Assemblée nationale: séance de questions orales au gouvernement avec débat : «Le vivre-ensemble n’est pas une thématique machiavélique»

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L’assemblée nationale a tenu, mardi 13 décembre 2016, au Palais des congrès, à Brazzaville, sous la direction du président Justin  Koumba, une séance de questions orales au gouvernement avec débats, consacrée, essentiellement, aux questions ci-après: le vivre-ensemble, l’école, le déficit du personnel enseignant, le phénomène criminel des bébés noirs, la rupture des antirétroviraux, la dépendance alimentaire, l’occupation du domaine public, etc. Le gouvernement était conduit par son chef, Clément Mouamba.


Répondant à une question du député de l’opposition Pascal Tsaty-Mabiala sur les marqueurs référentiels de son gouvernement qui permettent de construire une Nation et qui confirmeraient le vivre-ensemble, Clément Mouamba a répliqué que le vivre-ensemble n’est pas une thématique machiavélique: «C’est une préoccupation saine. Il n’est ni une...ni une échappatoire, encore moins un refus du dialogue. C’est une nécessité, une philosophie et un processus qui doit être alimenté par les actes destinés à construire une nation toujours belle, plus prospère, plus juste et plus solidaire».
N’eut été l’astuce trouvée par le président de l’assemblée nationale, Justin Koumba, pour réduire le nombre des questions posées par les députés, la séance qui s’est déroulée dans un climat de sérénité imperturbable, allait durer plus longtemps. En effet, 32 questions formulées par 19 députés à l’endroit de 12 membres du gouvernement ont été reçues par le bureau de l’assemblée nationale qui, en fin de compte, n’a retenu que 10 questions. Et pour cause, «le gouvernement devrait avoir une importante activité, à 14h», avait précisé Justin Koumba, pour justifier l’option choisie. La séance a pris fin à 15h55.
Les préoccupations des députés ont porté sur la notion de «vivre-ensemble, un simple slogan, pour meubler les discours ou une réelle volonté de construction de la nation congolaise», posée par Pascal Tsaty-Mabiala; «les stratégies pour enrayer la dépendance alimentaire du Congo qui dépense plus de 140 milliards de francs Cfa pour importer de la nourriture», par Jean Daniel Ovaga; «les dispositions sécuritaires prises pour éradiquer le phénomène des bébés noirs», par Rigobert Sapin Banzani, «le déficit des enseignants et le nombre de ceux recrutés par l’administration Makosso à la Fonction publique», par Gabriel Bokoumaka, «le défaut de disponibilité des antirétroviraux», par Philibert Malonga, etc.
Partageant la thématique du vivre-ensemble, le Premier ministre Clément Mouamba a pensé que celui-ci est une quête sociétale permanente qui ne peut pas être abordée ni dans la solitude, ni dans la démagogie, encore moins dans la compromission. Pour lui, la philosophie du vivre-ensemble est posée par la nécessité de réagir face aux risques de fractures sociales et de la décomposition de l’esprit républicain. «Les Congolais doivent se parler sans tabou sur tous les sujets qui concernent la vie nationale», a-t-il indiqué. Par conséquent, «le vivre-ensemble ne peut pas être un gadget, comme l’a dit l’auteur de la question. C’est une attente, pour ne pas dire une demande sociale. Il concerne tous les Congolais et les étrangers qui vivent au Congo. La volonté de mon gouvernement est de protéger ce vivre-ensemble dans un programme d’actions qui fixe le contexte et les conditions de leur réalisation», a fait comprendre Clément Mouamba.
Pour le premier ministre, le vivre-ensemble au Congo n’est pas galvaudé, ni une thématique machiavélique. «C’est une préoccupation saine. Il n’est ni une...  ni une échappatoire, encore moins un refus du dialogue. C’est une nécessité, une philosophie et un processus qui doit être alimenter par les actes destinés à construire une nation toujours beau, plus prospère, plus juste et plus solidaire», a expliqué Clément Mouamba.
Interrogé sur la dépendance alimentaire du Congo à l’étranger, le ministre d’Etat  Henri Djombo a laissé entendre que le pays est obligé de recourir aux importations alimentaires qui lui coûtent 500 milliards de francs Cfa par année. Et selon lui, la situation va en s’aggravant. «Il faut une stratégie nationale qui affranchira le pays de sa dépendance et préservera sa souveraineté alimentaire. Nous avons décidé de mener un programme sur trois ans avec des actions prioritaires», a-t-il dit. Pour lui, il ne faut pas rêver. «S’il n’y a pas financement, continuons à importer, dépenser de l’argent pour enrichir les autres pays, créer des emplois ailleurs, alors que nous nous plaignons ici du chômage des jeunes. N’ayons pas peur de financer les activités agricoles, de nous endetter, pour financer l’agriculture».
S’expliquant sur la délinquance ou la criminalité des groupes appelés «bébés noirs», le ministre de l’intérieur, Raymond Zéphirin Mboulou, a, d’entrée de jeu, reconnu l’existence de ce phénomène qui regroupe des enfants âgés de 11 à 17 ans. «Ils se sont appelés bébés, parce qu’ils sont mineurs et noirs, parce qu’ils sont capables de commettre des actes antisociaux, qui restent impunis, à cause la minorité de leur âge», a-t-il fait savoir.
