Crise post-électorale au Kenya : Le courage de la Cour suprême mondialement commenté!

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Dans l’histoire du Kenya et dans la mémoire collective, le vendredi 1er septembre 2017 restera inoubliable. C’est le jour où la Cour suprême du pays a tranché avec les pratiques corrompues, en rendant un verdict de courage sur le contentieux électoral opposant le candidat de l’opposition Raila Odinga au président réélu, Uhuru Kenyatta. Elle a décidé d’invalider le scrutin présidentiel du 8 août dernier pour irrégularités, et a fixé la tenue d’une nouvelle élection pour fin octobre 2017.

Au Kenya, en Afrique et dans le monde, cette décision inédite est tombée comme un coup de tonnerre, et qualifiée d’«historique» par l’opposant Odinga qui l’a vivement saluée. Le président Kenyatta qui en a pris acte, a fait savoir qu’il la respectait, avant de fustiger par la suite l’attitude des juges et d’exclure l’option d’un éventuel remaniement de la Commission électorale.
La Cour suprême du Kenya a permis au pays d’écrire une nouvelle page d’histoire qui le hisse plus que jamais au firmament, au rang de nation démocratique. Elle a donné à espérer qu’en Afrique la justice peut aussi dire le droit, quand elle veut et lorsqu’il faut. A l’instar des candidats Uhuru Kenyatta et Raila Odinga eux-mêmes, déjà de nouveau en campagne, cette institution a fait preuve de maturité et de sagesse, comme cela se passe très souvent dans les pays de grande tradition démocratique.
Plutôt que de faire appel à la rue pour contester les résultats de l’élection présidentielle à l’issue de laquelle le président sortant Uhuru Kenyatta avait déclaré vainqueur avec 54,27%  des voix, le principal leader de l’opposition kényane, candidat de la NASA sa coalition, Raila Odinga avait décidé contre toute attente, le 16 août, de saisir les grands «Sages» pour régler le contentieux électoral survenu du scrutin qu’il disait «entaché de fraudes» et de piratage du système informatique de la Commission électorale qui lui avait attribué le score de 44,74% des voix. L’opposant avait accusé ladite commission d’avoir truqué les résultats en faveur de son adversaire. Pour contre-attaquer, il avait préféré choisir la voix légale, épargnant ainsi son pays du spectre des violences meurtrières post-électorales de 2007, ayant occasionné la mort de plus de 1000 personnes. Sa requête de 25 mille pages, déposée, le 18 août bien que n’ayant pas été examinée minutieusement par la Cour suprême kényane, a permis néanmoins à celle-ci de rendre avec sagesse et courage son verdict qui contraint les deux candidats, à repartir en campagne pour un nouveau face-à-face dans deux mois. Ce qui remet en cause l’avis des observateurs internationaux qui avaient reconnu la transparence du scrutin.
C’était la liesse générale à Nairobi, capitale du Kenya, et dans les rangs de l’opposition, lorsque le président de la Cour suprême kényane, David Kenani Maraga a donné lecture de la décision des juges, invalidant le scrutin présidentiel du 8 août 2017, en ces termes: «L’élection présidentielle du 8 août 2017 n’a pas été mise en accord avec la Constitution et la loi. La tenue d’une nouvelle élection présidentielle doit être organisée en conformité avec la Constitution et les lois électorales d’ici soixante jours». L’inamovible opposant Raila Odinga, 72 ans, qui dit ne plus avoir confiance à la Commission électorale kényane n’a pas caché sa joie. «C’est un jour historique pour le peuple kényan et par extension pour le peuple du continent africain. Pour la première fois, dans l’histoire de la démocratisation en Afrique, une cour a invalidé la tenue d’une élection présidentielle», a-t-il réagi. Déclaré vaincu trois fois d’affilée à l’élection présidentielle, Raila Odinga avait qualifié l’élection de cette année, de celle de sa dernière chance. Prenant acte de la décision de la Cour suprême saluée par tout le peuple kényan, le président sortant Uhuru Kenyatta, qui a appelé ses compatriotes à la paix, a souligné qu’il était en désaccord avec le jugement, mais qu’il «le respectait autant qu’il s’y opposait».
Le moins qu’on puisse dire est que la Cour suprême du Kenya permet de regarder désormais avec un autre œil la justice et toutes les autres institutions démocratiques en Afrique, souvent taxées d’être inféodées au pouvoir en place. Sans nul doute, le modèle kényan peut servir d’exemple à d’autres pays du continent!

Aristide Ghislain NGOUMA

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