Bien lire le sens de l’histoire

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Les mouvements de contestation populaire qui secouent certains pays, en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient et qui ont déjà provoqué la chute de deux régimes dictatoriaux, en Tunisie et en Egypte, sont, à n’en point douter, un grand tournant dans l’histoire de l’humanité. Jamais on n’aurait imaginé qu’en ce début de XXIème, des gens aux mains nues et malgré la répression et les arrestations, ne baisseraient pas leur détermination, jusqu’à obtenir le renversement des régimes honnis. 

Il est une évidence qu’un événement que vit un peuple peut avoir une influence, un impact sur d’autres peuples. De ce point de vue, sans la révolution de jasmin, en Tunisie, il n’était pas probable que les Egyptiens chasseraient leur raïs du pouvoir, comme ils l’ont fait. Dans tout événement qui se produit dans la vie d’un peuple, il y a, toujours, des causes endogènes et des causes exogènes; des causes lointaines et des causes immédiates et un contexte particulier. Si les Egyptiens ont pris le relais des Tunisiens, c’est qu’il y avait des causes endogènes et un contexte particulier: l’armée qui refuse de tirer sur le peuple.

Ces vagues de contestation populaire ne sont pas un simple effet de mode, mais bien la manifestation d’un phénomène sociopolitique nouveau qui bouleverse la marche de l’histoire. On peut constater que nombre de pays touchés par ces mouvements de contestation populaire, avaient échappé à la vague de démocratisation du début des années 90. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux ont des systèmes politiques fermés ou, en tout cas, caractérisés par l’absence de débat démocratique. Mais, il y a des valeurs universelles dont on ne peut priver un peuple, tout le temps: l’aspiration à la liberté, à la justice, au travail et à la dignité de soi.

Les pays subsahariens, qui ont l’avantage d’avoir engagé des processus démocratiques, garantissant ainsi un certain nombre de principes comme la liberté d’expression, le respect des droits de l’homme, la tenue régulière d’élections, la justice, etc, pourraient penser être à l’abri de cette révolution. Or, l’on sait que ces processus démocratiques sont encore minés par beaucoup de maux, comme la corruption, la fraude électorale, le non respect des lois, l’impunité, le musèlement de l’opposition, l’accaparement des médias d’Etat, l’instabilité institutionnelle, l’instrumentalisation de la réalité ethnique, les violences de toutes sortes, etc. A cause de ces maux, nombre de pays sont exposés. Car, par l’effet de l’exacerbation des causes endogènes (restriction des libertés fondamentales, fraudes électorales, injustice sociale, mauvaise gouvernance, absence d’alternance, etc.), beaucoup d’entre eux courent le risque de voir se produire les mêmes événements, sinon des événements similaires à ce qu’on a déjà vu en Tunisie et en Egypte.

Ce qui est indubitable, c’est que les révolutions tunisienne et égyptienne donnent une autre perception des réalités socio-politiques d’aujourd’hui. Elles renforcent la légitimité de l’action populaire de contestation de régimes ne respectant pas les fondamentaux démocratiques et ne comblant pas les attentes basiques des populations. Lire le sens de l’histoire, à la lumière des événements qui se produisent, c’est se préoccuper, en toute modestie, des aspirations de son peuple. Bref, aujourd’hui, les gouvernants devraient veiller à ne pas se retrouver avec un peuple en colère et déterminé, dans la rue…

Joachim MBANZA

Informations supplémentaires