F.a.c (Forces armées congolaises) : Qui était l’ex-colonel Marcel Ntsourou?

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Né le 28 février 1956 et originaire du District de Lékana, dans le Département des Plateaux, Marcel Ntsourou a fait ses études secondaires à l’Ecole militaire général Leclerc, à Brazzaville. Il a été, ensuite, formé en Roumanie, à l’Ecole militaire inter-armes de Sybi et à l’Ecole militaire des blindés d’Ablitech. Il a poursuivi sa formation supérieure à l’Académie militaire des blindés de Moscou.

S’il reconnaissait avoir eu le grade de lieutenant-colonel sous le Premier ministre André Milongo, en 1992, et celui de colonel en 1994, sous la mandature du Président Pascal Lissouba, alors qu’il n’obéissait à leurs ordres, c’est principalement sous le pouvoir du Président Denis Sassou-Nguesso qu’il a fait sa carrière professionnelle

En 1997, le colonel Marcel Ntsourou participe, à Pointe-Noire, à la guerre qui aboutit au renversement du régime du Président Pascal Lissouba. En 1998, il est nommé par le nouveau pouvoir du Président Sassou-Nguesso, comme gouverneur militaire et civil de Pointe-Noire. A ce poste, il se serait bien enrichi dans la capitale économique. Mais, sa brutalité et ses méthodes expéditives inquiètent énormément l’opinion et les sages du Kouilou obtiennent son retrait, par le Chef de l’Etat. Il est muté à Brazzaville où on lui confie la direction centrale des renseignements militaires et ensuite, le commandement des opérations de l’Etat-major général des Forces armées congolaises. Après un passage comme commandant des blindés de Brazzaville et ensuite commandant des fronts Plateaux, pendant la guerre du Pool, il est nommé, en 2003, commandant des écoles militaires. Autant dire qu’il était parmi les officiers qui jouissaient de la confiance du pouvoir.
En 2006, il atterrit au Conseil national de sécurité, comme secrétaire général adjoint, alors que Jean-Dominique Okemba est son supérieur. Connu pour son arrogance à peine dissimulée et se targuant d’être un officier jouissant d’un grand niveau intellectuel, il se retrouve en conflit d’égo avec certains camarades officiers qui le trouvent de plus en plus arrogant. En plus, pour les services rendus au régime du Président Sassou-Nguesso, il ne supporte pas d’avoir été oublié d’être promu au grade d’officier général. Ainsi, il prend des initiatives imprudentes, en mettant ses revendications professionnelles sur la place publique, allant jusqu’à proférer des menaces à peine voilées contre le pouvoir en place, alors que les officiers sont astreints au devoir de réserve et au respect de la hiérarchie. Ses sorties dans la presse vont lui coûter cher. Ses propos, lors d’une réception organisée à l’occasion de ses 51 ans, le 3 mars 2012, la veille des explosions du 4 mars, le mettent dans la ligne de mire des limiers des services de renseignements. Même s’il nie une quelconque responsabilité dans ces explosions qui ont fait plus trois cents morts, plus d’un millier de blessés et d’importantes destructions matérielles, il est condamné, le 10 septembre 2013, à «cinq ans de travaux forcés avec sursis, pour complicité d’incendie involontaire et détention illégale d’armes de guerre».
Sorti de prison, il enrôle autour de lui des dizaines de jeunes (des anciens miliciens cobras, ninjas, des déserteurs de la force publique, etc). Des incidents vont éclater entre ces jeunes et la force publique, particulièrement la police. Ce qui va entraîner son arrestation sanglante, un lundi 16 décembre 2013, lors d’un échange de coups de feu ayant provoqué la débandade au centre-ville. Il avait promis résister jusqu’à la dernière goutte de sang, mais il s’était finalement rendu. Il y eut au moins 32 morts et 29 personnes arrêtées parmi les jeunes qui étaient avec lui, à sa résidence officielle du centre-ville. Il est de nouveau jugé en juillet 2014, avec 114 co-accusés, des militaires pour la plupart, pour «rébellion, atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, association de malfaiteurs, détention illégale d’armes de guerre et munitions» et sera condamné à la prison à perpétuité, après avoir été rétrogradé au rang de soldat de deuxième classe.
Après sa mort, l’un de ses avocats, Me Ganga, a demandé l’ouverture d’une enquête. De même, Claudine Munari, présidente de la Fédération d’opposition I.d.c-Frocad-C.j3m a présenté la même exigence. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, le ministre Thierry Moungalla, a balayé ces exigences. Dans une conférence de presse que ce dernier a tenu, mercredi 22 février dernier à l’Hôtel Radisson Blu, il a indiqué le gouvernement ne s’oppose à l’autopsie si la famille de Ntsourou en fait la demande.
En tout cas, le décès de l’ex-colonel Ntsourou est au centre d’une polémique qui n’est pas prête à s’estomper entre l’opposition et le pouvoir.
Quoiqu’il en soit, on ne se tromperait pas de dire que l’ex numéro deux es services de sécurité, officier bien formé et compétent, a été induit en erreur par son ego, avec des conséquences dramatiques autour de lui et sur lui-même. Il exigeait le grade de général, pour services rendus, il est décédé, alors qu’il purgeait une peine d’emprisonnement à perpétuité.

Joël NSONI

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