Kenya : La prochaine élection présidentielle entre inquiétudes et incertitudes

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Les Kenyans sont censés élire leur nouveau président jeudi 26 octobre à la suite de l’invalidation de la réélection du président Uhuru Kenyatta, le 8 août dernier par la Cour suprême. Une décision qui a été qualifiée d’historique sur le continent. Mais à quelques heures du scrutin, la polarisation des deux camps et la mise en garde pessimiste du président de la Commission électorale laissent craindre une nouvelle élection tronquée aux conséquences potentiellement dramatiques.

 

L’élection présidentielle kenyane 2017 marquée par de nombreux rebondissements, chaque jour avec son lot de nouvelles souvent inquiétantes, installe le doute au sein de la population kenyane. Dans un discours où il a pris le pays à témoin la semaine passée, le président de la Commission électorale (IEBC), Wafula Chebukati, a indiqué que d’un point de vue technique et logistique, celle-ci est prête. Mais l’extrême défiance qui sépare désormais le camp Kenyatta de celui de l’opposition représenté par le candidat Raila Odinga est telle qu’elle fait peser de claires menaces sur le scrutin lui-même. «Le scrutin ne sera libre, crédible et transparent à condition que les dirigeants politiques des deux bords cessent leurs interférences et que plusieurs membres de la Commission occupant des postes clés se retirent du jeu», a affirmé le président de l’IEBC.
Pendant que l’opposant Raila Odinga appelle toujours au boycott du scrutin et à de grandes manifestations le jour du vote, le président sortant Uhuru Kenyatta a précisé que tous ceux qui tenteront de perturber le scrutin seront fermement punis. La police a déjà pris ses dispositions. De nouvelles zones à risques ont été déterminées et de nouvelles consignes données comme celle de protéger les agents de la Commission électorale et les votants, contre ceux qui tenteraient de s’opposer au vote.
De nouvelles têtes sont également au commandement de la police des comtés, comme à Kisumu, dans l’Ouest du pays. C’est dans cette région que des agents de la Commission électorale ont été attaqués, à plusieurs reprises, par des groupes de jeunes en colère. C’est là aussi que trois personnes ont perdu la vie, ces dix derniers jours, en marge d’affrontements entre les partisans de l’opposition et la police.
Selon un rapport des ONG Amnesty International et Human Rights Watch, au moins trente-trois personnes auraient perdu la vie lors de violences post-électorales, en août dernier. Chiffres rejetés en bloc par la police kenyane.
Le risque de violences est «bien plus important que pour l’élection précédente», estime Murithi Muthiga. Ce chercheur à l’International Crisis Group ajoute que tout dépendra du comportement des forces de police. «Si la répression est brutale, elle pourrait entacher encore plus la crédibilité du scrutin et l’image d’Uhuru Kenyatta», dit-il. Une anxiété s’est installée dans le pays. Chacun a en tête les violences politico-ethniques de 2007-2008, lorsque le pays s’était embrasé au lendemain de la réélection controversée du président Mwai Kibaki face à Raila Odinga. Plus de 1.100 personnes avaient été tuées et quelque 600.000 contraintes à l’exil. Au peuple kenyan de faire donc preuve de maturité démocratique.
Notons qu’au Kenya, le dimanche 22 octobre a été décrété journée de prière nationale. Le président sortant, Uhuru Kenyatta avait appelé, mercredi, ses concitoyens de toutes religions à prier pour la réconciliation, la paix et la justice. Un appel suivi lors de la messe dominicale, à la basilique Holy Family, à Nairobi. Le même dimanche, le Pape François a lui aussi, Place Saint Pierre à Rome, souhaité à l’occasion de la prière mariale de l’Angélus «un climat de dialogue constructif», pour ce pays qu’il a visité en 2015.

Esperancia
MBOSA-OKANDZE

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