RD Congo : Décès, à Bruxelles, de l’opposant historique Etienne Tshisekedi Wa Mulumba

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

L’opposant historique et figure de proue de la politique congolaise, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, est décédé à l’Hôpital Sainte-Élisabeth de Bruxelles (Belgique), mercredi 1er février 2017, à l’âge de 84 ans. Après l’annonce de son décès, des dizaines de ses partisans se sont retrouvés au siège de l’U.d.p.s (Union pour la démocratie et le progrès social), à Kinshasa (RD Congo), pour pleurer leur héros. Mais, la tension est montée, et il y a eu des heurts avec les forces de l’ordre qui ont fait usage de tirs de grenades lacrymogènes.

La mort du «sphinx de Limété», qui n’a jamais reconnu la réélection du Président Joseph Kabila Kabange, en 2011, suscite des interrogations, au moment où la RD Congo est en train de négocier un virage délicat vers une transition apaisée, grâce au concours des hommes d’Eglise.

Etienne Tshisekedi était devenu une icône de la politique en RD Congo. L’homme a consacré l’essentiel de sa vie active à la politique, devenant le père de la démocratie congolaise, en raison de sa longue lutte pour l’instauration du multipartisme contre le régime jugé dictatorial de Mobutu. D’origine Luba, Étienne Tshisekedi est docteur en droit de l’Université Lovanium de Kinshasa, en 1961. Il est même le premier docteur en droit de ce pays qui, en accédant à l’indépendance en 1960, ne comptait pas beaucoup de cadres diplômés. Très tôt, Tshisekedi collabore avec le Président Joseph-Désiré Mobutu, après son coup d’Etat contre le Premier ministre Patrice Lumumba, en 1961. Ce dernier le nomme membre du collège des commissaires généraux (gouvernement provisoire) mis en place, avant d’occuper, successivement, plusieurs portefeuilles dans son gouvernement. Tshisekedi est critiqué pour son hostilité contre les lumumbistes, alors qu’il avait, pourtant, des idées progressistes.
Mais, les divergences avec le Président Mobutu commenceront à se manifester sur l’option du parti unique, après le renversement du Président Joseph Kasa-Vubu, le 24 novembre 1965. Etienne Tshisekedi se montre intransigeant face à cette idée et propose l’instauration de deux partis. La proclamation, le 20 mai 1967, du manifeste de la Nsélé, qui consacre la création du M.p.r (Mouvement populaire de la révolution) comme parti unique, constituera le point de départ de la discorde entre les deux hommes.
Quand, en 1980, il est question de nommer un nouveau président de l’assemblée nationale, après le décès de Kalume, Mobutu préfère Nzondomio Adokpelingbo, au lieu de Tshisekedi à qui le poste devait échoir. Le futur opposant prend la tête d’un groupe de 13 parlementaires qui adresse une lettre ouverte au Président Mobutu. La rupture est consommée. En 1982, Tshisekedi participe à la fondation de l’U.d.p.s, dans la clandestinité. A partir de là, les responsables de l’U.d.p.s seront plusieurs fois arrêtés, emprisonnés et certains trouveront même la mort.
Etienne Tshisekedi retrouve la scène politique, à la faveur de la Conférence nationale souveraine qui le choisit comme Premier ministre de la Transition, en 1991. Mais sa cohabitation tumultueuse avec le Président Mobutu abrège sa mission. Il n’a été Premier ministre que pendant un mois et trois jours (29 septembre au 1er novembre 1991). Il sera de nouveau nommé Premier ministre, pour calmer le jeu politique, après la Conférence nationale souveraine. Il ne fera que sept mois et trois jours (15 août 1992 - 18 mars 1993). Fatigué de son radicalisme, le Président Mobutu le limoge, en effet, sans autre forme de procès.
Mais, en 1997, affaibli par la maladie et face à l’avancée de la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, Mobutu fait de nouveau recours à Etienne Tshisekedi qu’il nomme Premier ministre. Mais, l’opposant historique ne fait que sept jours (du 2 au 9 avril 1997). Et pour cause, Laurent-Désiré Kabila, un lumumbiste, finit par renverser le régime de Mobutu et c’est la fin du Zaïre. Le nouvel homme fort de Kinshasa, qui rebaptise le pays en République Démocratique du Congo, déchoit Etienne Tshisekedi de ses droits politiques, l’accusant d’avoir joué un rôle dans la mort de Patrice Lumumba. Le président de l’U.d.p.s mène alors une opposition pacifique contre le nouveau régime. L’organisation du référendum constitutionnel, en décembre 2005, et des élections démocratiques le remet de nouveau au-devant de la scène politique comme grand opposant au régime du Président Joseph Kabila-Kabange, qui a succédé à son père assassiné le 16 janvier 2001. Etienne Tshisekedi, qui dirigeait une  plateforme de l’opposition, le «Rassemblement» anti-Kabila, devait être porté à la tête d’un organe chargé de veiller au respect de l’accord de transition. Mais sa mort, à la suite d’une longue maladie, laisse un grand vide. Reste à savoir comment son parti, l’U.d.p.s, va gérer sa succession, en cette période de transition où l’on négocie encore la formation du gouvernement, après l’accord signé grâce à la médiation des évêques.

Joël NSONI

Informations supplémentaires