Enfin des petits pas

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Nous sommes au pays des petits pas. Depuis que le coronavirus a été annoncé dans nos murs, peu sont les citoyens qui bousculent vraiment leurs habitudes. Les masques-bavettes, quand on en trouve, servent une fois, et plus pour de la frime que pour se protéger vraiment. Nous passons du temps à commenter ces airs des martiens que nous sommes devenus. On fait les gestes qu’il faut, un peu de temps en temps, juste comme ça, pour feinter le virus: d’ailleurs, qui a dit qu’il est dans notre quartier?, s’exclamait une ménagère.

 

Même nos artistes de rue, qui ont eu la bonne idée de pousser la chansonnette, raisonnent en termes de «nous» et «eux». «S’il vous plaît, Messieurs les Blancs, gardez votre virus chez vous, nous, on en a assez de nos propres problèmes». Vu ainsi, ce virus ne va pas tarder à être présenté comme une invention mortelle contre les pauvres. Une arme des riches qui peuvent la dompter à volonté, et la diriger contre les zones mal famées de la planète. Ou bien une arme de nos propres riches…
C’est penser petit. Et c’est cela qui peut pousser à la persistance du mal chez nous. Parce que nous passons notre temps aux pleurnicheries, et non au sursaut des comportements pour endiguer cet ennemi mortel. On se gratte le crâne au vu des nouvelles (qui concernent les autres) et on se dit: «Bah !, ça va passer. On en a vu d’autres». Sans doute. Mais pour une fois, jouons les destins en acteurs. La morale et la politique ne servent plus face à un virus aussi inattendu, qui ne choisit pas de plier les seuls crève-la-faim.
Les mesures annoncées par le Gouvernement viennent un peu tard et ne suffiront peut-être pas. Nous avons eu le temps de nous amuser des premières velléités de mises en quarantaine à Kintélé; des protestations des populations riveraines; du refus des premières personnes sur lesquelles nous avons voulu diriger la rigueur de notre loi. Du temps précieux perdu en atermoiements et en vaines courbettes. Le Congo suspend les vols en provenance des pays à haut risque: il était plus que temps.
Ceci dit, il ne faut pas qu’une décision aussi salutaire se retourne contre nous-mêmes. Nous sommes un pays de larges importations de biens alimentaires. Que le verrouillage de nos frontières ne mette pas à nu notre impréparation à nourrir nos populations en temps de virus ou la faiblesse de nos productions locales. Il ne s’agit pas d’un choix entre mourir de virus et mourir de faim!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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