Karim Meckassoua à la communauté centrafricaine de Brazzaville : «La renaissance de notre patrie est l’affaire de tous»

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Ancien ministre d’Etat et député centrafricain, Karim Meckassoua s’est entretenu, dimanche 8 novembre 2015, au palais des congrès, à Brazzaville, avec la communauté centrafricaine, au cours d’une rencontre citoyenne aux allures de campagne électorale. La salle des congrès était archicomble. «L’heure du devoir approche», a-t-il lancé à ses compatriotes, tout en ajoutant: «Dans la Centrafrique que nous voulons, chaque force politique qui acceptera de contribuer pacifiquement à l’édification de notre pays, devra y trouver sa place».

Pour lui, la renaissance de son pays est l’affaire de tous. «Elle doit d’abord prendre le chemin de la réconciliation nationale..., l’unité n’est pas une option, c’est une impérieuse nécessité», a-t-il dit. Nous publions l’intégralité de son message.
«Mes chers compatriotes, je viens devant vous, ce dimanche, pour vous parler de notre pays. Notre Centrafrique va mal. Nos mamans, nos pères, nos tantes, nos oncles, nos filles et nos fils nous le disent: ils ne reconnaissent plus la terre qu’ils ont chérie, labourée, aimée. Notre cœur saigne chaque jour des coups que lui portent des assassins aveugles. Je connais tant de vies fracassées, de familles brisées, de projets abandonnés, de maisons éventrées au cœur de ma ville de Bangui et du troisième arrondissement qui m’a vu naître.
Mais, la violence n’explique pas seul notre rage. L’impunité nourrit chaque jour le désespoir de nos compatriotes en Centrafrique. Que l’on me comprenne bien: Je ne parle là ni des chrétiens ni des musulmans, mais des citoyens libres de Centrafrique, avides de paix et de tranquillité, bons pères et bonnes mères, fils et filles entreprenants et courageux… Bref, de l’immense majorité de nos compatriotes qui ne tolèrent plus que notre pays ne défraie que la chronique des conflits, des exactions et des interventions militaires. C’en est assez.
Depuis combien d’années la Centrafrique a-t-elle rompu le fil de son destin? Les crises se nourrissent de l’incurie politique, les crimes prospèrent sur l’impunité offerte aux bandes armées.  La patrie et l’innocence de nos concitoyens constituent la proie de choix des criminels. Quel que soit leur objectif, l’idéologie qui les porte ou le préjudice dont ils s’estiment victimes, les hommes qui emploient ces armes sans légitimité ni respect du droit sont des assassins. Rien ne peut justifier leurs crimes.
Mes chers amis, vous qui avez élu domicile à Brazzaville et au Congo, vous êtes aussi la Centrafrique. Vous la gardez dans votre cœur, mais elle a aussi besoin de vous! L’heure du devoir approche. Le devoir de tout patriote avec sa terre natale. Une terre qui a besoin des bras et de la bonne volonté de tous.
Je suis venu vous délivrer un message. La renaissance de notre patrie est l’affaire de tous. Elle doit d’abord prendre le chemin de la réconciliation nationale. C’est la première étape. La réconciliation est nécessaire, et je sais qu’elle est possible. Dans quelques jours, le Pape François foulera la terre de Centrafrique. Je souhaite avec vous que ce rendez-vous avec l’histoire soit aussi celui de tous les Centrafricains avec eux-mêmes.
Vous qui renvoyez ici l’image d’un peuple uni, quelles que soient ses influences politiques et ses choix religieux, vous avez un message d’unité à porter. Un exemple à donner. Demain, c’est la gouvernance de notre pays qui devra évoluer pour associer tous ces enfants à la vie du pays: catholiques, protestants, musulmans, Centrafricains du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, de Bangui et des rives de notre fleuve nourricier, la Centrafrique vous appartient. Dans la Centrafrique que nous voulons, chaque force politique qui acceptera de contribuer pacifiquement à l’édification de notre pays, devra y trouver sa place. Qu’on en finisse avec les clans, l’exclusion et la partition.
L’unité n’est pas une option, c’est une impérieuse nécessité. La renaissance passe également par la tolérance. Confier des armes aux soldats de Centrafrique, pour qu’ils assurent, enfin, la sécurité des biens et des personnes sur tout le territoire? Oui! Mais il faut de la légitimité pour cela. Et il n’est d’autre légitimité que celle des urnes.
Mes chers compatriotes, dans un proche avenir, nous voterons. Ce jour sera l’accomplissement de la Transition et du travail réalisé par ses équipes. Leur engagement est de permettre aux Centrafricains de choisir, librement, leur chef et leurs représentants. C’est au peuple qu’il revient de parler et de décider.
Je souhaite, pour ma part, que ce jour ne tarde plus. Le calendrier électoral a été maintes et maintes fois remanié. Il doit probablement l’être une nouvelle fois, pour que l’autorité en charge de l’organisation des scrutins ait achevé sa préparation technique et logistique. Mais ensuite, que chacun entende et respecte le verdict du peuple. Pour ma part, lorsque l’heure sera venue, je ne le craindrai pas.
Mes chers compatriotes, ce jour-là, j’aurai besoin de vous. Il y a tant à faire ensemble, pour réveiller la Centrafrique, la développer, elle qui est si riche de ses ressources inexploitées. Pour lui redonner l’indépendance et la liberté qu’elle mérite, elle qui vit aujourd’hui sous la protection de nos frères africains et de nos partenaires français. Pour nous redonner de la fierté, après tant de mois de haine et de frames politiques qui ont atteint notre dignité.
La renaissance de la Centrafrique passe par Brazzaville et par chacun d’entre vous. Je suis convaincu que vous aurez demain un rôle à jouer. Vous  en avez l’expérience. Vous souffrez en silence. Mais vous savez que la Centrafrique ne pourra pas indéfiniment se tenir le genou à terre.
Je compte sur l’esprit de responsabilité de chacun de vous et sur votre mobilisation. Je compte sur l’esprit d’initiative qui vous caractérise, étudiants, commerçants, entrepreneurs, fonctionnaires internationaux et réfugiés.
Mes chers compatriotes, je compte sur vous. Vive la Centrafrique! A bientôt».


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