56ème anniversaire de la proclamation de la République du Congo : Aimé Emmanuel Yoka est monté au front du débat constitutionnel

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La République du Congo a célébré ses 56 ans d’âge. Les festivités marquant cette commémoration ont eu lieu, vendredi 28 novembre 2014, au Palais du peuple, à Brazzaville, sous le patronage du chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso, accompagné de son épouse, en présence des présidents du sénat et de l’assemblée nationale, des membres du gouvernement, des parlementaires, des ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques, du haut-commandement militaire, des corps constitués nationaux, etc.

A cette cérémonie, le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka a largement abordé la question constitutionnelle, tandis que le fait insolite a été la remise officielle de l’ex-otage polonais, Père Mateusz Dziedzic, enlevé en octobre dernier, dans l’Ouest de la République Centrafricaine. Libéré, grâce à l’action du président Denis Sassou-Nguesso, il a été remis à la représentante de l’Union européenne au Congo, Mme Saskia De Lang.
Une seule allocution a marqué la célébration des 56 ans de la République du Congo. Celle du ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka, garde des sceaux, ministre de la justice et des droits humains, qui, publiquement, a relancé le débat sur le changement de la Constitution du 20 janvier 2002.
En effet, le patron du département de la justice n’a pas fait une plaidoirie sur la création, sinon la proclamation de la République du Congo. Pour le 56ème anniversaire, Aimé Emmanuel Yoka a plutôt théorisé sur la démocratie et l’Etat de droit.
Définissant la première notion comme un système dans lequel le citoyen, qui a un conseil a donner à l’Etat, se lève, avance et parle, l’orateur a, par la suite, indiqué que la démocratie est une organisation de pouvoir politique, dont la légitimité requiert qu’il reconnaisse, pleinement, la souveraineté populaire. En revanche, «l’Etat de droit est, avant tout, un principe de gouvernance dont les trois principaux piliers sont: la hiérarchie des normes juridiques, la séparation des pouvoirs et l’égalité de tous devant la loi, y compris l’Etat en tant que personne morale…Son plus grand danger, c’est de n’être dirigé par rien de ce qui est établi ou connu», a-t-il expliqué. Pour lui, la vie de la République dans la cité réside dans la justice et le choix d’avoir eu au moins les trois formes de gouvernement, à savoir: la monarchie, l’aristocratie et la démocratie.
Comme pour introduire le sujet sur le changement de Constitution, Aimé Emmanuel Yoka n’est pas allé par quatre chemins, ni tenir la langue de bois. Selon lui, on reconnaît la valeur d’un bien que lorsqu’on l’a perdu. «Le Congo en a fait l’amère expérience, pendant 3.340 heures pendant lesquelles il a, momentanément, perdu la paix et la sécurité», a-t-il évoqué, en faisant allusion aux événements tragiques de 1997.
Réconforté par le retour et la consolidation de la paix, Aimé Emmanuel Yoka pense que le Congo a besoin de vivre. Pour cela, «il a besoin de la paix», a-t-il poursuivi, avant d’ajouter: «Depuis sa naissance, à nos jours, la République a connu plusieurs mouvements de crises qui, pour la plupart, ont trouvé leur justification dans le déficit profond de culture républicaine caractérisée par le tribalisme».
Fort de ses arguments, le ministre d’Etat a estimé que dans les jours, semaines et mois qui viennent et cela pour garantir, selon lui, la paix, la stabilité et le progrès économique et social, les Congolais auront à faire les choix. Car, «tout choix est, essentiellement, motivé par un désir, une idée ou un autre objet que l’on considère comme un bien ou un but à atteindre. La notion de souveraineté nationale devrait s’impliquer pleinement, pour que nos choix ne soient pas dictés uniquement par la conjoncture internationale ou tout autre impératif extérieur à notre pays. Nous aurons à faire ce qui est bien, ce qui est mieux, ce qui est vital pour nous et non ce que l’on nous demande de choisir. Nous sommes majeurs», a-t-il dit.
