Finances publiques : Qu’en est-il exactement du compte des réserves pour les générations futures?

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Depuis quelques jours, un sujet a surgi dans le débat politico-économique national et préoccupe l’opinion, en raison de sa sensibilité. Le sujet tient en une phrase: «Le Congo ne dispose d’aucune réserve financière». Cette petite phrase lâchée dans l’enceinte du parlement, par le ministre des finances, du budget et du portefeuille public, a suffi pour secouer les esprits, aussi bien parmi les élus que les journalistes présents dans la salle.

Le débat est sorti de l’hémicycle, pour occuper la rue où il alimente des conversations, soulève des controverses et des passions. Dans les bus, au marché, à l’Université et sur les lieux de travail, le sujet est retourné dans tous les sens. Le doute est créé dans les esprits sur l’existence réelle des réserves financières destinées aux  générations futures. Dans l’article suivant, nous avons pris le parti d’interroger les faits et les experts, afin d’apporter la lumière au débat.

Les communicants répètent à l’envie que «les faits sont sacrés, le commentaire libre». Le premier fait révélé par notre enquête est qu’en 2011, le gouvernement du Congo, fort de la grande masse d’argent générée par le pétrole, a décidé d’ouvrir, à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (B.e.a.c), un compte destiné aux générations futures. Nous avons vérifié auprès de la Banque centrale l’existence dudit compte. Nous avons obtenu la preuve de son existence et appris aussi qu’il était alimenté uniquement par les excédents budgétaires, de 2011 jusqu’en 2013, dernière année de l’embellie financière du pays.
Le deuxième fait est qu’à partir de 2014, quand le baril du pétrole a amorcé sa descente en cascade, le Congo n’a plus alimenté le compte de réserves, parce qu’il n’enregistrait plus d’excédents budgétaires. Toutefois, le Congo a pu résister à la crise qui avait éclaté en 2014, sans recourir à un endettement public excessif.
Pour en savoir davantage, nous nous sommes procuré le dernier rapport de la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), qui est un rapport public portant sur «La conjoncture économique et financière difficile dans les pays de la Cemac: diagnostic et pistes de solutions».
Dans ce rapport présenté à la conférence des Chefs d’Etat des pays de la Cemac, tenue à Malabo, en  Guinée Equatoriale, le 30 juillet 2016, on peut lire: «S’agissant des financements budgétaires, il convient, tout d’abord, de relever que la gestion essentiellement pro-cyclique des finances publiques menée jusqu’ici par les Etats à la faveur de la conjoncture pétrolière particulièrement favorable, a conduit à un assèchement généralisé de la trésorerie publique. Ainsi, à l’exception du Congo, en 2012 et 2013, aucun pays de la sous-région ne s’est constitué une épargne financière susceptible d’être utilisée aujourd’hui, malgré toute une décennie de prix élevés du pétrole et de croissance soutenue». Ainsi, il est clairement établi que le Congo est le seul pays de l’espace Cemac à avoir su épargner une partie de la manne pétrolière, pour garantir ses lendemains.
Selon les preuves que nous avons obtenues, le troisième fait est que le compte des réserves existe encore à la Banque centrale, même s’il n’affiche plus le même niveau qu’au début de l’année 2015. Crise oblige, en 2015 et encore en 2016, face à certaines urgences, il y a eu quelques retraits. Le solde demeure néanmoins créditeur. Voilà pour les faits et les dires des experts.
En conclusion, le compte destiné aux générations futures, loin d’être une vue de l’esprit, est plutôt une réalité objectivement vérifiable, puisqu’il est domicilié à la Banque centrale. Seulement, une question fondamentale se pose et s’impose: «Combien de temps tiendra-t-il encore?»

Juste Teddy YOUNGA
Journaliste économiste chercheur

Informations supplémentaires