Congo-Brazzaville/Congo-Kinshasa : Le cas Munene continue d'empoisonner les relations entre les deux voisins

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L'absence de Joseph Kabila Kabange, le président de la République Démocratique du Congo, aux manifestations officielles liées à la célébration du 51ème anniversaire de l'indépendance du Congo-Brazza, à Ewo, le 15 août dernier, était, manifestement, révélatrice du mauvais temps qui règne dans les relations entre les deux Congo. Le communiqué publié par le gouvernement de la RDC, sur une éventuelle attaque de la localité de Lukolela, dans la province de l'Equateur, qui a surpris Brazzaville, traduit la méfiance qui semble, désormais, caractériser les relations entre les deux pays. A Brazzaville, le ministre de l'intérieur a répliqué, en considérant l'attaque, dont parle le gouvernement de Kinshasa, de «simulacre». Au cœur de cette crise politico-diplomatique, le cas Munene.

Selon un communiqué publié le vendredi 7 octobre  2011, à Kinshasa (RDC), par le Pr. Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N'Sefu, vice-premier ministre, ministre de l'intérieur, de la sécurité, de la décentralisation et de l'aménagement du territoire, «ce vendredi 7 octobre 2011, à 2h20, une bande d'éléments armés en provenance de Loukolela français, en République du Congo, a franchi le fleuve et attaqué la cité de Lukolela, dans la province de l'Equateur, en République Démocratique du Congo. Aussitôt, les services de sécurité sont intervenus et ont neutralisé cinq assaillants non autrement identifiés. Il s'agirait, d'après les premiers éléments recueillis, notamment d'un prétendu colonel, chef de bande, d'un certain major, de deux capitaines et d'un lieutenant.
Les services de sécurité ont saisi sur eux, en plus des cartes de résidents au Congo-Brazzaville et un ordre de mission signé par Faustin Munene, neuf armes Aka 47 et neuf Uzi. Interrogés à chaud, les assaillants, placés sous le commandement d'un prétendu général Bosenge non autrement identifié, ont fait plusieurs révélations tant sur les ordres reçus de leurs commanditaires que sur le modus operandi des actes de déstabilisation qu'ils devraient commettre en République Démocratique du Congo, notamment la mission d'attaquer, simultanément, Mbandaka, Lukolela, Bolobo, Kwamouth, Kinshasa et Matadi. Les fugitifs se sont repliés vers Loukolela Français, en République voisine du Congo-Brazzaville. Depuis ce matin, aux environs de 8 heures, la situation est passée totalement sous contrôle des forces de sécurité de la République».
Ce communiqué officiel, pour le moins surprenant, a été rendu public et l'information reprise par les médias internationaux, le jour même, puisque le gouvernement de la RDC a voulu prendre l'opinion nationale et internationale à témoin, pour prouver que, «une fois de plus, la République Démocratique du Congo a été victime d'une attaque armée des forces du mal», venues du pays voisin, qui n'est autre que le Congo-Brazzaville, sur qui pèse de soupçons, chaque fois que Kinshasa fait face à un événement sanglant d'ordre politique.
A Brazzaville, la réplique ne s'est pas fait longtemps attendre. Le lendemain, le ministre de l'intérieur a réagi sur les ondes de Radio France internationale. Non seulement il a démenti les faits, mais il a considéré que c'est un «montage», un simulacre, pour vouloir justifier un report de l'élection présidentielle, prévue le 28 novembre prochain, en RDC.
En effet, sans être stratège militaire, comment peut-on s'imaginer une agression se faire par un commando doté d'un ordre de mission signé par le commanditaire? Tel que dit dans le communiqué officiel du gouvernement de Kinshasa, personne n'aurait du mal à croire à un scénario monté, une sorte de mensonge cousu de fil blanc. Mais, le dire n'est pas évacuer le problème. Lorsque le gouvernement d'un pays souverain se lance dans une opération de médiatisation destinée à noircir l'image de son voisin, c'est qu'il y a bien anguille sous roche. Kinshasa a des griefs contre Brazzaville et ce n'est qu'un secret de Polichinelle. Il ne fait pas de doute que l'affaire Munene continue d'empoisonner les relations entre les deux pays. Kinshasa réclame Munene, qui a été condamné à perpétuité par un tribunal de province.
Brazzaville a réservé une fin de non recevoir à la demande de son voisin d'extrader l'officier condamné. L'histoire tumultueuse entre les deux pays est marquée par des événements qui poussent les autorités de Brazzaville à la grande prudence, aujourd'hui. Auteur d'une tentative de renversement de régime à Brazzaville, en 1972, le lieutenant Ange Diawara fut arrêté en territoire de l'ex-Zaïre et l'histoire n'a pas encore éclairé l'opinion pour savoir si c'est un cadavre qu'on avait livré aux autorités de Brazzaville ou une personne vivante qui aurait été exécutée après. Toujours est-il que c'est un cadavre qu'on exhiba, parmi d'autres, dans un stade de Brazzaville plein de monde.
Alors qu'elles avaient donné toutes les garanties de ne pas l'exécuter, Pierre Mulelé, réfugié à Brazzaville après son mouvement de rébellion Maï-Maï, fut livré, en octobre 1968, aux autorités de Kinshasa qui lui avait promis l'amnistie. Mais, il fut torturé publiquement, et selon certains documents, on lui aurait arraché les yeux, coupé les parties génitales et amputé les membres, alors qu'il était encore vivant. A Brazzaville, des personnes portent encore le remord d'une décision d'extradition qu'on peut qualifier, aujourd'hui, d'irresponsable. Alors, tomber dans la même irresponsabilité sur le cas général Munene?
Mais, comment faire, pour que le cas Munene n'empoisonne plus les relations entre les deux pays? A Brazzaville, une opinion pense que les autorités devraient s'arranger pour lui trouver un pays d'accueil, en dehors de l'Afrique centrale. Car, tant qu'il sera en résidence surveillée sur la rive droite, à Kinshasa, on n'aura jamais un sommeil de plomb.

Joël NSONI

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