Journée mondiale de lutte contre le Sida : Le Congo pris en flagrant délit de rupture des antirétroviraux!

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Le 1er décembre de chaque année est connu, depuis près de trois décennies, comme la date de la célébration de la journée mondiale de lutte contre le sida. A l’approche de cette date, chaque pays, particulièrement les pays africains très touchés par la pandémie, se préparent pour la célébrer. Cette année, son thème est: «Levons la main pour la prévention du V.i.h». Consacrée à la sensibilisation intense sur la pandémie du sida, cette journée a surpris le Congo, cette année, dans une situation de rupture du stock des anti-rétroviraux, pénalisant énormément les personnes qui en ont besoin.

C’est comme si le Congo a été pris en flagrant délit de manquement à un de ses devoirs régaliens: celui d’assurer la disponibilité du médicament à ses habitants. Pire, comme si les autorités congolaises étaient hypnotisées face à cette menace qu’est le sida que l’humanité n’a pas encore vaincue, aucune manifestation officielle ou des actions d’information, de prévention et de sensibilisation n’ont été organisées du côté des pouvoirs publics. Incroyable, mais vrai!

Pas de banderoles, ni d’affiches, encore mois de campagne de sensibilisation dans la ville- capitale, à l’occasion de la journée mondiale contre le sida! C’est le triste constat qu’on pouvait faire le 1er décembre dernier. Seules quelques associations de lutte contre la célèbre pandémie ont organisé des campagnes de sensibilisation en direction des élèves des lycées, à Pointe-Noire et Brazzaville. Au Ministère de la santé et de la population, Mme Jacqueline Lydia Mikolo a, simplement, organisé une séance de travail  avec les différents partenaires impliqués dans cette lutte, à savoir: l’Onusida et l’O.m.s.

