C.p.o.c (Collectif des partis de l’opposition congolaise) : Sans réforme de la gouvernance électorale, pas d’élections législatives crédibles!

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Dans une conférence de presse donnée vendredi 18 novembre 2016, au domicile privé du président de ce groupement politique de l’opposition, Mathias Dzon, au centre-ville à Brazzaville, le collectif des présidents du C.p.o.c (Collectif des partis de l’opposition congolaise) a réitéré sa proposition de sortie de crise: «La tenue du dialogue inclusif, sous l’égide de la communauté internationale».

Il a également rappelé son exigence de renforcement de la gouvernance électorale. Pour le C.p.o.c, s’il n’y pas de réforme de la gouvernance électorale, «les élections législatives de 2017 seront comme celles de 2012: des nominations de députés par le pouvoir et non pas un choix par le peuple de ses représentants».
Devant les journalistes de la presse nationale et internationale, ils étaient quatre responsables des partis du C.p.o.c: Mathias Dzon, Jean Itadi, Christophe Moukouéké et Henri Boukoulou. D’entrée de jeu, le porte-parole du C.p.o.c, Christophe Moukouéké, a circonscrit la conférence de presse qui se tenait dans le contexte d’une situation internationale extrêmement difficile, marquée, entre autres, par la montée en puissance du terrorisme, la recrudescence des conflits socio-politiques (Syrie, Irak, Yémen, Soudan du Sud, Somalie, Ethiopie, Mali, Nigéria, etc.), l’exode massif des habitants des zones de conflit vers des zones de paix et de sécurité, l’errance macabre de nombreux migrants chassés de leurs pays d’origine par la misère et l’extrême pauvreté et en quête d’eldorados, le tripatouillage des constitutions et le maintien au pouvoir, par la force, de plusieurs dirigeants en Afrique subsaharienne, la chute drastique des cours des matières premières et l’effondrement des économies des pays producteurs, la détérioration vertigineuse de la situation sociale des couches défavorisées, le désir de démocratie, d’Etat de droit, de paix, de sécurité et de justice sociale des peuples de par le monde.
Au plan national, le C.p.o.c s’est montré critique sur le projet de loi portant statut de l’opposition, introduit au parlement par le gouvernement, et qui instaure le principe de la nomination du chef unique choisi dans le parti de l’opposition qui aura obtenu le plus grand nombre de députés après le parti ou le groupement politique majoritaire, à l’issue des élections législatives.
A ce sujet, le collectif rappelle que sur le plan des principes, dans une démocratie digne de ce nom, les partis politiques se créent sur la base de doctrines politiques, économiques et sociales déterminées. «Au Congo-Brazzaville, les partis qui se réclament de l’opposition n’adhèrent pas tous aux mêmes doctrines et ne poursuivent pas tous les mêmes objectifs politiques. L’opposition congolaise est plurielle. Les tendances qui la composent adhèrent à des idéologies différentes et ne défendent pas les mêmes positions sur les grands problèmes nationaux et internationaux», a-t-il rappelé. Le collectif estime que dans un tel cas de figure, «il ne saurait y avoir un chef unique de l’opposition, mais un chef pour chaque tendance de l’opposition, ce dernier faisant office de porte-parole de sa tendance. Par ces motifs, le C.p.o.c dit résolument non à la nomination par le gouvernement d’un chef unique de l’opposition», a-t-il précisé.
Mais, en revanche, le collectif marque son accord «pour l’élaboration consensuelle et l’adoption d’un statut particulier de l’opposition, garantissant à cette dernière, le libre exercice de ses activités, la liberté d’aller et de venir, la liberté de réunion, de cortège et de manifestations pacifiques, le libre accès aux médias et aux espaces publics de réunion, l’accès juste et équitable au financement public, la participation équitable à toutes les phases du processus électoral, la sécurité et l’intégrité physique de ses dirigeants et de ses militants, bref, la reconnaissance du droit à la différence, la tolérance, l’arrêt de toutes les tracasseries et vexations contre les acteurs politiques de l’opposition».
A propos des élections législatives, le collectif a rappelé que l’expérience historique montre que la plupart des conflits qui déchirent l’Afrique subsaharienne aujourd’hui ont pour cause immédiate, les élections truquées et mal organisées... C’est pourquoi, pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, le collectif estime qu’avant de lancer les opérations relatives aux élections législatives de 2017, il «faut, impérativement et préalablement, refonder la gouvernance électorale en vigueur depuis 2002. Sans élections transparentes et justes, il n’y a point de pouvoir légitime. Si le système électoral mafieux à l’œuvre depuis 2002 n’est pas fondamentalement changé, les élections législatives de 2017 seront comme celles de 2012, des nominations de députés par le pouvoir et non pas un choix par le peuple de ses représentants», a-t-il dit.
En ce qui concerne la crise du Pool, pour le C.p.o.c, contrairement aux déclarations du Président de la République selon lesquelles il n’y a pas de crise dans le département du Pool, mais des actes de banditisme perpétrés par le pasteur Ntumi et ses ninjas-nsiloulous, les faits attestent qu’il sévit bel et bien une grave crise sécuritaire dans ce département. Le collectif repose au Président de la République la question fondamentale qu’il lui a posée dans sa lettre ouverte du 12 octobre 2016: «Qui attaque qui dans le département du Pool?».
Le collectif dénonce fermement l’instrumentalisation de la crise du Pool à des fins politiciennes et proclame, une fois de plus, que la solution à cette crise passe, nécessairement, par l’arrêt immédiat des hostilités, le retrait de tous les éléments de la Force publique officiant sur le théâtre des opérations dans le Pool et la convocation, dès maintenant, d’un dialogue national inclusif, pour permettre à toutes les forces vives de la Nation, d’élaborer ensemble des réponses appropriées, à l’effet de mettre un terme définitif aux violences dans le Pool et plus largement, de rechercher des solutions idoines pour sortir le Congo de la crise globale à laquelle il est confronté.
S’agissant du projet de sortie du Congo de la C.p.i, le C.p.o.c relève qu’il importe de souligner, avec force, que sortir de la C.p.i pour le Congo, c’est mettre en danger les libertés et les droits fondamentaux des citoyens, sacraliser l’impunité, continuer à commettre de graves crimes à huit-clos, c’est donc envoyer un très mauvais signal à l communauté internationale. Le but de la C.p.i est de mettre fin à l’impunité contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Toute mesure de retrait de la C.p.i d’un pays africain est une mauvaise chose pour le peuple de ce pays.
Mais oui, cette cour ne s’acharne que sur les dirigeants africains, quel le point de vue du C.p.o.c? A cette préoccupation du journaliste, le C.p.o.c a répondu en ces termes: «Certes l’action de la C.p.i est aujourd’hui essentiellement tournée vers le continent africain, car sur les dix affaires en cours à la C.p.i, 9 portent sur l’Afrique. Certes, de nombreux responsables des pays non-africains impliqués dans des crimes contre l’humanité en Irak, en Syrie, en Palestine, au Yémen, en Asie, en Amérique, auraient dû être traduits devant la C.p.i, comme le sont aujourd’hui plusieurs responsables africains. Certes, il est impératif de rendre la C.p.i plus universelle. Cependant, cela ne doit pas avoir pour conséquence, la sortie des pays africains de cette institution judiciaire internationale. Pour enlever aux dictateurs africains l’argument de l’acharnement de la C.p.i contre la seule Afrique, il est urgent et impérieux de revoir de fond en comble le fonctionnement de la C.p.i et de supprimer leur véto pour échapper à la justice internationale», a-t-il fait savoir.

Pascal-Azad DOKO


Informations supplémentaires