29e sommet de l’Union africaine : Vers la création d’un Fonds africain de la jeunesse, pour tirer profit du dividende démographique

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«Tirer pleinement profit du dividende démographique, en investissant dans la jeunesse». C’est sur ce thème que s’est tenu, du 3 au 4 juillet 2017, à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 29e sommet des  Chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de l’Union africaine. Une manière, pour l’organisation panafricaine, de mettre en exergue les enjeux majeurs de la problématique de développement en Afrique.

Cependant, sans rien occulter de l’importance du sujet, d’autres thématiques d’actualité majeure ont cristallisé les débats, lors de ce sommet auquel a participé le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso. Il s’agit des questions d’intérêts stratégiques pour l’organisation et les pays africains, notamment la réforme institutionnelle de l’institution panafricaine, celles relatives à la paix et la sécurité ainsi que l’adoption du budget 2018 de l’U.a et la mise en œuvre de son agenda 2063.
Investir dans la jeunesse, c’est, selon le Président en exercice de l’Union africaine, le Guinéen Alpha Condé, d’abord, la rassurer de notre «détermination à lui ménager un présent acceptable et un futur meilleur. C’est la convaincre que l’Afrique demeure son socle et sa mamelle nourricière».
Ce présent semble encore difficile. Par exemple, le président de la commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, s’est dit «frustré» du manque de solidarité montré par le reste de l’Afrique envers ses Etats menacés par la famine. «Comment vous cacher, en effet, ma profonde frustration face au silence et à l’inaction des Africains devant l’atroce drame de la famine dans ces régions», a-t-il déclaré. Pour lui, «le drame de nos frères en Somalie, au Soudan du Sud, dans le bassin du Lac Tchad et dans le Sahel nous interpelle au plus profond de nos consciences et au plus profond de nos êtres», a-t-il poursuivi.
Au cours de ce sommet, le premier après la réintégration du Maroc en janvier 2017, les Chefs d’Etat africains ont pris des décisions ambitieuses pour «l’avenir du continent», à savoir: sa jeunesse, en instituant une «décennie africaine pour la formation et l’emploi des jeunes dans les domaines technique, professionnel et entrepreneurial», de 2018 à 2027. Cette période sera consacrée au développement et à l’autonomisation de la jeunesse africaine.
A cet effet, les leaders africains ont instruit la commission de l’Union africaine, les partenaires de l’organisation continentale et le Burkina Faso, porteur de cette proposition, d’élaborer un plan d’action détaillé qui sera soumis au prochain sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement. Par ailleurs, la mise en œuvre du thème de ce sommet a abouti à la création d’un Fonds africain de la jeunesse.
Parce que le développement du continent africain ne pourra se faire sans stabilité politique et sans paix, les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont penchés également sur les crises politiques et sécuritaires qui affectent le développement du continent, comme c’est le cas au Sahel, notamment au Mali, en Lybie, au Sud Soudan, au Burundi ou en R.D Congo.  Comme il fallait s’y attendre, c’est en termes très diplomatiques qu’ils ont abordé ces sujets, en réitérant leur ferme volonté de «faire taire les armes» sur le continent.
Tout en félicitant les avancées positives dans certaines zones en conflit, les Chefs d’Etat africains encouragent fortement les parties prenantes à faire le choix du dialogue, plutôt que celui de la violence et cela, pour le bien-être des populations. L’Union africaine a, en effet, mis plusieurs comités pour se pencher sur les questions majeures, notamment la crise libyenne.
Entamée en juillet 2016, lors du sommet de Kigali au cours duquel le Président rwandais Paul Kagamé a été chargé d’en chapeauter le processus, les grands axes de la réforme institutionnelle de l’organisation ont été présentés et adoptés lors du précédent sommet de janvier dernier d’Addis-Abeba. Il était question, au cours de ce sommet, d’en définir les modalités, avec comme principal objectif, l’indépendance financière de l’organisation continentale dont le budget, estimé, par exemple, à près de 800 millions de dollars pour 2018, dépend à plus de 80% de la contribution des donateurs extérieurs, notamment l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine. Le défi, pour les Chefs d’Etat africains, c’est de s’affranchir de cette dépendance qui donne un droit de regard aux puissances étrangères.
Le principe retenu est celui d’un prélèvement de 0,2% des taxes sur les importations non africaines dans chaque pays. Mais, l’Union africaine est loin de faire l’unanimité autour de ce principe proposé initialement par l’ancien président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka. Si certains pays, notamment d’Afrique de l’Ouest, se sont déjà engagés dans ce sens, d’autres, pour des raisons propres à la structure de leurs économies, hésitent encore. C’est le cas notamment de certains poids lourds du continent, notamment l’Egypte et l’Afrique du Sud, même si pour ce sommet, Abdel Fattah al-Sissi et Jacob Zuma ne sont pas présents. Les dirigeants africains ont, certes, fait preuve d’optimisme à Addis-Abeba, mais il va falloir encore attendre, avant de voir la mesure entrer en vigueur. En plus de l’autofinancement de l’organisation, la réforme devrait également porter sur d’autres révisions des textes, en vue notamment de permettre à l’Union africaine de jouer pleinement son rôle et d’être plus au service des populations.
D’autres sujets d’actualité, notamment la problématique migratoire et les défis du financement du développement ont été abordés. Les Chefs d’Etat ont fait le point sur l’état d’avancement de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. L’une des questions qui a particulièrement retenu l’esprit, c’est la mise en place de la zone de libre-échange continentale, un chantier qui permettra d’instaurer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs et au sein duquel «les produits circuleront et s’échangeront librement».
Au cours des travaux de cette 29e session ordinaire de la conférence, les chefs d’Etat et de gouvernement ont également adopté le budget de l’Union africaine pour l’exercice financier 2018, arrêté à 769.381.984 dollars américains.

Cyr Armel
YABBAT-NGO


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