L’ère Alassane Ouattara a démarré en Côte d’Ivoire

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Elu en décembre 2010, Alassane Ouattara, 69 ans, a pu, enfin, prêter serment, samedi 21 mai 2011, à  Yomoussoukro, la capitale administrative de la Côte d’Ivoire, devant un parterre de grandes personnalités, dont une vingtaine de chefs d’Etat africains et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon.

Avec son investiture officielle comme président de la République, on peut considérer que la Côte d’Ivoire vient d’ouvrir une nouvelle page de son histoire. Mais, dans ce pays où il n’est pas rare de découvrir un charnier, on peut aussi dire que le lourd tribut payé à l’alternance démocratique témoigne du difficile enracinement de la démocratie. La route est encore trop longue pour croire qu’au bout de quelques discours, on a enterré une crise politique qui, pendant près de deux décennies, a été émaillée d’épisodes sanglants ayant laissé derrière eux de nombreux assassinats non  élucidés.

Difficile de croire que tout est réglé et que la Côte d’Ivoire fait, maintenant, face à son avenir. Les Ivoiriens auront le dur labeur de travailler à l’unité de leur nation, dans les années à venir, mais ils ont un passé à «exorciser». La tâche n’est pas facile, au regard des déchirements fratricides qui les ont opposés durant des années. Le nouveau président a raison d’insister sur la réconciliation nationale, mais celle-ci ne doit pas être un simple slogan politique. La formation prochaine d’un gouvernement d’union nationale, ouvert aux responsables modérés du parti de l’ancien président Laurent Gbagbo, est un signal politique important, mais qui doit être suivi par d’autres signaux du genre, pour créer les conditions d’une véritable réconciliation nationale qui permettra au pays d’aller, enfin, de l’avant.

Par contre, si le volet judiciaire de la gestion de la crise postélectorale ne se focalise uniquement que sur l’ancien président et ses proches, cela risque de rendre difficile la réconciliation nationale tant recherchée. A moins de consacrer le principe que la justice humaine n’est que le fruit d’un rapport de force. Vaincu, Laurent Gbagbo ne pourra pas échapper à la justice. Mais, pour les mêmes crimes, ses vainqueurs auront le beau rôle d’être parmi les accusateurs, parce qu’ayant gagné la guerre. Reconduit comme premier ministre, Guillaume Soro est, en plus, patron des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (F.r.c.i) qu’il faut transformer en une véritable armée nationale. Avec une telle position, comment la justice pourra-t-elle exercer son autorité sur les crimes reprochés aux forces qui ont aidé l’actuel président à accéder au pouvoir? Pour que la victoire soit celle du peuple, il faudra une démarche judiciaire qui ne consacre pas l’impunité et ce n’est pas facile d’y parvenir.

A Yamoussoukro, le président français Nicolas Sarkozy a eu droit à un hommage appuyé de son collègue ivoirien. Un changement à la tête du pays a suffi pour que tout change radicalement dans les relations entre la Côte d’Ivoire et la France. Alassane Ouattara doit son accession au pouvoir à la force française Licorne, ayant agi sous mandat des Nations unies. Le nouveau président ivoirien, qui a appelé au renforcement de la présence militaire française dans son pays, a quelque chose de redevable à la France de Nicolas Sarkozy. Ses prises de position au niveau international risquent d’être jugées à travers cette relation, ce qui n’est toujours pas un avantage pour incarner la souveraineté de son pays.

L’ère Alassane Ouattara a démarré en Côte d’Ivoire, mais c’est surtout à la manœuvre qu’on appréciera sa capacité à conduire le pays vers la maturité démocratique, à l’instar d’autres pays africains.

Joachim MBANZA

 

 

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