Election présidentielle en RD Congo : Félix Tshisekedi élu président, Fayulu crie à l’escroquerie!

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Le verdict du scrutin général en RD Congo est désormais connu. Il crédite Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) président de la République.

Il est le fils de l’historique opposant Etienne Tshisekedi wa Mulumba, décédé en Belgique le 1er février 2017. Candidat de la coalition CASH, qui s’est constituée après son retrait avec Vital Kamerhe de l’accord de Genève en novembre 2018 qui prônait une candidature unique pour l’opposition, le vainqueur a obtenu 38,57% des suffrages contre 34,83% pour l’autre opposant, Martin Fayulu Madidi, de la coalition LAMUKA. Le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, arrive en troisième position avec 23,84% de voix.

C’est dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 janvier 2019 que ces résultats provisoires ont été proclamés par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) Corneille Nangaa. D’après la CENI, les trois candidats en tête à l’élection présidentielle ont obtenu respectivement: 7.051.013 de voix pour Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, 6.366.732 de voix pour Martin Fayulu Madidi et 4.357.359 de voix pour Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de Joseph Kabila Kabange. Ce qui donne une participation totale estimée à 47,56%.
Dans sa première prise de parole, devant une foule en liesse, le futur président de la République démocratique du Congo, a tout d’abord salué sa base, avant de rendre hommage au président sortant Joseph Kabila qu’il ne considère plus comme un adversaire politique, mais plutôt un partenaire pour l’alternance. Lui qu’on dit récolter les fruits de la lutte politique de son père. L’annonce de ces résultats provisoires de la présidentielle qui devront être confirmés par la Cour constitutionnelle a suscité de vives réactions.
Martin Fayulu, candidat de la plateforme regroupant également Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, rejette une issue qu’il qualifie d’un «véritable putsch électoral». Le candidat malheureux exige à la CENI le comptage manuel des bulletins, bureau de vote par bureau de vote. Il s’agit, dit-il, «d’une escroquerie inacceptable de nature à provoquer des désordres généralisés sur l’ensemble du territoire national». Martin Fayulu sollicite aussi de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et des autres organisations de la société civile qui disaient détenir les résultats et le nom du président élu, de les dévoiler. Son opinion est corroborée par la France qui par l’entremise de son ministre des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian, a estimé que ces résultats ne reflètent pas la réalité des urnes.
Le ministre de la Communication Lambert Mende Omalanga, porte-parole du Front commun pour le Congo (FCC, coalition au pouvoir) qui soutient le candidat Emmanuel Ramazani Shadary a réagi en déclarant que le pouvoir prend acte du résultat du vote. «Nous sommes déçus par le mauvais score qui nous est attribué, mais nous prenons acte de la proclamation provisoire qui a été faite par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Nous verrons le cas échéant, comment introduire des recours par des voies légales».
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) vers qui les regards sont désormais tournés a publié une déclaration jeudi 10 janvier, à l’issue de sa mission d’observation de cette élection, en prenant elle aussi acte des résultats. «Nous prenons acte de la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle qui, pour la première fois dans l’histoire récente de notre pays, ouvre la voie à l’alternance au sommet de l’Etat. Cependant de l’analyse des éléments observés par cette mission, nous constatons que les résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement». La déclaration de la CENCO qui émet également des réserves précise qu’«en cas d’une éventuelle contestation de ces résultats provisoires par une partie, nous l’exhortons à user des moyens de droit conformément à la Constitution et à la loi électorale».
La CENCO et l’Eglise protestante ont déployé le plus grand nombre d’observateurs à travers tout le pays. L’Eglise catholique a suivi de bout en bout le processus électoral qui a été marqué par trois reports du scrutin en deux ans.
Agé de 55 ans, le futur président de la RD Congo a séjourné longtemps en Belgique où il a étudié pendant des années. Avec sa victoire, il devient ainsi le premier président de l’alternance démocratique de son pays depuis l’indépendance. Son allié, Vital Kamerhe, est déjà pressenti comme son premier ministre suivant un accord passé.

Marcellin MOUZITA
MOUKOUAMOU et Azer ZATABULI

Informations supplémentaires