Le Congo officiel semble tourner le dos à la lutte contre la V.i.h-sida. Le phénomène de rupture de stocks d’antirétroviraux est devenu récurrent, depuis quelques années, tombant ainsi dans une polémique qu’on aurait pu éviter entre les pouvoirs publics et la société civile. Une situation qui inquiète les Congolais et surtout les séropositifs de plus en plus désespérés, désemparés  et angoissés de voir la mort venir à grand pas vers eux. Combien sont-ils déjà emportés par cette situation?
C’est dans ce contexte tourmenté que la ministre de la santé et de la population a pris la décision de suspendre cinq directeurs généraux, en les renvoyant à leurs administrations d’origine. Parmi eux, Alexis Elira Dokekias, directeur général des hôpitaux et des organisation des soins; Obengui, directeur général de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies; Nicolas Ngoubili,  directeur général de l’infrastures et des équipements médicaux; Contrant Ondzotto, directeur général de l’administration, de la règlementation et des ressources financières, Jean-Bertin Mouankie, directeur général des médicaments, des laboratoires et des pharmacies.  La dégradation dans le domaine de la lutte contre le sida s’était déjà manifestée à travers le malaise persistant au C.n.l.s (Conseil national de lutte contre le sida), structure mise en place par l’Etat pour assurer la coordination de la riposte congolaise contre la maladie. La riposte est elle-même devenue une sorte de mouroir: les agents y sont sans salaire, depuis plus de vingt mois. Le bâtiment abritant le siège du conseil est toujours fermé. A l’orée de la Journée mondiale de lutte contre le Sida, ils avaient projeté un concert de casseroles et une marche pacifique qui n’a plus eu lieu. Le gouvernement n’aime pas les Congolais qui font du bruit quand ça ne marche pas. Il faut rester tranquille chez soi et c’est ce que ces travailleurs ont fait.
Les maux ont commencé, raconte-t-on, à la suite d’un différend né entre le C.n.l.s et le Ministère de la santé autour d’un bras de fer sur l’achat des antirétroviraux et sur les contrariétés d’une ligne budgétaire affectée au C.n.l.s par le Ministère de la santé qui exigeait, désormais, que lumière soit faite sur le statut des salariés du S.e.p (Secrétariat exécutif permanent) de cette structure. Sur le terrain, depuis des mois, en effet, les activités de prévention ont disparu. Les associations affectées à la tâche grâce au partenariat avec le S.e.p/C.n.l.s n’ont plus tenu des opérations de prévention, par manque de financements.
Des experts craignent ainsi une montée de l’épidémie et de la séroprévalence de la maladie qui se situe à 3,2%, selon les données publiées en 2009, suite à une enquête sur les indicateurs du sida. Après cinq ans, selon les textes, une autre enquête du genre devrait être effectuée, mais rien n’a été fait. L’absence de financement explique tout, à en croire un spécialiste du C.n.l.s.
Les personnes vivant avec le V.i.h ne sont pas restées bouches fermées devant la triste situation. Déjà affectées par les ruptures intempestives de certaines molécules d’antirétroviraux, elles dénoncent une «anomalie grave» aux multiples conséquences.
Ces malades du sida signalent, par ailleurs, un manque de réactifs pour le suivi biologique, tel que prévu dans le dispositif de soins et de prise en charge. De même, depuis plus d’un an, les P.v.v.i.h ne font presque pas d’examen de comptage de la charge virale destiné à mesurer la quantité du virus dans le sang. Dans les hôpitaux et cliniques, il est également signalé l’absence, depuis plus d’une année, d’un examen nommé test P.c.r que l’on fait sur des nouveaux-nés, afin de savoir s’ils sont séropositifs ou séronégatifs. «De 2011 à ce jour, nous sommes en train d’assister à un délabrement progressif du dispositif mis en place avec l’effort de tous et personne ne peut imaginer les lourdes conséquences que le pays court», faisait remarquer il y a plusieurs mois déjà Thierry Maba, vice-président de l’A.j.p.c (Association des jeunes positifs du Congo).
Dans le cadre du suivi des activités du C.c.n (Comité de coordination national des projets financés par le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme), une délégation du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme a séjourné à Brazzaville, du 14 au 18 novembre dernier. A l’issue d’une réunion tenue avec les membres du C.c.n, sous la direction du Dr Benjamin Atipo, le Congo a été épinglé pour le non-respect de son engagement, particulièrement en matière du financement des stocks d’antirétroviraux, pour les personnes atteintes de V.i.h. Or, la prochaine subvention du fonds mondial est conditionnée par le respect des engagements des parties. «Nous sommes venus pour faire le suivi d’un certain nombre de points identifiés dans la gestion des subventions du Fonds mondial. Au cours de cette réunion du C.c.n, le Fonds mondial a exprimé plusieurs préoccupations importantes. La première préoccupation majeure, c’est le problème de disponibilité des médicaments antirétroviraux pour les adultes que le gouvernement du Congo s’est engagé à financer, en contrepartie au programme financé par le Fonds mondial. Le Fonds mondial a exprimé sa préoccupation et son souhait de pouvoir être témoin d’un signal fort de la part du gouvernement du Congo, dans un futur proche, afin que les patients vivant avec le V.i.h au Congo puissent avoir accès au traitement antirétroviral gratuit, tel qu’il est prévu», avait fait savoir Mme Cécile de la Rupelle, gestionnaire du portefeuille du Fonds mondial pour le Congo.
Les personnes atteintes du V.i.h-sida estiment, quant à elles, être en danger, à cause de la situation anormale qui prévaut à la centrale d’achat des A.r.v. (Anti-rétroviraux). Cela fait quatre mois qu’il y a rupture des stocks. Trop, c’est trop, pensent les malades. Le risque de nombre d’entre eux est grand de couper leur traitement dont dépendent leurs vies. Par le truchement du Renap (Réseau national des positifs du Congo), les personnes atteintes donnent deux semaines  au gouvernement pour approvisionner la centrale d’achat des A.r.v, sinon, elles vont faire entendre leur voix et, au besoin, déclencher la grève de la faim, pour faire observer le droit au traitement régulier par les A.r.v.
Dans une lettre adressée, en date du 7 septembre 2016, à Brazzaville, à Mme Jacqueline Lydia Mikolo, ministre de la santé et de la population, le président de la Fecodho (Fédération congolaise des droits de l’homme), Céphas Germain Ewangui, exprime sa vive indignation face à la rupture de la fourniture des Antirétroviraux, aux personnes souffrant du V.i.h-sida. En réaction, le gouvernement a réceptionné, vendredi 2 décembre 2016, à l’Aéroport international Maya-Maya, un premier lot  de 250 cartons d’antirétroviraux, pour répondre aux sollicitations des personnes vivant avec le V.i.h, pendant au moins trois mois.
Etablie en 1988 par l’O.m.s (Organisation mondiale de la santé) et approuvée par l’assemblée générale des Nations unies, la journée mondiale de lutte contre le sida est l’occasion d’une mobilisation mondiale contre le V.i.h-sida, où des actions d’information, de prévention et de sensibilisation sont conduites. Aujourd’hui, plus de 41 millions de personnes, à travers le monde, sont séropositives et sidéennes, dont un  bon nombre de Congolais, mais qui sont privés d’anti-rétroviraux, à cause de problème de gestion.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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