalisme.
Entre le souci de permettre à tous les citoyens, particulièrement ceux qui ont des revenus modestes, d’accéder à un bien ou à un service et le principe économique basé sur la production de ce bien ou de ce service (qui dit production dit coût), il faut établir un certain équilibre. L’Etat peut financer jusqu’à 75% de ce bien ou de ce service, et le citoyen 25%. Sa participation va permettre de perpétuer le système, permettant ainsi à l’Etat d’assurer la continuité.
C’est dans ce contexte que la politique d’homologation des prix des biens et services produits par le système public paraît réaliste.
Prenons le cas d’un bien comme le passeport. Si le Congolais est prêt à payer un billet d’avion à 250.000 F. Cfa pour voyager, payer l’établissement de son passeport à 25.000 F. Cfa lui fera-t-il tant de mal? Est-ce un problème, si un casier judiciaire coûte 1000 F. Cfa? Même un élève issu de famille modeste trouvera une aide auprès d’un proche, pour se faire établir un casier judiciaire à ce tarif. Un acte de naissance à 2000 F. Cfa ne fera pas de mal aux Congolais. Une carte nationale d’identité à 5000 F. Cfa ne fera pas jaser. Ces menues recettes concourent non seulement à renflouer les caisses de l’Etat, mais aussi à assurer des budgets de fonctionnement des administrations qui ne reçoivent rien en termes de financement de la part de l’Etat central.
Même dans le domaine de la santé, les actes médicaux peuvent avoir des tarifs homologués. Mais, ce domaine étant sensible, l’Etat peut mettre en place un système de gratuité en faveur des citoyens ne justifiant d’aucun pouvoir d’achat, des indigents et autres assistés. Ce système de gratuité peut être financé par un impôt spécial, par exemple, sur les boissons alcoolisées, sur le carburant ou par un tout autre impôt de solidarité.
Autant dire que la gratuité n’est pas un principe qui favorise le fonctionnement d’une société moderne. La gratuité a des effets pervers qui brisent les chaînes de production des biens et services. Il faut sortir de ce système, en optant pour une politique d’homologation des prix. Car en payant, le citoyen contribue à la pérennité de la production du bien ou du service qu’il obtient. L’homologation des prix est un système qui consiste à soustraire certains biens et services de la logique du marché (loi de l’offre et de la demande), pour garantir leur accès à tous les citoyens.

Joël NSONI

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