Venant d’horizons divers, ces mineurs posent des actes attentatoires à l’ordre public. Le ministre de l’intérieur a rejeté la responsabilité de leurs actes, non pas à l’Etat qui ne crée pas les conditions de leur insertion sociale, mais plutôt aux parents qui, selon lui, ne savent pas éduquer, en laissant leurs enfants dans la rue. «A ce jour, dix groupements sont dénombrés, au niveau des services de sécurité. Ils ont des écuries que la police recherche toujours. Instructions a été donnée à la Force de police de prendre ces adolescents, mais également de sanctionner les parents. Plus de 400 jeunes ont été interpellés et présentés devant le procureur de la République. Malheureusement, la plupart d’entre eux ont été relaxés, compte tenu de leurs âges», a révélé Raymond Zéphirin Mboulou.
Conscient du fait que la réponse policière est urgente, mais peu efficace, le ministre de l’intérieur a annoncé comme mesures, pour éradiquer ce phénomène, la mise en place des programmes de prévention de la petite et de la grande délinquance juvénile, de prise en charge et d’insertion.
Sans donner plus de détails sur le chiffre des enseignants recrutés à la Fonction publique, pendant qu’il est à la tête du Ministère de l’enseignement primaire et secondaire, Anatole Collinet Makosso a, plutôt, étalé les maux qui minent son département ministériel. Le déficit est de 20.000 enseignants, au total. Il compte sur le recensement physique en cours des agents de l’Etat, afin de dénicher quelques opportunités de recrutement. «Seuls 8000 enseignants occupent les salles de classe sur 31.000 attendus. Les autres ne sont que des vacataires et prestataires qui sont au nombre de 8500», a dit le ministre, qui a, aussi, décrié le manque de table-bancs, d’enseignants dans les disciplines scientifiques et le problème de sécurité dans les établissements, etc.
Très attendue sur le problème des ruptures des antirétroviraux, Mme Jacqueline Lydia Mikolo, ministre de la santé et de la population, a, simplement, déclaré: «C’est une réalité, nous n’allons pas dire le contraire», mais selon elle, cet état de chose n’est pas une fatalité. Entre-temps, les gens sont morts, à cause d’un certain nombre de pratiques déviantes des décideurs et cadres de ce Ministère. Sans évoquer les raisons de la rupture des stocks d’A.r.v qui, selon elle, sont connues, Jacqueline Lydia Mikolo a plutôt annoncé une série de mesures prises pour rendre disponibles les antirétroviraux. «Nous avons engagé des contacts avec les fournisseurs, pour regarder les modalités d’apurement de la dette antérieure et envisager les possibilités d’acquisition des A.r.v auprès des fabricants, directement, en lieu et place des intermédiaires», a signifié la ministre de la santé. Celle-ci a laissé entendre que la contrainte majeure de ces acquisitions réside dans le financement, soit 2 milliards 651 millions de francs Cfa par an, pour prendre en charge près de 30.000 personnes vivant avec le V.i.h, sans compter l’argent des réactifs, le bilan biologique et les automates.
Pour neutraliser les réseaux maffieux des ventes illicites d’A.r.v, la patronne de la santé a annoncé l’interdiction des spécifications sur les boîtes d’antirétroviraux qui seront, désormais, livrées au Congo. «Il s’agit d’un estampillage fait d’un drapeau congolais, avec les mentions République du Congo, Ministère de la santé et de la population, interdiction à la vente, sous peine de poursuites judiciaires», a-t-elle expliqué, tout en affirmant sa volonté de rendre transparente l’acquisition des A.r.v par la publication des appels d’offres.
Dans les répliques, le député Honoré Sayi est revenu sur le sujet des A.r.v, notamment les conteneurs de médicaments brûlés ou jetés à l’eau, au Port autonome de Pointe-Noire, faute de dédouanement et des conteneurs de médicaments trouvés à Brazzaville chez certains dirigeants sanitaires ou responsables de la santé publique, pendant que les malades meurent. De même que sur les conteneurs de tables-bancs scolaires commandées à l’étranger et égarés au port, pendant que les élèves s’assoient à même le sol, dans les salles de classe. «Le gouvernement, malgré lui, dit certaines choses, c’est une réalité affligeante», a-t-il dit.
Pascal Tsaty-Mabiala a proposé l’élaboration d’une loi de programmation scolaire sur cinq ans, qui prendrait en compte tous les problèmes qui gèrent notre école pour la remettre au niveau où elle était il y a quelques années. Il a proposé aussi la mise en place d’un pacte national, pour codifier le vivre-ensemble qui «doit avoir une interaction avec la Nation». Le député Pascal Léyinda a rappelé, pour sa part, les propos du ministre d’Etat Gilbert Ondongo qui disait, à l’hémicycle, que le pays était en surliquidité. «La chute du prix du baril de pétrole ne doit pas être un prétexte», a-t-il lancé.
Reprenant la parole, le Premier ministre a balayé l’ensemble des questions et a remercié les députés pour leurs questions. Le président de l’assemblée nationale a clôturé la séance, après avoir fait la synthèse des débats.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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