Céphas Germain Ewangui, coordonnateur national de la Fecodho : «La C.p.i apparaît comme une bouée de sauvetage, pour les victimes africaines des crimes de guerre»

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Coordonnateur national de la Fecodho (Fédération congolaise des droits de l’homme) et président de l’A.p.s.t (Association panafricaine Thomas Sankara),  O.n.g jouissant d’un statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et membre de la Coalition internationale pour la Cour pénale internationale, Céphas Germain Ewangui aborde, dans l’interview qu’il nous a accordée, le sujet qui a surgi dans l’actualité africaine, depuis que le Burundi et d’autres pays africains ont demandé de sortir de la C.p.i.

 

* Monsieur le coordonnateur national de la Fecodho, comment réagissez-vous à la perspective du retrait du Congo de la C.p.i, demandé par certains partis politiques?
** A ma connaissance, cette perspective n’est pas d’actualité, tout au moins pour  l’instant. Il y a eu deux organisations à vocation politique qui ont organisé une marche anti-C.p.i, pour déposer, à la fin, un manifeste au gouvernement, par le biais du ministre de la justice, demandant aux autorités publiques d’engager une démarche de sortie du Congo de la C.p.i. Le ministre Pierre Mabiala en a pris acte. Mais, en réalité, cela ne suffit pas pour parler d’une perspective quelconque de sortie du Congo de cette noble institution judiciaire mondiale.
Il y a quelques jours, un autre membre du gouvernement, le ministre Elvis Okombi-Tsalissan, reçu par le journaliste Jean-Claude Kakou, sur le plateau de Télé-Congo, a développé une thèse contraire. Il s’agit, donc, des positions individuelles qui n’engagent que leurs auteurs et pas le gouvernement, tout au moins pour l’instant.

* Mais, si le gouvernement prenait l’option de claquer la porte de la C.p.i, comment vivrez-vous cela, en tant qu’O.n.g de défense des droits de l’homme?
** Les Etats ont souverainement le droit d’adhérer et de se retirer. C’est, par exemple, le cas des Etats-Unis d’Amérique. Le gouvernement de notre pays a pris part à la conférence diplomatique de juillet 1998, à Rome, en Italie, à l’origine de la création de la C.p.i par l’adoption de son texte fondateur, appelé «statut de Rome».
Pour nous, notre pays, le Congo, doit être fier d’être membre fondateur de cette noble institution judiciaire internationale qui sert, aujourd’hui, de rempart dans la lutte contre l’impunité des auteurs des crimes de masse, des crimes graves, comme les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Il s’agit, là, de l’aboutissement d’une longue lutte, d’un long processus pour parvenir à une juridiction internationale permanente, en lieu et place des juridictions d’exception ou ad hoc, comme celles de Nuremberg, de Tokyo, de l’ex-Yougoslavie et du Rwanda. A un moment où l’on tient à avancer à pas de géant vers la primauté du droit à l’échelle planétaire, notre pays n’a pas intérêt à ramer à contre-courant. Au contraire, de par l’envergure du charisme du Chef de l’Etat congolais, Son Excellence Denis Sassou-Nguesso, le Congo peut prendre le leadership, pour faire avancer vers cet idéal majeur d’une justice internationale profitant aux victimes d’actes de barbarie à travers le monde.

* On reproche à la C.p.i, comme vous le savez, de ne s’intéresser qu’à l’Afrique. Cet argument, selon vous, ne peut-il pas justifier le retrait des pays africains de la C.p.i?
** Ce qui devrait nous gêner tous, ce n’est pas le nombre d’Africains jugés par la C.p.i, mais l’impunité qui règne en maître sur le continent. L’impunité des auteurs des crimes de masse, des crimes de guerre,  de génocide, etc. L’impunité même des crimes économiques qui ont des répercussions dramatiques sur des millions et des millions de vies humaines. Ce qui devrait, en principe, nous gêner, c’est de constater la quasi-défaillance de nos systèmes judiciaires nationaux; défaillance à laquelle les peuples paient un lourd tribut. Face à cela, la C.p.i apparaît comme une bouée de sauvetage, pour les victimes africaines, dans un monde en quête de justice et de dignité inhérente à tout être humain.
Maintenant, pour répondre précisément à votre question, l’on note que 80 ou 90% des dossiers traités par la C.p.i concernent l’Afrique. Mais, n’oublions pas que 70 ou 80% des cas traités à la C.p.i sont le fait des pays concernés qui ont sollicité l’intervention de la C.p.i, comme la RDC et la Côte d’Ivoire. A près d’une décennie d’existence, la C.p.i doit, plutôt, être aidée par les Etats parties à prendre suffisamment de la hauteur et même sa vitesse de croisière. C’est une dynamique, tout un processus visant à mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale et non seulement l’Afrique. Mais déjà, tant mieux, si les auteurs de ces crimes en Afrique sont les premiers à être traqués.

* Il y a aussi des critiques sur le rôle paradoxal des Etats-Unis d’Amérique qui ont retiré leur signature et qui interfèrent dans le fonctionnement de la C.p.i. Juste ou faux?
** Là, c’est vraiment un problème! L’assemblée des Etats parties doit agir pour trouver une solution adéquate. Vous parlez des Etats Unis, mais il y a aussi la Russie, la Chine, donc  trois des membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies, dont le rôle est déterminant dans les procédures de saisine ou de dessaisissement de la cour, alors qu’il n’ont tous pas ratifié le statut de Rome et donc ne sont pas membres.
En plus, une loi adoptée au sénat américain demande au Président de ce pays d’utiliser tous les moyens appropriés dont disposent les Etats-Unis, pour aller récupérer tout citoyen américain retenu quelque part, pour être traduit devant la C.p.i. Il s’agit des incongruités auxquelles les Etats doivent trouver des solutions. Il y a encore des épines à franchir pour l’essor de la Cour pénale internationale. Mais, croyons-nous, les Etats africains doivent lutter de l’intérieur, c’est-à-dire au niveau de l’assemblée des Etats parties, pour trouver des solutions aux problèmes qui concernent la C.p.i et non de quitter, car cela ressemble à une fuite en avant.
 
* Le 10 décembre de ce mois,  la communauté internationale célèbre le 68e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un commentaire?
** La Fécodho a prévu une distribution de dix mille exemplaires de la Déclaration universelle des droits de l’homme, à cette occasion. Disons aussi que c’est un moment propice pour tous, de se rappeler les principes de cette déclaration et de réaffirmer et peut-être de renouveler notre attachement à ses principes fondamentaux.

Propos recueillis par Joël NSONI

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