A propos de la guerre du 5 juin 1997 : Ancien ministre de la défense, Pascal Tsaty-Mabiala dit sa part de vérité

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Ancien ministre de la défense du Président Pascal Lissouba et premier secrétaire de l’U.pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), le parti au pouvoir de 1992-1997, Pascal Tsaty-Mabiala entend rétablir les événements sanglants de 1997 dans leur contexte, afin de répondre, selon lui, «aux arguties de la presse fanatisée du P.c.t». D’après lui, depuis un certain temps, les dirigeants au pouvoir rivalisent d’ardeur dans la manipulation des médias publics au sujet de la triste et douloureuse guerre du 5 juin 1997 qu’ils attribuent au président Pascal Lissouba.

«L’U.pa.d.s, qui a longtemps refusé de répondre à cette provocation inutile, au nom de la réconciliation nationale, se voit dans l’obligation de restituer les faits et au peuple congolais d’en juger», a-t-il dit à ses militants et aux journalistes invités à la conférence de presse marquant l’entrée politique de ce parti, samedi 26 novembre 2016, à son siège, au quartier Diata, dans le premier arrondissement de Brazzaville. Voici sa lecture des faits à l’origine de la guerre de juin-octobre 1997.
«Après la Conférence nationale souveraine de 1991, Pascal Lissouba, régulièrement élu président de la République, est investi le 31 août 1992. N’ayant pas pu obtenir les postes ministériels qu’il réclamait au président démocratiquement élu, le P.c.t conclut, le 30 septembre 1992, avec cinq autres partis, l’alliance U.r.d-P.c.t et apparentés. Interprétant à sa compréhension l’article 75 de la Constitution du 15 mars 1992, la nouvelle alliance demande au Président de la République la démission du gouvernement, en réclamant le poste de Premier ministre. Pour ce faire, ses dirigeants déposent une motion de censure contre le gouvernement de Maurice Stéphane Bongho-Nouara, qui est, finalement, votée le 31 octobre par la coalition de l’opposition. Dans le but de rechercher une solution constitutionnelle à la crise ainsi née, le Président Pascal Lissouba, s’appuyant sur l’article 81 de la même Constitution, dissout l’assemblée nationale, en demandant au gouvernement de gérer les affaires courantes, jusqu’à la tenue des élections législatives anticipées prévues dans les 45 jours. En réaction, l’opposition constituée de l’U.r.d-P.c.t et apparentés, déclare le décret de dissolution de l’assemblée nationale anticonstitutionnel, le qualifiant de nul et de nul effet, en appelant ouvertement à la guerre civile et invite les Congolais à la désobéissance civile. Les militants de cette opposition érigent des barricades dans certains quartiers de Brazzaville. Dans la matinée du 30 novembre 1992, les leaders de cette coalition, dont le Président actuel, organisent une marche dite pacifique en direction du Palais présidentiel, pour exiger le rétablissement de l’assemblée nationale avec nomination du Premier ministre issu de leur rang, ou à défaut la démission du Président de la République. A quelques mètres du palais, précisément au rond-point du Centre culturel français, les partisans armés de l’opposition tirent sur les éléments de la sécurité présidentielle qui sont obligés de se défendre. Bilan de cette agression: trois morts. La guerre du 5 juin 1997 se profilait déjà.
Et s’agissant de la guerre elle-même, comme chacun le sait, c’est simplement un alibi ayant servi de complot monté par les lobbies pétroliers français. Cette guerre imposée au Président Pascal Lissouba commence, en réalité, à Owando, le 10 mai 1997. Ce jour-là, les partisans de Monsieur Jacques Joachim Yhombi-Opango, lui-même en séjour dans cette localité, s’opposèrent à l’entrée de Monsieur Denis Sassou-Nguesso en tipoye dans cette ville. Un militaire en service proche de l’ancien Premier ministre est abattu par la garde de l’ancien Président. Dans l’ensemble, les événements d’Owando entraînent une dizaine de morts.
Pour résorber la crise et en présence de Monsieur Federico Major, directeur général de l’Unesco, les dirigeants politiques congolais signent un code de bonne conduite, le 31 mai 1997, appelé: «Engagement solennel pour l’élection présidentielle du 27 juillet 1997». Malheureusement, le 2 juin, les miliciens de l’ancien Président de la République tendent une embuscade, aux environs d’Oyo, contre la garde du Premier ministre Jacques Joachim Yhombi-Opango. Du véhicule mitraillé, on compte 4 morts.
Le 4 juin, le gouvernement décide de poursuivre en justice les auteurs des tueries d’Owando et d’Oyo. Un mandat d’amener est signé par le procureur général près la Cour suprême. Le 5 juin, à 5h du matin, alors que les personnes en cause sont signalées au domicile privé de l’ancien Président de la République, à Mpila, des blindés légers se présentent devant sa résidence. Des officiers de police judiciaire discutent avec les occupants, pour obtenir l’accès dans la concession, en vue d’une perquisition aux fins d’exécution du mandat d’amener. A 6h du matin, les bandits se trouvant dans la concession dont il s’agit réagissent et le premier coup de feu est tiré à partir de la résidence, avec une lance-roquette qui finit par détruire un blindé qui est posté au rond-point menant vers sa résidence. Fait curieux, les partisans de l’ancien Président de la République se mirent aussitôt à tirer à l’arme automatique dans les quartiers Nord de Brazzaville, notamment à Ouenzé, à Talangaï et à Poto-Poto.
En réaffirmant, à chaque fois, sans scrupule, que les éléments de l’Etat-major général commis à la garde de l’ex-chef d’Etat se trouvaient simplement en situation de légitime défense, les dirigeants du P.c.t et leurs fanatiques de journalistes n’expliquent pas pourquoi l’ancien Président de la République et sa milice bien armée se sont comportés en véritables hors-la-loi, prenant possession de la zone Nord et organisant des meetings séditieux, pour défier l’autorité de l’Etat.
Comment expliquent-t-ils, en outre, que le Président Denis Sassou-Nguesso, qui n’avait officiellement droit qu’à cinq éléments de sécurité en tant qu’ancien Chef de l’Etat, se retrouve avec une multitude de rebelles ayant simultanément attaqué les casernes militaires, occupant presque tout le centre-ville, en si peu de temps? Il n’y a donc pas de doute à affirmer que le Président Pascal Lissouba était bien victime d’un coup d’Etat militaire minutieusement préparé de longue date. D’ailleurs, l’un des dirigeants d’Elf Aquitaine a, récemment, fait son mea-culpa, regrettant d’avoir aidé l’actuel Président de la République, à revenir au pouvoir par les armes, en 1997. Sans compter que certains alliés d’hier du Président Sassou-Nguesso ont écrit des livres pour le confirmer, chacun peut le vérifier».

Propos recueillis par
Cyr Armel YABBAT-NGO


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