Comme un pavé dans la mare, le ministre d’Etat Yoka a relancé le débat sur le changement de la Constitution resté en berne, depuis la chute du président Blaise Compaoré, au Burkina Faso, sans pour autant appeler «chat par chat». «Les succès les plus politiques ou toute action collective ou individuelle repose, principalement, sur le choix des hommes. Lequel de tel homme, de telle femme aura besoin notre pays, pour mieux s’engager dans le chemin qui est devant nous, parce que nous avons décidé de tourner, définitivement, le dos au passé, en tenant compte du contexte national et international, marqué par des crises aussi profondes que diverses qui ne sont pas, malheureusement, hélas toujours de nature politique et sécuritaire», a-t-il renchéri. Afin de parvenir à ce choix qui n’est autre que le changement de la Constitution, Aimé Emmanuel Yoka a fait savoir que les moyens juridiques existent. «Il suffit d’y recourir, de manière responsable, paisible et en toute souveraineté».
Par conséquent, l’orateur s’est dit étonné du tumulte inaudible pour le peuple qu’est devenu le débat actuel sur les institutions «sans qu’on sache qui a passé la commande», s’est-il interrogé, tout en précisant qu’on ne rentre pas dans la vie politique par procuration, ni par infraction, ni moins par délégation. «Il s’agit là d’un acte de foi personnel».
Toutefois, il a laissé entendre qu’il y a un grand en démocratie, «c’est la volonté populaire. Et si c’est le cas dans d’autres institutions que leur Constitution n’a pas prévu le référendum populaire. Eh bien! Le peuple prend son droit le plus inaliénable, perceptible et légitime de dire ce mot. Alors là, on le suivra», a signifié Aimé Emmanuel Yoka qui, par ces mots, suggère l’idée d’un référendum constitutionnel.
Pour l’heure, le ministre de la justice pense que rien n’est encore, officiellement, décrété. «Un projet de constitution ne se chuchote pas, il ne se murmure pas. Il se discute, publiquement, et débattu selon les mécanismes prévus par les règles actuelles et communes du droit constitutionnel et aussi dans un cadre identifié. C’est une affaire d’intelligence. Une Constitution ne peut pas se cacher, elle doit être visible, transparente et surtout de ne pas avoir un visage».
Parlant du scrutin présidentiel de 2016, Aimé Emmanuel Yoka a précisé que nul ne peut, aujourd’hui, avec les moyens normaux, dire qui sera candidat ou qui ne le sera pas. «Ce dont nous sommes tous, en revanche, certain, c’est que tous les candidats seront des Congolais. Et, cela est plus fort comme le rappel notre hymne. Notre devise est d’une édifiante dialectique. Elle prescrit qu’il suffit de nous unir, de travailler, pour qu’au bout, qu’il y ait de progrès», a-t-il affirmé.
Attaché à ces valeurs d’unité, de travail et de progrès, l’orateur a prôné l’apaisement et la retenue. Il a recommandé que chacun s’abstienne de tout comportement, de toute attitude, faits et gestes qui peuvent remettre en cause la paix et la stabilité acquises. «De sorte que notre pays renvoie, irréversiblement, à l’image de nos grandes forêts équatoriales ou pendant que les branches se querellent, les racines s’embrassent. C’est ça la nation et la patrie», a souligné le ministre d’Etat qui, maintes fois, revenait sur le mot consensus.
Le ministre d’Etat Yoka estime qu’il n’a fait qu’émettre des hypothèses. «J’ai théorisé. Cela constitue plus qu’un crime, c’est une faute. Je plaide coupable», a-t-il indiqué. Et pour sa défense, il a emprunté les mots ultimes de Boniface Ruth, dans son conflit religieux: «Voici ma tête, voici mon cou, pourvu que je meurs pape», a-t-il conclu. Du pain sur la planche du chef de l’Etat et de la famille politique de la majorité. Le clou de la cérémonie a été la levée du drapeau national, suivie de l’exécution de l’hymne national. La République est entrée dans sa 57ème année au Congo.

Cyr Armel YABBAT-NGO


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