Election présidentielle au Burkina-Faso : Ancien fidèle de Blaise Compaoré, Roch Marc Kaboré élu dès le premier tour!

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Dimanche 29 novembre 2015, environ 5,5 millions d’électeurs burkinabé étaient aux urnes, pour élire leurs députés et leur président de la République. Initialement prévues pour le 11 octobre 2015, ces élections, les premières du genre depuis le renversement, le 31 octobre 2014, par un  mouvement populaire, du président Blaise Compaoré, étaient reportées à la suite de la tentative de coup d’État du 16 septembre, menée par le général Gilbert Diendéré, aujourd’hui incarcéré.

Le scrutin présidentiel a été remporté haut la main, dès le premier tour, par Roch Marc Christian Kaboré (58 ans), candidat du M.p.p (Mouvement du peuple pour le progrès), avec plus de 53,5 % des voix, face à 13 autres candidats, dont Zéphirin Diabré, qui était donné favori, comme lui.

Ancien fidèle des fidèles de l’ex-président Blaise Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré a fait sa carrière politique sous l’ombre de l’ex-homme fort du Faso. Il fut son ministre, puis son premier ministre, avant d’être président de l’assemblée nationale.
Secrétaire exécutif, à partir de 1999, du C.d.p (Congrès pour la démocratie et le progrès), le parti de Blaise Compaoré, il fut président de ce parti, de 2003 à 2012. Autant dire qu’il fut le pilier politique du pouvoir de Blaise Compaoré. Mais, les dissensions politiques entre les deux hommes vont commencer à se manifester, quand Roch Marc Christian Kaboré se montre compréhensif au mécontentement populaire contre le régime de Blaise Compaoré.
Tombé en disgrâce, il s’oppose à la modification de l’article 37 de la Constitution, qui interdit au président Compaoré de se représenter en 2015, après deux quinquennats successifs.
Redevenu simple militant, Roch Marc Christian Kaboré démissionne du C.d.p, en janvier 2014, avec deux autres grandes figures du parti, Simon Compaoré et Salif Dialo, en dénonçant, dans une lettre ouverte, la «caporalisation» du parti et «ses méthodes de gestion fondées sur l’exclusion». Les trois acteurs politiques, bien connus sur la scène burkinabé, créent un parti, le M.p.p (Mouvement du peuple pour le progrès), dont il devient président. Son arrivée à l’opposition renforce le camp contre la modification  de la Constitution. Il joue un rôle dans l’installation des institutions de transition, après la démission de Blaise Compaoré, sous la pression de la rue.
Economiste de formation, marié et père de trois enfants, le nouveau président burkinabé est connu pour son sens de l’écoute, de l’équité et de la justice. Aussitôt après son élection annoncée dès le lundi 30 novembre par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), il a été félicité par son principal challenger, Zéphirin Diabré, qui n’a obtenu que 21,65% des voix.
Dans un entretien au téléphone,  le président français, François Hollande, «lui a adressé toutes ses félicitations, pour son élection nette et incontestable, et lui a souhaité un plein succès dans ses futures fonctions». Le président Hollande «a rappelé le caractère exemplaire de la transition politique au Burkina Faso» et «salué également l’esprit de responsabilité témoigné par les autres candidats à l’élection présidentielle et leur reconnaissance rapide des résultats publiés».
Le «pays des hommes intègres», qui est félicité à travers le monde pour sa maturité politique, vient de tourner une page importante de sa vie démocratique. De l’avis des observateurs, les élections se sont bien déroulées, en dépit de quelques flottements, comme le retard dans l’ouverture de certains bureaux de vote. A propos de l’élection présidentielle, 22 candidats s’étaient manifestés. Mais, la cour constitutionnelle n’en avait retenu que 14. L’ancien parti au pouvoir, le C.d.p, ne se retrouvant avec aucun candidat.
La transition, qui a failli être gâchée par le coup d’Etat du général Diendéré et le fameux R.s.p (Régiment de sécurité présidentielle) fondé par Blaise Compaoré, aujourd’hui dissout, s’achève sur un succès qui honore le continent.
Ancien de la Feanf (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France), le président Roch Marc Christian Kaboré aura, sans doute, comme priorité, durant son quinquennat, de relever l’économie de ce pays de 16,5 millions d’habitants, dont 83% vivent en zones rurales. En ce qui concerne les élections législatives, son jeune parti, le M.p.p, a obtenu 55 sièges sur 126 et se voit obligé de composer avec ses alliés, pour avoir la majorité nécessaire à la conduite des affaires d’Etat.

Joël NSONI

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