Maison d’arrêt centrale de Brazzaville : Evasion de plus de deux cents détenus dont quelques uns ont été rattrapés

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La Maison d’arrêt centrale de Brazzaville, l’unique centre carcéral qui héberge aujourd’hui une population dépassant largement ses capacités, a connu, jeudi 29 décembre 2016, un événement spectaculaire relatif à une mutinerie et à une évasion collective de plus de deux cents détenus. Tout est parti des coups de feu entendus à l’intérieur même de la grande prison, aux environs de 15h16 mn.

Puis, des prisonniers ont commencé à sortir, du côté du Palais de justice. Des rafales d’armes automatiques, tirées par les policiers aux alentours de la Maison d’arrêt, ont créé la panique dans la zone. Selon le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, André Gakala-Oko, qui en a fait le point dans la soirée, cette évasion s’est soldée par trois morts, dont un gendarme et quatre blessés. Il a précisé que tous les prisonniers évadés ont été rattrapés et ramenés à la Maison d’arrêt.

Emoi, frayeur, stupéfaction, panique, peur et débandade! C’est le moins que l’on puisse dire du climat qui a prévalu l’après-midi du jeudi 29 décembre, au centre-ville de Brazzaville, dans les environs de la Maison d’arrêt centrale. Les Brazzavillois étaient surpris par le crépitement d’armes de guerre, en plein centre-ville, à l’heure où la situation d’insécurité dans le Pool hante les esprits. Des rumeurs se sont répandues: certains parlaient d’une attaque des rebelles ninjas-nsiloulous; d’autres évoquaient une évasion des prisonniers à la Maison d’arrêt. Cette dernière version était, finalement, la bonne.
A l’origine, une altercation entre les parents venus apporter à manger à Paulin Makaya, un homme politique de l’opposition, détenu à la Maison d’arrêt, et un responsable de l’administration pénitentiaire qui aurait menacé de les incarcérer. La rixe qui s’en est suivie a coïncidé avec l’heure où les détenus sont en corvée. Dans la foulée, un détenu aurait frappé une grosse pierre à la tête d’un gendarme surveillant les prisonniers et s’est emparé de son arme, au moment où celui-ci s’est écroulé. Un autre gendarme a voulu intervenir et il a été abattu froidement. C’est ainsi que les détenus ont commencé à s’évader, en sortant du côté de la clôture mitoyenne avec le Palais de justice, pendant que des armes à feu crépitaient, provoquant une débandade générale. Il faut dire que dans les rues qui entourent la Maison d’arrêt et le Palais de justice, il y a une ceinture de sécurité constituée de policiers et de militaires.
Expliquant les faits à la presse, le procureur de la République, après concertation avec les ministres Pierre Mabiala et Thierry Lézin Moungalla, a laissé entendre que cette situation est due au fait que certains détenus ont agressé des gendarmes en service à la Maison d’arrêt. «Ces détenus se sont emparés de quelques armes affectées au service pénitentiaire de la Maison d’arrêt centrale de Brazzaville. Ils se sont mis à tirer dans tous les sens, provoquant ainsi un climat de panique à la Maison d’arrêt et ses environs. Profitant de la confusion ainsi créée, ils ont froidement abattu un gendarme et emporté quelques armes. Ce qui a provoqué l’évasion de certains détenus. Grâce au déploiement de la Force publique, ces individus ont été rattrapés et réintégrés à la Maison d’arrêt», a dit André Gakala-Oko.
Le bilan de cette évasion fait état de «trois morts, dont un gendarme, un prisonnier et un civil tué par un mutin dans sa cabale». Il y a eu, également, quatre blessés, dont trois mutins et un civil, a poursuivi le procureur de la République, qui a ordonné, suite  à la gravité des faits, l’ouverture d’une enquête, afin de dégager les responsabilités.
Signalons qu’un corps serait également découvert, le lendemain 30 décembre, vers le cimetière des victimes du Dc 10 d’U.t.a, situé à côté de la Maison d’arrêt.
Reste à savoir si tous les détenus ont été réellement rattrapés. Car, de ce qu’on en a entendu, certains ont réussi à s’échapper, en prenant des taxis et à disparaître dans la ville. D’autres s’étaient cachés dans la forêt de la Patte d’oie et les quartiers environnants. Par ailleurs, dans la confusion qui a régné, des personnes innocentes ont été attrapées par les agents de la Force publique, et placées à la Maison d’arrêt. Elles devraient être relâchées, après les vérifications de l’administration pénitentiaire.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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