La stabilité, par la volonté du peuple

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Les événements en Libye, où le leader de la Jamahiriya, le colonel Muammar El Kadhafi, n’hésite pas de recourir à une répression aveugle et sanglante des manifestations pacifiques organisées contre son régime dans certaines villes du pays, notamment Benghazi, faisant des centaines de morts, donnent une tournure encore plus dramatique au vent de liberté qui secoue le monde arabe, depuis la révolution de jasmin en Tunisie. Les Libyens veulent se défaire de 42 ans de dictature révolutionnaire qui, à leurs yeux, n’ont servi, surtout, qu’à enrichir un clan et non le progrès de tous les Libyens.

 

Au-delà de l’actualité palpitante qui ébranle déjà certains pays, il y a lieu d’approfondir la réflexion. Cette révolution a pour enjeu de donner à la stabilité institutionnelle, un fondement qui tire sa légitimité de la démocratie, c’est-à-dire de la volonté du peuple. Durant les soixante années passées, pour prendre ce repère dans le temps, les pays dominants ont soutenu, dans les pays dominés, des régimes forts, pour servir leurs intérêts et justifier la nécessité d’y maintenir la stabilité. Ainsi, on a fermé les yeux sur les violations graves des droits fondamentaux de l’homme et, même, sur la pratique de la torture qui est le trait commun de ces régimes, comme on l’a vu en Egypte. Au début de la révolution égyptienne, le premier ministre israélien a eu la maladresse de dire «qu’il faut laisser un dictateur à la tête de l’Egypte, parce que  d’un dictateur, on peut avoir ce que l’on veut,  au lieu de laisser venir un régime qu’on ne saura contrôler. Il aura des revendications qu’on ne pourra pas satisfaire». C’était le système qui a servi les pays dominants, au détriment des peuples des pays dominés.

Les temps ont, maintenant, changé. En réalité, ce système était condamné, de par sa nature même, à la disparition; le reste n’étant qu’un problème de temps. C’est ce à quoi on assiste, aujourd’hui. Les régimes secoués ont plus de trente ans d’existence. Conscients des injustices dont ils sont victimes, les peuples se réveillent et décident de prendre en main leurs destinées, remettant en cause un système établi depuis plus d’un demi-siècle, non seulement pour servir les intérêts des pays dominants, mais également pour maintenir ces peuples dans de véritables carcans où leur liberté et leurs droits émanaient de la seule volonté de potentats indéracinables.

Le président américain, Barack Obama, qui a bien vu venir ce vent de liberté, à travers ses discours sur le continent africain, a su l’interpréter, en estimant qu’il est temps de donner un autre sens à la stabilité, concept hier galvaudé et qui, aujourd’hui, doit retrouver son vrai sens: la stabilité des pays doit reposer sur la légitimité démocratique et non sur des pouvoirs forts aux mains d’oligarques soutenus de l’extérieur. C’est la seule manière de permettre à tout un peuple d’accéder au progrès. Les pays dominants, eux-mêmes, y sont arrivés, au fil des années, voire des siècles, grâce à l’enracinement de la culture démocratique, qui a donné naissance à des institutions étatiques fortes, plaçant tous les citoyens, sans exception, de manière égale devant la loi.

C’est un choc, un bouleversement, mais, en même temps, une évolution de l’histoire de l’humanité. L’essentiel est de savoir lire ce vent d’émancipation. Les pays subsahariens ne vont pas y échapper. Le tout n’étant qu’une question d’élément déclencheur dont personne n’a la maîtrise du temps. Comment anticiper ce mouvement historique, pour éviter ses côtés violents et douloureux et sauvegarder l’essentiel des acquis en termes de paix, d’unité nationale et de développement? Comment se situer à la hauteur d’un tel enjeu, pour ne pas s’enfermer dans des analyses politiques qui servent des intérêts carriéristes, quitte à reproduire les mêmes schémas de gestion du pouvoir d’Etat? Sans nul doute, faire preuve de capacité d’anticipation, c’est tirer meilleure partie d’une telle séquence de l’histoire de l’humanité.

Joachim MBANZA

 

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