Les maladies infantiles de la démocratie en Afrique

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J’y suis, j’y reste ! Comment le faire en démocratie, avec ses exigences d’alternance au pouvoir?

Depuis l’ouverture démocratique en Afrique subsaharienne, au début des années 90, on peut dire que deux tendances fondamentales influencent les processus démocratiques: la tendance de la conservation du pouvoir, tout en lui donnant des contours démocratiques, et celle de l’alternance au pouvoir comme preuve de la maturité démocratique.

La première tendance est celle qui a produit le phénomène de réformer la constitution, en faisant sauter le verrou de la limitation de mandats. Comme l’a fait Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, au Burkina Faso. Depuis l’avènement de la démocratie, ce pays n’a jamais connu l’épreuve de l’alternance au pouvoir. Blaise Compaoré s’est fait réélire, dès le premier tour, le 21 novembre 2010, avec 81% des voix, sans que la communauté internationale n’ait eu à redire sur le système électoral burkinabe. En République Centrafricaine, où les électeurs étaient dans les bureaux de vote, dimanche 23 janvier dernier, le président sortant, François Bozize, clame, déjà, d’être, à coup sûr, réélu dès le premier tour. Il n’en faut pas plus pour enrager l’opposition qui crie, déjà, aux fraudes massives, réclamant l’annulation du scrutin présidentiel. Ah la démocratie en Afrique, avec ses maladies infantiles!

Rares sont les pays qui réussissent dans la deuxième tendance, car l’alternance au pouvoir dégénère, souvent, en instabilité institutionnelle et, finalement, en violences politico-ethniques. Le Ghana et le Bénin sont, aujourd’hui, donnés comme modèles démocratiques, grâce à leurs expériences d’alternance pacifique et démocratique au pouvoir.

Comment pérenniser son pouvoir et se gratifier de l’auréole de président démocratiquement élu? Voilà la nouvelle équation qui se pose aux démocrates africains au pouvoir. Faire sauter le verrou de la limitation de mandats ne suffit plus. Il faut, désormais, éliminer, constitutionnellement, le risque du deuxième tour, où toutes les forces adverses peuvent coaliser dans le seul objectif du «tout sauf lui». Si Laurent Gbagbo,  en Côte d’Ivoire, l’avait compris, il aurait évité la catastrophe qui lui est tombée dans les bras. Il a pris le risque d’affronter, au deuxième tour, la coalition des houphouëtistes et voilà qu’il a été battu et refuse de céder le pouvoir: «J’y suis, j’y reste». Encore faut-il y rester démocratiquement! Or, lui, il veut y rester par la force.

Joseph Kabila Kabange, en République Démocratique du Congo, a vu venir le risque. Une coalition, au deuxième tour, de l’U.d.p.s, du M.l.c et du tout nouveau mouvement d’opposition lancé par Vital Kamarhe, lui serait fatale. Alors, mieux vaut éviter de prendre le risque. Il s’est lancé dans une réforme constitutionnelle, quelques mois avant le scrutin présidentiel. Pour les partis d’opposition, la pilule passe mal. Comment accepter la modification de la règle du jeu, à quelques encablures de la compétition? C’est anti-démocratique, crie-t-elle. Mais, dès lors que la procédure de modification de la règle du jeu s’est faite de manière démocratique (majorité contre minorité), le principe de base de la démocratie, comment ne pas lui être compréhensif? Aux partis d’opposition de trouver comment tirer leur épingle du jeu, dans ce nouveau contexte d’une élection présidentielle à un seul tour. Car, quoiqu’il en soit, une élection comporte toujours une bonne dose de suspense. Tout n’est jamais réglé à l’avance, dans une élection réellement démocratique.

Après la non-limitation de mandats, l’élection à un seul tour et donc à la majorité simple est la nouvelle trouvaille pour pérenniser le pouvoir. Ainsi va la démocratie en Afrique: calcul contre calcul, entre les deux tendances: pérennité et alternance!

Quel autre pays emboîtera le pas à la RDC? L’avenir ne saura tarder à nous le dire.

Joachim MBANZA

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