Disparition : L’Afrique du Sud orpheline de Winnie Mandela

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Les Sud-Africains sont nombreux à évoquer la mémoire de l’ex-première dame. Pour le président Cyril Ramaphosa, l’Afrique du Sud a «perdu une mère, une grand-mère, une amie, une camarade, une meneuse et une icône». Le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir, par la voix de l’un de ses responsables, Mbalula Fikile, a rendu hommage à une femme qui «symbolisait la force, la résistance et une âme éternelle de la liberté». «Elle s’est battue sans relâche pour que nous ayons une société juste et égalitaire.

Elle a consacré sa vie au service du peuple africain», a-t-il ajouté. Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu a souligné qu’«elle était une formidable égérie de la lutte, une icône de la libération».

Née le 26 septembre 1936 dans la province du Cap oriental (sud), dont est également originaire Nelson Mandela, Winnie décroche un diplôme universitaire de travailleur social, exception pour une femme noire à l’époque. Unie en juin 1958 à Nelson Mandela, à 21 ans, alors que lui, divorcé et père de famille, était presque âgé de 40, elle est vite contrariée par l’engagement politique de son mari. Leurs noces ne durent pas longtemps, puisque deux ans après le mariage, Nelson est incarcéré. Pendant son séjour en prison, elle devient l’une des figures de proue du Congrès national africain, fer de lance de la lutte anti-apartheid.
Cependant, la radicalité de son engagement fait d’elle une figure controversée. En 1976, elle appelle les lycéens de Soweto révoltés à «se battre jusqu’au bout». Dans un discours critiqué, elle déclare que les Sud-Africains doivent se libérer avec des «boîtes d’allumettes» alors que les traîtres présumés à la cause anti-apartheid sont brûlés vifs, avec un pneu passé autour du cou. Des propos considérés comme un véritable appel au meurtre. Winnie s’était fait entourer d’un groupe de jeunes hommes formant sa garde rapprochée, le Mandela united football club (MUFC), aux méthodes particulièrement brutales. En 1991, elle est reconnue coupable de complicité dans l’enlèvement d’un jeune militant, Stompie Seipei. Condamnée à six ans de prison, sa peine est ultérieurement commuée en simple amende.
Nommée vice-ministre de la culture après les premières élections multiraciales de 1994 qui portent au pouvoir son époux, Winnie est renvoyée du gouvernement pour insubordination, un an plus tard. En 1998, la Commission vérité et réconciliation, chargée de juger les crimes politiques de l’apartheid la déclare «coupable politiquement et moralement d’énormes violations des droits de l’homme» commises par le MUFC.
Mise au ban de la direction de l’ANC et condamnée une nouvelle fois en 2003 pour fraude, Winnie Mandela fait son retour en politique quatre ans plus tard en intégrant le comité exécutif du parti, l’instance dirigeante de l’ANC. Ses obsèques nationales sont fixées au 14 avril prochain.

Marcellin MOUZITA MOUKOUAMOU

Informations supplémentaires